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Grande marche patriotique: La France prise à partie par les manifestants

Ambassadrice de France au Cameroun-Christine Robichon

Quolibets, huées, et slogans anti-français ont accompagné l’arrivée de l’ambassadrice de France au Cameroun, lors de la grande marche de soutien à l’armée et aux populations touchées par le phénomène Boko Haram.

Sur les antennes de la chaîne de télévision Canal 2 international, le 19 février dernier, Christine Robichon, l’ambassadrice de France au Cameroun martelait que la France est aux côtés du Cameroun dans la guerre contre Boko Haram. Etant lui-même une victime du terrorisme, son pays ne pouvait pas soutenir le groupe terroriste nigérian. Deux jours plus tard, en visite au Cameroun, le 21 février dernier, le ministre français Laurent Fabius des Affaires étrangères et du développement international utilisait les mêmes éléments de langage pour rejeter l’idée selon laquelle la France manœuvre en douce avec Boko Haram pour déstabiliser le Cameroun. Rien n’y aura fait. La grande marche patriotique contre Boko Haram a encore donné l’occasion de mesurer le ressentiment contre la France : «non à la France !», «La France dehors in, «on ne veut pas la France !», «non à l’intervention de la France!», «on ne veut pas de François Hollande au Cameroun !». C’est la » litanie vengeresse qui a suivi l’arrivée, sur le boulevard du 20 mai, du plénipotentiaire français au Cameroun.

Entretenue depuis plusieurs mois dans les réseaux sociaux et par certains médias, la colère contre la France a éclaté au grand jour à l’occasion de la grande marche patriotique de soutien à l’armée et de solidarité aux populations de l’Extrême nord. La présence de la chef de la mission diplomatique française au Cameroun a attiré la fureur de certains manifestants camerounais, mais aussi tchadiens, qui battaient le pavé contre la brutalité des islamistes armés nigérians.

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Bonne volonté

Cela n’a pourtant pas découragé l’ambassadrice Christine Robichon de manifester aux côtés des Camerounais, et de réaffirmer la position qui est celle de son pays dans ce conflit: la France ne soutient pas Boko Haram. Malgré toutes les dénégations et la bonne volonté affichée, la France ne parvient pas à redorer son blason au Cameroun. Ni l’annonce d’une révision à la baisse de la dette de l’Hexagone au Cameroun, ni la promesse de l’accroissement du renseignement contre Boko Haram en faveur des forces coalisées n’a réussi, ni même la visite annoncée du président français François Hollande à Yaoundé, ne semble faire rentrer Paris dans les bonnes grâces des Camerounais.

Vouée aux gémonies, Paris multiplie pourtant les gestes de bonne volonté, les projets de développement français en faveur des populations vont être multipliés, la technologie de pointe de l’armée française de l’opération Barkhane basée au Tchad, sera mise au service des forces coalisées contre Boko Haram, la France participera davantage à la formation des soldats camerounais, etc. Mais à tous ces actes de bonne volonté, les détracteurs de la politique française sur le sujet opposent les actes concrets d’autres partenaires du Cameroun. On évoque pêle-mêle les matériels de guerre allemands, Russes ou encore américains, ou les apports financiers d’organisations internationales en faveur des réfugiés. Mais, en ce qui concerne le premier partenaire politique et économique du Cameroun, beaucoup se demandent encore où est son soutien et quelles sont ses intentions réelles. Une centaine d’années de relations souvent heurtées laissent des séquelles.

Ludovic AMARA

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