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Hubert Mono Ndjana : La désintégration du Rdpc sera l’issue fatale

Ancien secrétaire à la communication du Rdpc, ce philosophe émérite décrypte notamment les enjeux d’un éventuel congrès de l’actuel parti au pouvoir.

Qu’est-ce qui pourrait changer dans le fonctionnement du Rdpc après son prochain congrès ?
La tenue de ce congrès relève encore de l’aléatoire bien que vous en parliez en termes de «prochain congrès». L’échéancier dans notre parti n’est pas rigoureusement précis. C’est notre style dont l’avantage est qu’il déjoue les pronostics et qu’il échappe à tout déterminisme en demeurant le maître du jeu politique. Si le congrès a lieu malgré tout dans les prochains jours, rien ne permet d’imaginer dans quel sens il va changer, ni même qu’il porte le changement dans son agenda. Pour répondre néanmoins à votre question, je trouve qu’un parti qui n’a pas changé de fonctionnement depuis une trentaine d’années puisse s’amuser à courir brusquement le risque du changement.

Est-ce que ce congrès peut déboucher sur un rajeunissement des cadres du parti au niveau du Comité central, voire du Bureau politique ?
Encore une fois, nous ne pouvons que spéculer, parce qu’on ne peut procéder à aucune analyse rationnelle pour prédire quelque modification que ce soit. Il n’y a pas de base rationnelle. N’importe qui peut surgir de n’importe où et se voir propulser à n’importe quelle place dans le parti, indépendamment de son pedigree politique. Qu’a-t-il fait auparavant pour le parti ? Quels actes d’éclat a-t-il posés ? Où était-il ?, etc. Ceci n’intéresse personne. L’instance nominatrice tient seulement à faire preuve de son pouvoir arbitraire de nomination.

C’est pour cela qu’une vague de jeunes gens peut brusquement être injectée dans l’arène aux fins de flatter leurs égos et de les attirer. Mais la vieille garde veillera toujours à contrôler les effectifs, pour éviter de se faire bousculer par une juvénisation anarchique. Mais attention : si je peux me permettre d’intervenir dans cette querelle parfois manichéiste des anciens et des nouveaux, des vieux et des jeunes, il y a lieu de leur fredonner à l’oreille cette vieille maxime de Georges Brassens : «L’âge ne fait rien à l’affaire : Quand on est con, on est con. Con caduc ou con débutant, quand on est con, on est con …». Dans notre parti, en effet, et il faut bien le dire, les jeunes ne sont pas plus sympa que les vieux, et vice-versa.

Nombre de militants du Rdpc estiment que l’avènement des délégations permanentes consacre un recul de la démocratie interne. Ont-ils tort ?
Afin de répondre d’une façon documentée, puisqu’il s’agit de donner tort ou raison, j’ai dû rapidement consulter les textes de base du Rdpc. Dans la première partie consacrée aux dispositions générales, on peut lire dans le Titre I intitulé structures et fonctionnement, les dispositions de l’article 10 : «La structure de base est la cellule. Un ensemble de cellules forme un comité de base. Un ensemble de comités de base forme une sous-section. Un ensemble de sous-sections forme une section». Normalement et en suivant cette progression, une inférence logique devrait conduire à l’organe que formerait un ensemble de sections regroupées au sein d’un département et d’une région.

Mais dans les statuts du parti, il n’existe pas une excroissance de cette nature chargée de compléter la logique de son fonctionnement. En créant les délégations permanentes que vous évoquez, on peut se référer au titre VI intitulé organisations spécialisées et formation, qui institue (article 36) une organisation des femmes du parti, et une organisation des jeunes (OfRdpc et Ojrdpc). L’article suivant, l’article 37, dispose très discrètement : «Le parti peut, en tant que de besoin, créer toutes organisations spécialisée ou formations ». C’est là que s’origine statutairement, je crois, l’entité dénommée délégation permanente du Rdpc tant au niveau régional qu’à celui départemental.

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Pour certains, ces délégations permanentes sont une institutionnalisation des états-majors pourtant dénoncés par le président national du Rdpc.
Il y a 16 ans, le secrétaire général du comité central de l’époque, Joseph Charles Doumba, avait créé, lui, des personnalités ressources, tenant lieu de missi Dominici au-dessus des présidents élus dans les sections et à qui eux, nommés, donnaient les instructions d’en haut et parfois les leurs propres chefs. L’élection au sein de leur structure de base n’avait donc conféré à ces présidents élus ni dignité, ni autorité, ni honorabilité, puisque les missi Dominici leur donnaient publiquement des ordres et des consignes devant leurs propres bases électrices. L’article 37, qui n’était qu’une béquille supplétive pour parer au plus pressé en cas d’urgence organisationnelle, donc un complément aléatoire et secondaire, devient l’élément clé dans les rapports entre le sommet et la base du parti.

Accrochée à l’article 37 évoqué, la délégation permanente apparaît donc juridiquement fondée alors que, en fait, il s’agit d’une grave violation morale du principe démocratique à l’intérieur du parti. Ne maîtrisant probablement pas les soubassements de l’élan démocratique en train de se renforcer dans le parti, les sommets stratégiques tiendraient ainsi à tenir sous contrôle les masses électorales par l’autorité des délégués et, ainsi, à éviter tout dérapage intempestif. Cette instance constitue, ni plus ni moins, ce qu’on appelle la balle du sheriff. Si ce n’est pas une stratégie en soi noble, c’est, du moins, une tactique formellement inattaquable.

Y a-t-il des chances que le président national du Rdpc cède son fauteuil à l’issue de cet éventuel congrès ?
À moins que ce ne fût une boutade, et battant campagne pour la présidentielle 2004 à Monatelé, le président s’était étonné que des gens eussent songé à changer l’homme qui avait apporté le changement ! Si c’était une boutade, il est tout à fait normal qu’on puisse voir arriver une éventuelle auto-volonté de cessation de pouvoir par une succession réglementaire. Mais à ce niveau, on ne blague pas habituellement avec son fauteuil. Je crois que le président va donc jouer serré, en raison de l’écosystème politique qui l’entoure, pour garder le pouvoir.

À vrai dire, j’avais souhaité moi-même le contraire, pour mon attachement à l’image que j’avais eue de lui depuis 1982. J’ai toujours voulu que cette image ne se détruisît point, et qu’il s’en allât à temps pour éviter éclaboussures et égratignures. J’en sais quelque chose moi-même, croyez-moi, pour avoir navigué dans cette galère où vous ne savez jamais qui rame contre dans ces eaux toujours troublées. Voyez combien de gens sont allés en prison rien que pour acheter un avion !

Le Rdpc pourra-t-il survivre au président Biya?
Au cas où le président abandonnerait le gouvernail, je pense que la désintégration de ce dernier serait l’issue fatale. Une autre image, une autre figure sera associée au nouveau parti, comme la sienne avait été associé au parti légué par son «illustre prédécesseur» Ahidjo. Pourquoi ? Parce que les Rdépécistes n’ont développé que l’esprit du «mapartisme» sans créer une véritable mystique de la nation et de l’état. Ils n’ont créé par exemple, aucune chanson patriotique en dehors d’une antienne monotone et répétitive sur le nom du Président. Bref, un parti qui n’a pratiqué que de la biopolitique ne saurait survivre au-delà de la phénoménalité des icônes.

L’esprit éteint et l’âme absente, des corps ne faisaient que chanter d’autres corps. Quand la phase philosophique du parti s’est arrêtée avec les idées de la rigueur et de la moralisation, tout a basculé dans le matérialisme le plus vulgaire, et la corporéité a pris le dessus, sans plus aucune perspective. Et quand les corps disparaissent ainsi, rien ne subsiste plus que le néant et l’oubli. Et quelques regrets, peut-être. Il ne faut pas aussi oublier, par ailleurs, qu’il va se poser un problème de moyens d’action au cas où le président ne serait plus là. Dans le temps, j’avais continuellement réclamé, au niveau de l’exécutif du comité central, dont j’avais été tout de même membre, la création des sources de revenus stables, brefs des moyens de subsistance assignables en prévision des temps à venir. Ces temps sont déjà là. Mais c’était comme si je parlais de l’hébreu.

Sources : Le flux rss de camer.be

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