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Immigration : Stéphane, migrant camerounais au Maroc

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Rien n’arrête Stéphane, Camerounais de 23 ans, qui essaie d’entrer en Europe depuis trois ans, pas même la mort de ses camarades. Tanger fleure déjà bon l’été. Stéphane marche l’air enjoué vers Tabadoul, l’association culturelle destinée à l’intégration des migrants, où il donne depuis quelques jours des cours de danse afro pour gagner quelques dirhams marocains.

A voir son allure de colosse jovial, on pourrait croire que la vie est pleine de promesses. D’ailleurs Stéphane sourit toujours et ne laisse prise à aucune commisération lorsqu’il raconte par bribes son histoire.

IL A PARCOURU PLUS DE 5 000 KILOMÈTRES

Trois ans après avoir quitté son Cameroun natal et parcouru plus de 5 000 kilomètres pour s’approcher des portes de l’Europe, Stéphane ne sait plus très bien combien de fois il s’est fait attraper et malmener par les forces de l’ordre, qu’elles soient algériennes, marocaines ou espagnoles.

Il met machinalement la main à sa tête lorsqu’il se rappelle les coups de crosses de fusil qu’il a reçu à la frontière algérienne lorsqu’il s’est fait refouler par la police marocaine. « C’est fini, nous ne sommes plus refoulés », témoigne-t-il.

Les coups, eux, perdurent. Sa dernière tentative de franchissement de la frontière de l’enclave espagnole de Ceuta, à un soixantaine de kilomètres à l’est de Tanger, en mars dernier lui a coûté un petit doigt et un gros orteil cassés.

Le pire de tout, ce fut cette nuit du 6 février dernier lorsque les forces de l’ordre espagnole ont tiré des balles de caoutchouc et jeté des fumigènes sur les migrants qui tentaient de gagner Ceuta à la nage. Quinze d’entre eux périrent. « Un de mes amis est mort cette nuit-là. Moi quand j’ai vu la fumée sortir de l’eau, j’ai renoncé et suis revenu côté marocain. On est tous très traumatisés ».

TREIZE TENTATIVES POUR FRANCHIR LA FRONTIÈRE EUROPÉENNE

Stéphane a déjà treize tentatives de franchissement de la frontière à son actif, cinq fois par voie terrestre et sept fois par la mer pour gagner l’une des deux enclaves espagnoles de Melilla et de Ceuta, et une fois en traversant le détroit jusqu’à « la Grande Espagne ». Il a même une fois réussi à mettre le pied sur la plage de Ceuta, mais s’est à nouveau fait refouler. « Les frontières, c’est mon histoire », murmure-t-il.

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Stéphane a le corps couvert de cicatrices. Encore estime-t-il avoir de la chance. Grâce à sa mère musulmane, il sait réciter quelques versets du Coran. « Je dis que je suis musulman, ça aide un peu. »

Les mauvais traitements et les tragédies n’entament pas sa détermination. Plusieurs fois chassé par la police et les civils marocains armés de couteaux et matraques des forêts où à plusieurs ils avaient installés des campements, Stéphane a trouvé refuge dans le quartier très excentré de Boukhalef, près de l’aéroport de Tanger, là où tous les Subsahariens se sont regroupés.

À une connaissance camerounaise qui partage un appartement, « j’ai demandé un coin pour ma tête ». Et cela dure depuis six mois. « Depuis qu’un de nos jeunes est mort lors d’une descente de police en décembre dernier, on n’est plus traqué par la police. Avant, ils saccageaient tout, emportaient tout ce qu’ils pouvaient. »

IMPOSSIBLE DE RENONCER

Lui qui fait partie des anciens qui cherchent à franchir la frontière, n’a plus besoin de beaucoup de préparatifs. « Mais à chaque fois qu’on se fait attraper, on perd tout, il faut un gilet de sauvetage, une pagaie, une pompe pour gonfler le bateau et 600 dirhams [53 €] pour pouvoir intégrer un groupe ».

Une somme que Stéphane peut mettre plusieurs semaines, voire des mois à récolter. Car à Tanger, il n’y a déjà pas vraiment de quoi manger pour les migrants. Juste quelques pièces à gagner en aidant à porter des bagages et depuis peu en donnant des cours de danse. Stéphane essaie d’échapper à la mendicité.

« Cela n’a pas été facile d’arriver jusqu’ici. Je ne peux pas renoncer. Il faut que je me batte, pour qu’un jour je puisse aider mes frères et soeurs au pays ». Au Cameroun, il a laissé quatre soeurs et deux frères.

Sa mère est morte après la naissance du septième enfant qui n’a pas survécu non plus. Son père, lui est décédé quand Stéphane était en terminale, obligeant l’adolescent à interrompre ses études. C’est alors qu’il décide de prendre la route, de traverser le Cameroun le Nigeria, le Niger, l’Algérie et le Maroc pour s’approcher des portes de l’Europe.

© la-croix.com : Marie Verdier, à Tanger (Maroc)

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