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Incident : Tabassé par les agents de Tsimi evouna

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Selon les proches d’un commerçant dans le coma et interné à l’hôpital central de Yaoundé, « des gros bras » de la Communauté urbaine de Yaoundé l’ont balancé d’un véhicule après avoir saisi ses marchandises.

Geneviève a le visage livide ce dimanche 16 août 2015. Lorsque le reporter entre dans la salle, elle se lève de son tabouret, arrange son « Kaba » et se tient à côté de son mari, Jean Daniel Tchinda, dans le coma depuis deux semaines. Elle croise ses deux mains et se met à relater pour la énième fois comment l’homme avec qui elle a cinq enfants s’est retrouvé dans le pavillon de neurochirurgie de l’hôpital central de Yaoundé.

Selon Géneviève, l’histoire commence le 5 août dernier au quartier Biyem-Assi. Il était, précise-t-elle, un peu plus de 14h. Les agents de la Communauté urbaine de Yaoundé (Cuy) passent et repassent devant la quincaillerie de Jean Daniel Tchinda, puis s’arrêtent. Des gros bras descendent de leur véhicule et se mettent à ramasser les marchandises exposées sur la devanture : tapis en plastique et autres fils sont jetés derrière la voiture. Jean Daniel regarde, puis décide de négocier. Les agents de la Cuy refusent, selon sa femme.

« Il leur a dit qu’il paie les taxes liées à l’occupation temporaire de la voie publique. Et la boutique est située à 6 m de la route. Ils ont dit à Jean Daniel que s’il continue de parler, ils vont vider la boutique. Il leur a alors demandé s’il pouvait aller avec eux, question de veiller sur ses articles. Ils ont accepté. Je l’ai vu monter derrière la voiture. Il a bien arrêté le fer », raconte-t-elle. La suite ? En larmes, Geneviève réajuste son dizainier, jette un regard furtif sur le visage de son mari qui fait des gestes « inconscients ».

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Flore, sa fille aînée qui vient d’avoir son baccalauréat entre dans la salle. Sa maman la considère. Personne ne parle. Elle se dirige au chevet de son père. Elle tire son drap. Elle s’approche encore. Le père ouvre paresseusement les yeux. Il la regarde : tout le monde sourit à l’espoir qu’un miracle peut se produire. « Peut-être qu’il va enfin parler », murmure Géneviève. Jean Daniel ne le fera pas. La déception se lit sur le visage de la femme qui continue à raconter l’histoire : « Chemin faisant, il a été balancé au sol. Ce sont des taximen qui l’ont réanimé avant que je ne vienne. Il était agité. Difficile à maîtriser. Nous l’avons transporté à l’hôpital. Et depuis lors, il ne parle pas. Il a une fracture du crâne. Sa partie droite est paralysée. Il ne peut bouger ni la main ni le pied. Il ne mange pas », se désole- t-elle d’une voix devenue monocorde. L’atmosphère est lourde dans la salle.

Les yeux de Flore deviennent larmoyants. Ceux de sa mère aussi. Nous avons approché hier les services de communication de la communauté urbaine de Yaoundé pour savoir s’ils sont au courant de ce qui s’est passé. Expedit Mballa, le responsable, nous a indiqué qu’il était en réunion et ne pouvait pas nous répondre. La famille de Jean Daniel compte rencontrer Gilbert Tsimi Evouna, le délégué du gouvernement auprès de la communauté urbaine de Yaoundé, pour l’informer de la situation. « Le délégué va mener son enquête, si c’est établi, alors les responsables seront sanctionnés », promet une source à la Cuy.

Younoussa Ben Moussa

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