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Germaine Ahidjo sur RFI : …Biya n’a rien fait pour qu’il ( Ahidjo) rentre…

Ahmadou Ahidjo-Président-Cameroun-unité

Le 30 novembre 1989, l’ancien président camerounais Ahmadou Ahidjo, meurt à Dakar. Le premier président du Cameroun avait remis le pouvoir en 1982 à Paul Biya. Il vivait depuis 1984 dans la capitale sénégalaise où il est enterré. Notre correspondante à Dakar, Carine Frenk, est allée à la rencontre de sa veuve. Germaine Ahidjo qui a bientôt 83 ans ; elle a fait du retour de la dépouille du président Ahidjo au Cameroun natal son combat.

RFI : Le 30 novembre prochain, c’est le 25ème anniversaire de la mort de votre époux, le président Ahidjo, il est toujours enterré au cimetière de Yoff à Dakar ?

Germaine Ahidjo : Nous, sa famille, c’est-à-dire moi et ses enfants, nous sommes toujours là auprès de lui pour garder le patrimoine camerounais. J’attends que l’on réhabilite mon mari. J’ai entendu dire au Cameroun que je ne voulais pas rendre le corps de mon mari. Ce n’est pas que je ne voulais pas rendre, j’ai dit que je voudrais qu’on le réhabilite et que je le ramène officiellement avec sa dignité et son honneur. C’est tout ce que je demande, c’est tout ce que j’ai demandé.

C’est-à-dire que le président Biya ne s’est pas opposé au retour de sa dépouille ?

Le président Biya ne nous a pas dit formellement qu’il refuse son retour mais il n’a rien fait pour qu’il rentre.

Et comment expliquez vous le fait que ce dossier n’avance pas depuis toute ces années ?

Je ne l’explique pas. Ce qu’il faut bien comprendre c’est que Ahidjo, de son propre choix, a choisi et donné le pouvoir à Biya. Personne ne le savait au Cameroun et personne ne s’y attendait, ça, c’était en 1982. Et en 1984, il y a eu un putsch militaire organisé par les officiers, qui la plupart étaient tous du nord. Evidemment, on a accusé Ahidjo d’avoir été à la base de ce coup d’Etat. A la suite de ça, il y a eu un procès, le président Ahidjo a été condamné à mort.

Il a été condamné par contumace ?

Il a été condamné par contumace avec exécution sur la place publique, enfin bref tout ce qui s’ensuit sur un procès fictif, une parodie de procès. Quand je pense à ça, j’ai des frissons, je vous assure. Il paraît que, en 1991, on a gracié les Camerounais qui étaient responsables de je ne sais pas quoi, de leur faux procès, tout ça en 91 je crois, par l’Assemblée soit disant. Mais je n’ai pas entendu dire que Biya avait gracié Ahidjo parce que c’est Biya qui a condamné Ahidjo, lui à qui on a donné le pouvoir. Pourquoi ? Il y avait certainement de la rancune derrière, il y avait certainement de la jalousie, il y avait… Je ne sais pas.

Et c’est pour ça que ça n’avance pas, c’est une des raisons ?

Je suppose que c’est pour ça que ça n’avance pas.

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Il y a eu pourtant des médiations ?

Je suis sûre que le président Houphouët a fait des médiations, le président Abdou Diouf certainement puisque lui nous avait chez lui, et le président Zinsou et ça n’a rien donné.

Est-ce que vous, vous êtes rentrée au Cameroun ?

Je ne suis pas rentrée au Cameroun. D’abord je n’ai pas les papiers camerounais, que l’on m’avait confisqués et que l’on ne m’a pas remis officiellement. Ensuite, il n’est pas question que je rentre au Cameroun sans que le corps de mon mari soit devant et moi derrière pour accompagner ces restes, comme lui-même l’a désiré. Il avait demandé que tant que les choses ne seraient pas remises dans l’ordre, il préférait que l’on attende un peu, et que le jour où il rentrerait au Cameroun, comme chacun veut être enterré dans son pays natal, que moi sa femme, je devrais raccompagner ces restes. Il l’a désiré, il l’a écrit au président Abdou Diouf.

Hasard du calendrier, Paul Biya devrait être à Dakar ce 30 novembre prochain pour le 15ème Sommet de la francophonie ?

Même s’il y était, je ne sais pas ce qu’il dirait ou ce qu’il ferait.

Il y a quelque chose qui va être symbolique pour vous ?

Ca ne change rien pour moi, sinon que j’irai prier sur sa tombe. Je n’attends rien du Cameroun maintenant. J’ai une arrière-petite-fille et mes petits-enfants ne connaissent pas le Cameroun, ils n’y ont jamais été. Mettez-vous à ma place, vivre ce que j’ai vécu, pendant 25 ans après la mort de mon mari, vivre loin de son pays, de ne pas assister à la mort de ma mère dont j’étais la fille unique, ça veut dire beaucoup. Je ne pense pas que j’ai mérité et l’exil, et l’humiliation, et l’oubli des gouvernants de mon pays. Je ne pensais pas.

Mais vous comprenez aussi que c’est une affaire d’Etat au Cameroun ?

J’ai compris que c’était une affaire d’Etat au Cameroun à ce moment là. Ça en est devenu une. Je remercie beaucoup le Sénégal de nous avoir reçus, nous n’étions pas exilés, nous étions venus en tant qu’amis, parce qu’on avait une maison à Dakar. Vous savez, je ne me fais aucune illusion, je sais que ça se fera, même d’ici des décennies après Biya peut-être. Quelqu’un qui viendra, qui comprendra, le fera. Fera ce que j’attends. Mais j’en suis persuadée. Je ne serai peut-être plus là pour le voir mais même si je ne suis pas là, lorsque que ça se fera, je suppose que parmi mes enfants qui sont là, qui ont vécu ce que nous avons vécu ici, l’un d’eux le fera ou mes petits enfants, ou peut-être mes arrières petits enfants. Mais je sais qu’un jour ça se fera, qu’Ahidjo rentrera dans son pays.

[via RFI]

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