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Gouvernement : des fausses copies du « prochain » remaniement en circulation

Ce sont de drôles d’oiseaux. Ils écument les médias depuis quelques semaines. Ils se portent bien, roulent carrosse. Certains visages sont même connus comme faisant partie du sérail. C’est dire s’ils peuvent inspirer confiance, surtout auprès de personnes avides de sensationnel.

Ils proposent un tout aussi curieux marché à leurs interlocuteurs : des documents classés «ultra confidentiels» et qu’ils présentent comme «de la plus haute importance». Dans leur stratagème, ils commencent par faire semblant de monnayer lesdits «documents» au prix fort, question de mettre de l’eau à la bouche du premier gogo venu. Face à la réticence de leur vis-à-vis par rapport à la valeur proclamée de la marchandise, ils finissent par consentir à lâcher leurs bafouilles, mais insistent sur l’anonymat quant aux sources.

Et que proposent nos pieds nickelés ? La copie «A1» du «prochain gouvernement préparé depuis Genève» par Paul Biya pendant son dernier séjour. Pas moins. Ça vient, rappelle-t-on, des cercles prétendument très restreints d’Etoudi, et c’est donc forcément du crédible. On y retrouve, pêle-mêle Elvis Ngolle Ngolle à la primature, en remplacement de Philemon Yang qui est fait grand chancelier des Ordres nationaux, Louis Paul Motaze au secrétariat général de la présidence de la République, René Emmanuel Sadi à la Défense, Aurélien Sosso à l’Enseignement supérieur, Paul Atanga Nji aux Travaux publics, Jacques Fame Ndongo au secrétariat général du Comité central du parti au pouvoir, Issa Tchiroma Bakary au Travail et la sécurité sociale, Ferdinand Ngoh Ngoh aux Relations extérieures, Urbain Noel Ebang Mvé à la Jeunesse, Peter Agbor Tabi au Sport et l’éducation physique, Dieudonné Ivaha Diboua au secrétariat d’Etat à la Défense (Sed) en charge de la Gendarmerie, Aminatou Ahidjo à l’Education de base, Pierre Moukoko Mbonjo au Cabinet civil, Dieudonné Philippe Mbarga Mboa à la Santé, Joseph Beti Assomo à la Dgsn, David Nkotto Emane aux Postes et Télécommunications… On passera sur les grossières erreurs d’orthographe au niveau de certains patronymes.

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Toujours est-il que quelques médias, sans la moindre retenue, ont fini par mordre à l’appât de ces manipulateurs en costume trois-pièces qui, humant le désagréable parfum de l’absence probable de leur «géniteur» du prochain gouvernement, ont entrepris de tout détruire. Dans cette guerre des réseaux, ces émissaires, dans leur rêve démesuré, se mettent même à la place du chef de l’Etat pour détruire leurs ennemis ou autres adversaires politiques, histoire de tout brouiller. Ainsi des noms des bosseurs aussi célèbres que ceux de Martin Belinga Eboutou (ministre, directeur du cabinet civil), Madeleine Tchuinté (Minrési), Luc Magloire Mbarga Atangana (Mincommerce), Basile Atangana Kouna (Minée), Alamine Ousmane Mey (Minfi)…sont carrément jetés en pâture, puisque donnés partants. Pour surfer sur le vrai en prêchant le faux, les ministres d’Etat Laurent Esso de la Justice et Bello Bello Bouba Maigari du tourisme sont maintenus à leur poste, tout comme les ministres Jean Claude Mbwentchou (Minhdu), Nana Aboubakar Djalloh (Menep), Michel Ange Angoiung (Minfopra)…

Et le cirque devrait redoubler d’ardeurs dans les prochaines semaines, chaque jour apportant son lot de «révélations exclusives».

Manipulateurs.

À la réalité, on assiste au retour des apprentis sorciers qui gravitent autour du chef de l’État. C’est de nouveau l’heure des grandes et basses manœuvres, du réveil des officines et lobbies occultes en haut lieu, des séances de maraboutage autour du remaniement gouvernemental attendu depuis bientôt trois ans et que nos saltimbanques disent plus que jamais imminent.

Les vieilles techniques de chausse-trappes et de peaux de banane ont été affinées au sein du sérail. En tenant ainsi à relayer par les médias les «listes» des soi-disant nouveaux élus dans l’exécutif, manipulateurs, véritables chargés de missions de gourous tapis dans l’ombre, espèrent de manière chirurgicale braquer l’opinion vers quelques individus ainsi présentés comme ministres en puissance, question d’amener Paul Biya à revoir chaque fois sa copie pour ne pas donner l’impression de subir un présumé diktat de médias «bien introduits».

Il est donc question de «casser» des concurrents en étalant leurs noms sur la place publique, de régler des comptes à quelques autres qui leur feraient de l’ombre, de démonter la porosité des cercles et relais privilégiés du président de la République. En somme, il s’agit de court-circuiter la dernière mouture d’un dossier que Paul Biya, dit-on, serait sur le point de rendre public.

A ces devins d’un autre genre, il convient toutefois de rappeler que le chef de l’État a toujours tenu à démontrer qu’il n’était pas sous l’emprise des pressions, de quelque nature qu’elles soient et d’où qu’elles viennent. Paul Biya dispose en effet d’un agenda d’actions qui a su défier les pronostics au fil des années. C’est dire si les manipulateurs de l’ombre ont tout faux.

René Atangana

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