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Inquiétudes autour des moeurs dans les résidences universitaires

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Avant, pour arrondir les fins du mois, compléter la ration alimentaire versée par les parents, payer leurs études ou s’acheter des fournitures scolaires, les étudiantes faisaient de petits boulots. Fille de ménage, nounou pour enfant, plonge dans les restaurants, serveuse, agent commercial. Ça c’était bien avant la multiplication des campus universitaires et le développement des « sponsors » et autres « cous pliés ». Désormais, le job d’appoint des étudiantes, voire le job tout court, c’est la prostitution plus ou moins assumée. Un phénomène mis en lumière par différentes autorités universitaires et administratives compétentes, au regard des nombreux risques auxquels s’exposent les concernées.

Depuis qu’elle est entrée à l’université, Firmine H., 23 ans, a des rapports sexuels tarifés avec des inconnus rencontrés au hasard de ses pérégrinations. « Je n’ai pas sciemment choisi ce chemin. Ce sont les contingences qui m’y ont conduite. Orpheline de père, avec une mère paysanne et pauvre, j’avais l’ambition de réussir. La première difficulté a été de payer mes frais de scolarité et la petite chambre que je louais. Pour remédier à cette situation, j’ai été agent commercial pour une compagnie de téléphonie mobile. Mais, le quotidien était toujours difficile. Et puis un jour, une camarade de fac m’a proposé un tuyau : tenir compagnie à l’ami de son petit copain, pendant un week-end à Kribi. En deux jours, j’ai gagné ce que j’avais mis six mois à amasser : c’était parti », avoue l’étudiante, aujourd’hui en année de licence.

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Découvrant que l’exercice est pratiqué par de nombreuses étudiantes, Firmine H. fait tomber ses derniers scrupules. Jamais, elle ne descend sur le trottoir. Ce qui lui donne l’impression qu’elle n’est pas dans la prostitution. Belle plante au teint très clair, les hommes lui tombent littéralement entre les bras. Leur argent avec. De quoi donner une meilleure vie à sa mère restée au village et à ses deux cadets encore au lycée. « Mes gars –elle abhorre le terme client-, je les rencontre en général par l’entremise de copines dans le cadre de soirées privées. Je ne cherche que les gens pleins aux as, généreux, capables de me couvrir de cadeaux, sans s’attacher à moi de façon particulière», confie la jeune fille.

La prostitution étudiante, exercée de manière régulière ou occasionnelle, ne trouve pas toujours sa source dans la précarité. « Il y a la convoitise, les mauvaises compagnies qui entraînent même des filles dont les familles sont issues de la classe moyenne là-dedans. Est-ce qu’une étudiante a véritablement besoin de 20 paires de chaussures, de belles robes, de parfums de marque et autres écrans plasma dans sa chambre pour réussir à l’université ? » s’interroge un enseignant de l’université de Yaoundé I. Pour lui, il est important que les familles continuent d’assurer un encadrement de proximité autour de leurs filles rentrant à l’université afin d’éviter de mauvaises surprises. « Bien des parents se contentent de ne passer que des coups de fil, après avoir payé tous les frais nécessaires à l’année. D’aucuns découvrent amèrement que l’enfant est déjà installée dans un studio ou un appartement en ville, prise en charge par un réseau de prostitution », regrette notre source.

Yvette MBASSI-BIKELE

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