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(Images) La résidence d’’ Ahmadou Ahidjo léguée à la nature

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La maison où séjournait le premier chef d’Etat camerounais Ahmadou Ahidjo quand il était en transit pour son ranch de Mbang-Rey est aujourd’hui l’ombre d’elle-même. Ce lieu chargé d’histoire et légendaire n’est plus qu’un champ de ruines.

Bélel, ville située à environ 180 km de Ngaoundéré et chef-lieu de l’arrondissement du même nom est réputée pour être, comme beaucoup d’autres de l’Adamaoua, une zone à vocation agro- pastorale. Le visiteur qui débarque dans cette ville désenclavée sise dans le département de la Vina, est vite frappé par la présence d’un nombre incalculable de bovins. Mais aussi et surtout par la beauté des lieux et des maisons qui présentent pour le moins, une architecture atypique.

Une beauté qui n’avait pas manqué de séduire le premier président camerounais, Ahmadou Ahidjo. Aussi, dans les années 1970, le premier chef d’Etat camerounais y a fait bâtir en altitude une petite résidence privée. Un choix qui n’était pas sans désintérêt. Comme tout bon Peul, le président Ahidjo avait érigé dans cette région par excellence avec ses vastes pâturages, un grand ranch à Mbang Rey sis à 15 km de Bélel et une maison somme toute modeste mais confortable.

«Lorsque le président Ahidjo venait ici avec son hélicoptère, c’est dans cette case qu’il se reposait. Cette case était construite en brique de terre avant d’être crépie», témoigne Hamassali Kadjiri 78 ans. Et le vieil homme de déplorer que cette résidence de l’ancien chef d’Etat camerounais ne soit plus que l’ombre d’elle-même. Selon les riverains, la case de passage présidentielle était repartie en deux blocs.

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Le premier comprenait une cuisine, un salon et une douche,tandis que le second la chambre à coucher. Tout juste à côté, Ahmadou Ahidjo avait placé une tente où il aimait prendre ses aises. Juste en face de cette tente, un barbecue était fixé. Un forage trônait également sur le site. En somme, un cadre de rêve autour duquel les cadres de Satom, émerveillés, avaient décidé d’installer la base de l’entreprise à Bélel.

CAMP SATOM

«Lorsque les Blancs de Satom sont arrivés ici, ils ont construit leur camp tout autour de la résidence du chef de l’Etat sans rien toucher. Ils étaient plutôt émerveillés par ce qu’ils ont trouvé et surtout lorsqu’on leur disait que c’était là où dormait l’ancien chef de l’Etat», raconte un habitant de Bélel.

Mais de cette maison de campagne d’Ahmadou Ahidjo, il ne reste que l’ossature de l’architecture déjà avant-gardiste pour l’époque. Seul le forage devenu un simple puits est encore utilisé par les populations, notamment les fonctionnaires qui habitent le camp laissé par l’entreprise Satom. Dans les deux blocs de maisons construites par Ahmadou Ahidjo et aujourd’hui sans toiture et ni charpente, seuls quelques reptiles et autres poulets appartenant aux locataires du camp Satom de Bélel.

Et pourtant, les souvenirs de cette maison sont encore vivaces dans les esprits de beaucoup à Bélel. «Je ne me souviens plus exactement de ce qui s’est passé. Le président Ahidjo est passé ici le 15 août 1975 pour aller dans son ranch à Mbang Rey. A son retour il s’est arrêté où il avait construit sa petite maison aujourd’hui abandonnée. J’ai été très content pendant plusieurs jours parce que ce jour-là, le président Ahidjo m’a salué ; il m’avait serré la main», raconte Hamassali Kadiri. Ce fils de la région du Nord âgé aujourd’hui de 78 ans dit être arrivé à Bélel lorsqu’il n’avait que 14 ans. Malgré son âge avancé, Hamassali se souvient encore comme si c’était hier des passages présidentiels à Bélel. «Après le passage du président Ahmadou Ahidjo ici à Bélel, son Premier ministre Charles Salé est venu aussi faire un tour et il est reparti.

A l’époque, le grand frère de Moussa Yaya (ami du président de la République) était toujours présent lorsque le chef de l’Etat était ici. Ces deux visites ont marqué l’histoire de Bélel», relate Hamassali Kadiri. Selon nos informations, il arrivait parfois à l’ancien chef de l’Etat de se rendre à Bélel en catimini. A l’époque où Ahmadou Ahidjo s’est rendu de manière publique à Bélel, pour les tous petits c’était la fête.

«J’étais encore un gamin lorsque le président Ahidjo était ici. Je me souviens que ce jour-là, Alahdji Hamadou Garoua le grand frère de Moussa Yaya était passé devant notre maison pour aller appeler le djaoro et lui dire que le président de la République voulait le voir. Ce jour-là, j’étais débordé de joie tout comme les jeunes de mon âge.

On criait et sautait de joie mais alors à distance car on ne pouvait pas nous approcher. Je me souviens également que, c’est après son passage ici qu’il a fait de Bélel un district», se rappelle Bia Ibrahima fils de Bélel. Selon certaines informations, la résidence d’Ahmadou Ahidjo construite à Bélel vers les années 1970 aurait bénéficié il y a quelques années d’une enveloppe du budget d’investissement public (Bip) afin de réhabiliter ces bâtiments.

Vrai ou faux ? Toujours estil que les supputations vont bon train à Bélel. «Cet espace est historique. On devrait faire de ces bâtiments un site touristique. Lorsqu’on s’imagine qu’un chef de l’Etat de son rang avait habité une maison faite avec des briques de terre, sans eau ni lumière, c’est inimaginable mais pourtant une réalité. Mais quand on vous dit qu’un Camerounais a soumissionné à ce marché de réhabilitation de ces bâtiments et qu’il n’a pas fait jusqu’à ce jour, on a envie de pleurer », confie un habitant de Bélel.

L’Oeil du Sahel

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