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Ils sont salariés et commerçants

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Pour accroître leurs revenus, plusieurs employés s’adonnent régulièrement au commerce. Les codes de commerce d’ici et d’ailleurs qui définissent globalement la profession des commerçants comme ceux qui exercent des actes de commerce et en font leur profession habituelle, auraient du mal à recouvrer cette réalité. Ces commerçants-ci ont déjà, en effet, une autre profession : médecin, journaliste, enseignant, employé de bureau, fonctionnaire de diverses administrations, avocat…

Pourtant, ils s’investissent dans cette activité lucrative sans autre forme de procès. Ni patente, ni local, même pas l’ordinaire impôt libératoire. Une flexibilité qui traduit la mutation de l’activité commerciale mais surtout des changements personnels.

« J’ai perdu l’habitude d’attendre mon salaire, tellement l’entreprise qui m’emploie est en difficulté », raconte Pélagie Ndem, employée d’une Pme de Douala. La jeune femme a dès lors dû recourir à l’importation, via des parents expatriés en Occident, de biens à vendre pour survivre, entre deux hypothétiques paies. Un cabas plein de marchandises accroché à l’épaule, elle commence sa journée de travail chez son employeur. A la pause, ou avant la fermeture des bureaux, elle les quitte pour une tournée chez des clients habituels et une prospection pour les consommateurs de vêtements, aphrodisiaques, lotions pour le corps, gels de douche, savonnettes, dentifrices spéciaux, parfums, ustensiles de cuisine, etc. A la sauvette ou mobile, le commerce de Mme Ndem n’a pas eu besoin de plus que ça pour se lancer.

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D’autres en revanche sont plus formels. Forever, grossiste de compléments alimentaires et de produits, recrute effectivement des distributeurs. Une autre appellation du commerçant dans sa pratique actuelle. Pourtant, ne distribue pas qui veut se lancer dans le commerce, ni qui peut disposer de boutiques et chalands. Il faut être parrainé et demeurer fidèle à un cahier de charges managériales et éthiques. Exemple : on ne fait pas de publicité personnelle. C’est la marque qui se charge de parler aux médias le cas échéant. Serait-ce d’ailleurs nécessaire : les marchandises de la maison sont vendues en réseau et jamais en magasin. Au corps-à-corps et de bouche à oreille. L’allure chic et les prix plutôt prohibitifs de ses produits achèvent de convaincre qu’ici on n’est pas au marché, même si on se soucie de vendre. Le profil élitiste des distributeurs est d’ailleurs édifiant à première vue. « J’avoue que nous sommes plusieurs enseignants à y être », reconnaît une distributrice, professeur de lycée qui connaît quelques collègues du supérieur, des médecins, actifs dans l’affaire.

Naturellement, les gains aussi sont proportionnellement différents. Pélagie Ndem serait bien heureuse de dégager « ne serait-ce que 3000 F de bénéfices » au quotidien. Dans la filière BCBG, on se distingue : « La rémunération des distributeurs provient à la fois des ventes et des commissions perçues sur le chiffre d’affaires des distributeurs de leur équipe (toutes les personnes parrainées) ». Et pour en rajouter à l’enthousiasme de notre distributrice, l’entreprise récompense en voyages (le conjoint y compris) ses meilleurs vendeurs. Elle qui a vu des gens s’enrichir au point d’acheter des 4×4 en travaillant ainsi, n’est donc pas près de quitter son deuxième métier.

Jean Baptiste KETCHATENG

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