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Guerre contre Boko Haram: En annonçant un sommet à Paris, la France veut-elle rester au centre du jeu ?

Boko-Haram-France-Nigeria-Cameroun

Mardi 25 août 2015, le président français, François Hollande, a annoncé un nouveau sommet sur la guerre contre le groupe islamiste Boko Haram. « Dans quelques jours, je recevrai le nouveau président nigérian (Muhammadu) Buhari et je lui confirmerai que la France est prête à réunir tous les acteurs de la lutte contre Boko Haram », a-t-il déclaré devant les ambassadeurs de son pays réunis à Paris dans le cadre de « la semaine des ambassadeurs ». Cette annonce charrie plusieurs interrogations au sein de l’opinion camerounaise dont le pays est engagé au front aux côtés du Nigéria, du Tchad, du Niger et du Benin.

Dans son édition du vendredi 28 août en kiosque, le quotidien Mutations donne la parole à quelques acteurs du microcosme politico-diplomatique de Yaoundé. Un officiel français a déclaré dans les colonnes du journal que le choix de la capitale française n’est pas un fait de hasard : « une conférence internationale qui se tient à Paris pour coordonner la lutte contre Boko Haram n’a pas le même écho que si elle se tenait à Yaoundé ou à Abuja, ou encore dans un autre Etat membre de la Commission du bassin du lac Tchad (Cblt) ».

Sommet de Paris – 17/05/2014
Photo: (c) P.R.F.


La France veut-elle contrôler le jeu ?

Pour le politologue et universitaire Mathias Eric Owona Nguini, « en proposant la tenue d’un nouveau sommet de Paris dédiée à la guerre contre Boko Haram, la France veut tout simplement rester au centre du jeu et conserver la paternité de l’initiative dans la gestion de ce dossier. De plus, ce qu’on peut faire à Paris, on peut aussi le faire à Yaoundé ou à Abuja ».

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Un avis contesté par l’expert en questions de sécurité et de défense Raoul Sumo Tayo. Pour ce dernier, « il est clair que sans la première conférence de Paris, les lignes n’auraient pas bougé. Car il existe un contentieux entre le Nigeria et les pays africains francophones. On voit bien malgré tout aujourd’hui, que l’engagement des Etats sur ce dossier est inégal, ce qui nécessite un aplanissement des divergences et des égoïsmes nationaux. Et la France est bien placée pour jouer ce rôle de facilitateur », peut-on lire dans le quotidien.

Sommet de Paris – 17/05/2014
Photo: (c) P.R.F.

Mutations souligne que la rencontre de Paris se tiendrait dans un contexte différent que celui du 17 mai 2014, compte tenu du fait que la situation a changé sur le terrain. En effet, le mode opératoire de l’ennemi a changé (au Cameroun, au Tchad et au Niger), tout comme son nom (Etat islamique en Afrique de l’Ouest), et le problème  financement de cette guerre se pose avec une plus grande acuité. Sur ce dernier point, « l’idée que les mécanismes de financement de la guerre contre Boko Haram soit un des points (probables) inscrits à l’ordre du jour d’une nouvelle conférence de Paris y consacrée,  n’est en tout cas pas anodine », conclut le journal.

Onana N. Aaron

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