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Inhumation à Mvomeka’a: L’Ouest crie au déni de ses coutumes

obseques- belle mère-rosette Mboutchouang-l’Ouest

Alors que les obsèques de la maire de Bangou et reine Bandengkop sont exclusivement organisées par le cabinet civil de la présidence de la République, traditionnalistes et ressortissants de la région de l’Ouest mettent en exergue les us et coutume des peuples de la région.

Bafoussam 14 octobre 2014. Dans un point de rencontre du chef-lieu de la région de l’Ouest, les conversations sont interrompues par les images de l’arrivée de la dépouille de la maire de la commune d’arrondissement de Bangou. Au silence qui suit le récit fait par le reporter de la chaîne de télévision débouche une série de questionnements. «Qui a décidé du programme des obsèques ?». «N’est-elle plus l’épouse de l’Ouest ?» «A défaut d’être inhumée à Bangou, pourquoi n’est-elle pas enterrée à Nanga-Eboko, son village ?». «Qu’ont dit les chefs et les notables». C’est que, dans la région de l’Ouest, le déroulement des obsèques du maire de Bangou et épouse d’un fils de la région suscite des émotions. Dans l’assemblée de circonstance, une voix clame, «le pouvoir nous montre que nous ne représentons rien à l’Ouest». Une assertion acquiescé par une bonne frange de l’assistance.

Décédée le 2 octobre 2014 à Johannesburg, en Afrique du sud, Rosette Mboutchouang sera inhumée le 17 octobre 2014 à Mvomeka’a. A des lieux du caveau de Packem (village de son époux, Ndlr) réservé à celle qui portait le titre de   Maffo Si-legap ( la reine du Dieu protecteur, Ndlr) au sein de la chefferie Bandengkop. Dans les cercles traditionnels, la déception fait face à la tempérance. Sous le ton de la diplomatie, l’essentiel des autorités traditionnelles de la région expliquent, sous cape, que la dépouille de cette «notable» devrait être conduite en terre dès son arrivée au Cameroun comme l’exige la tradition bamiléké. Pour Me Gérard (nom d’emprunt, pour des raisons évidentes), l’organisation des obsèques de l’édile de Bangou devrait être la prérogative de son époux. Un dénouement prévu par le code civil camerounais insiste cet avocat. Moins policé, Philippe, transporteur, estime que «le corps de madame Mboutchouang doit être enterré à l’Ouest. C’est ce qu’exigent nos coutumes.» Selon la même source qui se réclame d’un titre de notabilité, «le fait que cette affaire se passe ainsi n’est rien d’autre qu’une insulte à notre culture et à nos traditions». Une culture, soutient Pascal, commerçant au marché «B» de Bafoussam, qui fait qu’«un homme perd, au même titre que sa lignée et son clan familial, la dignité qui caractérise l’existence de l’homme bamiléké.»

«Le deuil dans le deuil»

De sources locales, des veillées sont organisées dans la localité tous les jours. Toutefois, précise Damienne, ressortissante de Bangou, il s’agit de veillée symbolique. Pour cette dame, «Il ne fait pas de doute que Bangou et le peuple bamiléké en général font le deuil dans le deuil.» A l’instar de certaines autorités traditionnelles qui se sont refusées à toute déclaration officielle sur le sujet, notre source explique que «dans les us et coutumes Bamiléké, une reine n’est jamais enterrée hors de son «royaume». Il y va d’un roi, des princes ou des notables pour ne citer que ceux-là.» De source, «au plan traditionnel, ceci constitue un opprobre et, dans le cas d’espèce une insulte pour la communauté concernée.»

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De source proche de la chefferie Bandengkop, un comité d’organisation a été mis sur pied en vue des obsèques de la reine décédée. Le comité qui, selon la même source, est constitué de l’honorable Nana, du premier adjoint au maire de la commune de Bangou ainsi que de quelques autorités traditionnelles locales et régionales devrait conduire les obsèques coutumières de l’épouse Mboutchouang. Une éventualité relativisée par des proches du cabinet civil de la présidence de la République. Des sources qui évoquent «des consignes de la hiérarchie». Qu’en sera-t-il le 17 octobre prochain à Mvomeka’a où les obsèques sont prévues «dans la stricte intimité» ?

Joseph OLINGA N.

Enjeu

Demain vendredi 17 octobre 2014, la terre va se refermer sur la vie de la maire de Bangou, génitrice de l’épouse du chef de l’Etat, Chantal Biya. Pour l’heure, la controverse enfle au sujet de Mvomeka, lieu retenu par le cabinet civil de la présidence de la République pour l’inhumation des restes d’une dame au grand cœur. C’est dans ce sillage que des voix s’élèvent pour dénoncer « un hold up funèbre » car dame Ndongo Mengolo Rosette-Marie était bel et bien mariée à Ernest Mboutchouang, digne fils de Bandengkop et si tel n’avait pas été le cas par extraordinaire, la dépouille de la belle-mère du chef de l’Etat irait naturellement dans son Nanga-Eboko natal. Que nenni ! Le prince en a décidé autrement. D’où la polémique qui s’est invitée dans les obsèques au point où Bandengkop n’entend pas déroger à la tradition en organisant des rites comme l’exige la coutume,  Nanga-Eboko sort quant à lui progressivement d’un désenchantement né du fait que Paul Biya, beau-fils de la localité, a choisi d’éviter la palabre avec ses beaux-parents qui devraient le canarder forcément pour avoir laissé mourir son beau-père, dans des conditions inhumaines en prison. Dieudonné Angoula, par ailleurs, ex-directeur des télécommunications au ministère des Postes et télécommunications que les serres de l’épervier ont happé, dans le Mounchipougate, devrait dans ces conditions s’inviter aux rites  du Nsili-awou et constituer ipso facto, un caillou dans les mocassins présidentiels. Compte tenu des enjeux que tente d’expliquer dans ces colonnes, Albert Dzongang, président de la Dynamique par ailleurs notable à la chefferie Bahouan dans les Hauts-plateaux.

© Joseph OLINGA N., Alain Njipou | Le Messager

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