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Grande marche patriotique: L’absence des élites et notable du Mfoundi

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Pourquoi Etoundi Ngoa, Mama Fouda, Mbarga Mboa, Tsimi Evouna, Emile Andzé, Luc Assamba, Charles Etoundi, Onambélé Zibi, etc. n’ont pas marché contre Boko Haram.  De l’avis de ceux qui ont fait le déplacement du boulevard du 20 mai à Yaoundé le 28 février dernier, il y avait du monde. C’était à l’occasion de la « Grande marche patriotique » organisée par le collectif « Unis pour le Cameroun », constitué de quelques journalistes, qui entendaient battre le macadam en solidarité aux forces armées camerounaises actuellement engagées dans la guerre contre la secte islamiste Boko Haram.

Dans cette foule bigarrée, une absence a été relevée par de nombreux observateurs : celle des élites et notables originaires du Mfoundi. En dehors de l’ancien ministre des Sports, Augustin Edjoa, on a en vain cherché dans la foule, le ministre de la Santé, André Mama Fouda, celui des Pme, Laurent Serge Etoundi Ngoa, le ministre chargé de missions à la présidence de la République, Philippe Mbarga Mboa, les patriarches Charles Etoundi, Onambélé Zibi, le délégué du gouvernement près la communauté urbaine de Yaoundé, Gilbert Tsimi Evouna et quasiment tous les maires de Yaoundé. Une absence forcément remarquable, tant les événements se déroulaient quand-même dans leur cour.

Joint au téléphone hier, le ministre des Petites et Moyennes Entreprises, élite du Mfoundi et notable chez les Etoudi, déclare n’avoir pas pris part à la marche simplement parce qu’il avait un empêchement. « Vos collègues organisateurs sont venus me voir au bureau pour me parler de cette marche, soutient le ministre. Ils ont même promis de revenir me donner quelques T-Shirts…Je n’y suis pas allé parce que j’avais un deuil. On avait en fait deux grands deuils dans le coin. Il y a un grand Etoudi qui est mort, le frère aîné du docteur Menanga. C’est un grand deuil et en tant que chef de communauté, je ne pouvais pas ne pas y être. On était d’ailleurs à ce deuil-là avec le Dcc. Il y a aussi un grand notable à Ahala qui est mort. Il est de la même famille que le ministre Mbarga Mboa. En tant que notables chez les Etoudi et les Mvog Ada, nous ne pouvions pas être à la marche à cause de ces grands deuils. »

Ces explications sont corroborées par le ministre Philippe Mbarga Mboa qui, sans rentrer dans les détails, se contente de dire qu’il avait un empêchement d’ordre familial. « Honnêtement, j’étais pris. J’avais des obligations familiales », dit-il.

« Quand c’est pertinent et clair, je suis présent »

Si Mbarga Mboa et Etoundi Ngoa avaient des obligations familiales, quid donc des autres « enfants » du Mfoundi ? N’y a-t-il pas eu concertation pour boycotter cette marche ? A ces questions, les deux ministres sont formels : « Non, non et non ! réagit Philippe Mbarga Mboa. Et pourquoi on se serait concerté ? La participation des gens était libre. Cet événement est certainement important, mais il est ponctuel. » « Pour moi, ajoute le ministre Etoundi Ngoa, il ne faut pas penser qu’il y a eu une entente entre les gens du Mfoundi pour ne pas y aller. Non, pas du tout. Il ne faut pas qu’on nous fasse un procès d’intention. Nous ne nous sommes jamais concertés pour dire qu’on n’ira pas à la marche. C’est faux. Si quelqu’un dit ça, il ment. »

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Charles Etoundi, ancien ministre de l’Education national évoque également un empêchement familial pour justifier son absence à la Grande marche. « C’est vrai que l’absence des ministres du Mfoundi à une marche aussi populaire ne pouvait pas passer inaperçue. Mais je peux vous assurer qu’il n’y a jamais eu une concertation entre élites du Mfoundi pour ne pas y être », jure-t-il. Au-delà des ministres, le délégué du gouvernement, hôte de la « Grande marche patriotique » était aussi absent, ainsi que presque tous les maires de la capitale. Sur le cas Tsimi Evouna, Laurent Serge Etoundi Ngoa a une explication : « J’ai entendu dire que les organisateurs sont allés voir le délégué du gouvernement et il leur a dit “ vous avez déjà fait votre affaire et vous venez me voir à la dernière minute“. Eh bien, en tant que chef de la ville, il a raison. Vous ne pouvez pas préparer une marche dans la ville de quelqu’un pendant des semaines sans l’en informer et vous pointer à la dernière minute quand tout est ficelé. Sa réaction est normale. »

Absent lors de la marche, le maire de Yaoundé II, Luc Assamba pointe un déficit de communication de la part des organisateurs « Il y a eu un problème de communication et de concertation, confie-t-il. Nous n’avons pas été associés à ce qui a été fait. Un groupe de gens se lève et fait quelque chose sans en informer les ayant-droits. Vous me connaissez. Quand c’est pertinent et clair, je suis présent. Dans le cas contraire, je ne suis pas là. »

Sur le principe même d’une marche organisée par des journalistes, le ministre Philippe Mbarga Mboa se montre sibyllin : « (Rire) Si vous cherchez à savoir le fond de ma pensée, je ne vous le donnerais pas… En tout cas, dans cette affaire, il y a du pour et du contre. » Moins policé que le ministre Mbarga Mboa, Marc Aurel Mfoumou, bon connaisseur de la classe politique et traditionnelle du Mfoudi est tranché : « Est-ce qu’on peut organiser une fête ou un deuil chez vous sans vous le dire ? Nous n’avons pas été invités à cette marche et je ne vois pas pour quelle raison nous aurions pu être là. » Il va plus loin et se montre contre le principe même de cette « Grande marche patriotique ».

« J’ai vu des gens faire le pitre à la télé, se moque-til. J’ai vu un ministre se mettre à danser. Je suis bien curieux de savoir pourquoi il dansait alors qu’on est en train de tuer des Camerounais au front. C’était en réalité un bal de vautours. Le président Biya les a appelés par le passé des apprentis sorciers. » Du côté des organisateurs, l’on ne souhaite pas polémiqué. Pour Raoul Simplice Minlo, membre du collectif « Unis pour le Cameroun », l’absence de certaines élites du Mfoundi n’a pas vraiment été remarquée. Il ajoute que beaucoup ont dit être occupé et ont envoyé des représentants. Quant au déficit de communication qu’avances certains absents, il trouve cet argument infondé.

© Le Jour : Jean-Bruno Tagne

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