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Guerre contre boko haram : 200 policiers abandonnés dans la dèche à l’extrême nord

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Déployés dans la zone la plus à l’extrême du septentrion pour des missions de sécurisation de la Région, les éléments de Martin Mbarga Nguelé broient du noir ; tels des mouches en sursis et en errance, ils sont confrontés aux risques massifs de contamination à cause des conditions d’hygiène et d’insalubrité alarmantes.

Responsables de nombreuses familles, éloignés des leurs, ils n’ont pas connu comme tous les autres parents d’élèves la joie de dire au revoir à leurs enfants ; ni même de prendre le chemin de l’école, pour les accompagner à leur établissement le 7 septembre dernier, jour solennel de la rentrée des classes. Ils ne sont pas les seuls à plaindre. Impuissants, des éléments des forces de défense affectés dans les zones septentrionales du front de lutte contre l’agresseur Boko Haram ont également fait face à la même dure réalité de la rentrée des classes qui s’annonce blanche et sèche pour certains de leurs enfants.

On peut bien comprendre que du fait de l’enfer du devoir, l’absence des forces policières auprès de leurs enfants est liée à l’appel du service qui les a conduits à un déploiement dans la région de l’extrême-Nord. Ils sont selon nos sources, un peu plus de 200 éléments de la police, envoyés depuis le début du mois d’août dernier par le délégué général de la Sûreté nationale (Dgsn), Martin Mbarga Nguelé, pour la mission de sécurisation dans les villes de Maroua, Mokolo, Mora et Kousseri.

S’y étant rendus en chantant et en clamant « honneur et fidélité », les 200 éléments de police étaient loin de s’imaginer qu’ils seraient logés dans des conditions d’hygiène et d’insalubrité difficiles. « Jusqu’à ce jour, nous n’avons reçu que le minable casse-croute. Nous sommes surpris d’apprendre qu’un journal aurait insinué que nous avons perçu des frais de mission. Ce qui est absolument faux », s’insurge un élément de la police. « Nous sommes logés dans des salles de classe ; presque pas de sanitaires. Nous cherchons nous-mêmes à manger dans un environnement où la vie chère est à son niveau le plus élevé. Il y a déjà eu trois évacuations sanitaires. C’est vraiment dur ici », dénonce un autre policier, joint au téléphone. Ils se désolent de l’indifférence des pouvoirs publics à propos de leurs cris de détresse et de désespoir. L’on est tenté de penser, à en croire certains éléments de la police envoyés au front, que le ras-le-bol prend le dessus sur l’enthousiasme du début de leur mission.

L’aveu d’impuissance de Martin Mbarga Nguélé

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« L’ambiance ici est infernale. Les gars n’ont plus le moral. Les conditions de vie sont déplorables ; la vie est très chère. Le casse-croute qui nous parvient est largement insuffisant. La logistique n’étant pas assurée, chacun se débrouille comme il peut, dans des villes où le danger plane en permanence », confie encore un policier, dans le désarroi. Selon lui, le ressentiment est à son comble. L’écœurement profond. Au délabrement et des puanteurs que dégagent les sanitaires infestes et désagrégées, s’ajoute une promiscuité indigeste. L’on peut s’interroger sur le rendement et la qualité de service que peuvent produire des policiers, « embastillés » dans des enclaves aussi impropres ; les conditions d’hygiène approximatives ; des moyens de survie inconsistants. Régulièrement logés comme des souris dans des trous, meurtris par un dénuement en matériel et en outils d’intervention efficaces et offensif, l’on peut admettre qu’un tel tableau noir n’est pas différent de celui que vivent au quotidien les policiers camerounais dans les commissariats de Police. Mais le contexte est différent.

Le reporter du Messager a multiplié des efforts, à l’effet de rencontrer Martin Mbarga Nguelé. En vain. D’attente lasse, un des plus proches collaborateurs du délégué général à la Sûreté nationale, joint au téléphone après plusieurs tentatives infructueuses, a indiqué que le chef de corps, tout naturellement, ne semble pas partager le pessimisme, les envolées apocalyptiques et le désarroi de ses collaborateurs. Martin Mbarga Nguelé, pense qu’il y a de l’hyperbole et de la surenchère dans la narration des faits et la densité des complaintes exprimées par les policiers. « Le délégué général à la Sûreté nationale, fait savoir qu’il met à la disposition des policiers au front, tout ce qu’on lui donne pour cette cause en haut lieu. Il dit qu’il ne peut détourner ni affecter à d’autres destinations ce qui est dégagé pour ses éléments. En attendant que les choses changent » affirme notre source interne au cabinet du Dgsn. A l’impossible pour Martin Mbarga Nguelé, de procéder autrement, il demande à ses collaborateurs de se contenter de ce qui leur parvient.

Mais la dernière grève en date des militaires, nous parle. Brisant les chaînes de l’indocilité, les frontières de l’insupportable, ils se sont jetés dans la rue. Leur indignation aux allures de révolte pour des grévistes, des militaires, réputées appartenir à la grande muette, commande à Martin Mbarga Nguelé, beaucoup de prudence. Au risque de voir les policiers l’attendre au tournant.

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