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Guerre contre Boko Haram: La Lékié jette un pavé dans la marre !

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Après «L’appel de Monatélé» de 2007, qui invitait Paul Biya à modifier la Constitution pour se présenter à l’élection présidentielle de 2011, voici «L’appel d’Obala» pour une guerre totale contre la secte islamiste et étrangère Boko Haram et ses complices au Cameroun.

Au lieu d’une motion de soutien lisse qui viendrait s’ajouter à la panoplie destinée au président de la République, l’élite de la Lékié (ministres, parlementaires, autorités traditionnelles, membres du comité central et du bureau politique du Rdpc, etc.) a, en effet, choisi de crever l’abcès, dans un contexte où le gouvernement, jamais à court d’une réaction officielle au sujet des atteintes à la souveraineté du Cameroun, se tait et se terre après les «révélations» de Mediapart (relayées jeudi dernier-21 août 2014- par une partie de la presse nationale), qui informe que «les indices montrant qu’une rébellion est en cours [dans l’Extrême-Nord, ndlr] se font de plus en plus nombreux».

Dans le document signé dimanche dernier -31 août 2014- à Obala, l’élite de la Lékié, sous la houlette du ministre délégué à la présidence de la République, chargé du Contrôle supérieur de l’Etat, Henri Eyebe Ayissi, dit trois fois non: «à la secte islamiste Boko Haram au Cameroun et à l’incitation à la guerre des religions, notamment chrétienne et musulmane, qu’elle vise à susciter et à entretenir dans [le] pays», « aux complices de Boko Haram, principalement dans les régions septentrionales du Cameroun, et à leurs stratégies sournoises ou leurs tentatives d’incitation à la partition du territoire national, à la lumière des développements fort regrettables enregistrés dans d’autres pays ou régions du continent africain».

Les signataires de «L’appel d’Obala» disent enfin non «à toute tentative de déstabilisation des institutions politiques nationales, de la part des puissances étrangères, à travers des complicités actives ou passives avec les auteurs des opérations criminelles de la secte Boko Haram au Cameroun, pour des desseins inavoués, néanmoins manifestes et funestes».

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Dans la majeure partie du texte (lire l’intégralité en page 2), l’élite de la Lékié légitime le «coup franc» du président de l’Assemblée nationale, Cavaye Yéguié Djibril, qui dénonçait, du haut de son perchoir à Ngoa-Ekellé, en juin dernier, «l’hypocrisie» de certains acteurs de la lutte contre Boko Haram, qui «font semblant d’apporter leur aide aux autorités», alors que leur objectif est de «brouiller les pistes, certainement pour mettre le pays à feu et à sang».

Loyalisme

La Lékié appelle ainsi à une guerre totale contre les «complices» du «Boko Haram du Cameroun», «quels que soient leurs statuts professionnels ou positions sociales». Cette unité administrative, chère à Paul Biya -il y a lancé sa campagne électorale pour la présidentielle en 1992 et 2004- voit dans les actes de la secte islamiste du «chantage politique assimilable à une tentative de prise en otage ou de déstabilisation des institutions de la République ou à une conspiration politique, inspirée par des fins diverses, notamment des ambitions politiques personnelles ou régionalistes».

Se présentant pour la circonstance, comme la «communauté des amis fidèles» du président Biya, l’élite de la Lékié s’élève «contre les comportements personnels et inqualifiables [des] alliés objectifs de Boko Haram, comportements de double langage en particulier et autre manquements similaires, au regard de l’obligation fondamentale et permanente de loyauté, qui interpelle tous les citoyens, à tous les niveaux, vis-à-vis du président de la République, chef de l’Etat et vis-à-vis de notre patrie commune, le Cameroun». Adressant son soutien aux forces de défense engagées au front et sa compassion aux familles des victimes de combat, la Lékié déclare Boko Haram «ennemi public n°1».

En 2004, Paul Biya glorifiait, dans son discours d’ouverture de campagne électorale, «le loyalisme et l’attachement inébranlable- [de la Lékié] aux institutions républicaines». 10 ans après, les faits lui donnent-ils raison?

© GEORGES ALAIN BOYOMO | Mutations

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