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“Ils manœuvrent pour durer à la tête de leur parti ”

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L’universitaire et politologue Mathias Éric Owona Nguini parle des ressorts de la longévité des leaders politiques camerounais.

Au Cameroun, les partis politiques parmi les plus représentatifs ont en commun la durée exceptionnelle du leadership de leur président. Qu’est ce qui peut expliquer un tel phénomène ?


Les formations politiques sont conçues comme des groupes qui visent le pouvoir. Comme le pouvoir central est lui-même structuré de manière à favoriser le gouvernement perpétuel, ceux qui dirigent les différentes formations que ce soit la principale formation du pouvoir qui est le parti présidentiel ou les principales formations d’opposition, sont alors tentés de s’éterniser aux commandes de leur parti pour toujours avoir les chances de compétir en vue de conquérir la position centrale de pouvoir qu’est la présidence de la République. Par ailleurs, il faut savoir que depuis fort longtemps, c’est-à-dire depuis le 19ème et le 20ème siècle, la sociologie des partis a établi avec les lois de Michels, la fameuse théorie de l’oligarchie, que les formations politiques étaient essentiellement organisées sur un mode monopolistique et autoritaire, plutôt qu’un mode démocratique et pluraliste.

Quel impact cette situation peut-elle avoir sur le jeu politique national ?


L’impact que cela a est que le parti au pouvoir peut en jouer idéologiquement pour discréditer les formations de l’opposition, en les appelant à commencer à appliquer en leur propre sein, les principes d’alternance qu’elles revendiquent au niveau de l’Etat. Bien entendu, cette manière de voir relève essentiellement de la manœuvre et de la manipulation idéologique. Mais cela est de bonne guerre, puisqu’il s’agit effectivement pour les partisans du pouvoir, de montrer que les groupes d’oppositions ne sont pas crédibles lorsqu’ils critiquent la longévité gouvernante du leader central, qui est le chef du parti au pouvoir.

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Des observateurs de la scène politique nationale soutiennent justement que la faiblesse de l’opposition camerounaise réside dans l’interminable règne de ses leaders. Souscrivez-vous à cette analyse ?


Si cette tendance peut être une faiblesse, elle ne l’est pas seulement  pour les partis de l’opposition. La longévité est d’abord un problème pour le parti au pouvoir parce que celui-ci aussi, restreint ses capacités politiques en les confiant totalement à un leader qui dure le plus longtemps possible au point de marginaliser ses propres lieutenants. Cela dit, il peut être intéressant pour les formations d’opposition d’expérimenter de nouvelles techniques de pouvoir permettant une relève rapide au sein de l’appareil dirigeant des partis, lorsque ceux qui ont été les leaders ne sont pas parvenus à l’objectif de prendre le pouvoir par les moyens de l’alternance démocratique.

On a l’impression que le désir d’éternité des présidents des partis politiques prend systématiquement le dessus sur les forces et les mécanismes internes d’alternance à la tête de ces formations. Sommes-nous en face d’une fatalité ?


Dans une certaine mesure, cela correspond à une mécanique dont la répétition pourrait faire croire à une fatalité. Simplement cette mécanique est le produit de stratégies politiques qui sont construites. Elle n’est donc pas quelque chose qui relève de la nature. Les leaders pour durer à la tête de leur parti, sont obligés de mettre en œuvre un certain nombre de manœuvres qui vont leur permettre de conserver le pouvoir. Lorsque ce sont des leaders qui se réclament de l’opposition, cela a pour inconvénient de favoriser les attaques de leurs adversaires qui sont au pouvoir. Ces derniers disent alors que les critiques qu’ils font de la longévité de la formation gouvernante sont non fondées ou de mauvaise foi.

Yanick Yemga

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