Economie

Franc CFA: Le débat continue en coulisses

Franc-CFA

Bien que le sujet ne soit pas inscrit au programme de la réunion des ministres des Finances, il constitue le principal centre d’intérêt au sein des pays membres. Depuis la réunion des ministres des Finances de la zone Franc tenue à Paris au mois d’octobre dernier, le débat autour des accords de coopération monétaire signés par la France et les Etats africains dans le cadre de la zone Franc a pris une autre tournure. A cette rencontre, le ministre français des Finances et des Comptes publics a clairement déclaré que son pays était prêt à rediscuter les termes de ces accords. « La France est entièrement ouverte à toutes les discussions. Tous les pays-membres de cette zone monétaire sont libres et indépendants. Ils peuvent donc demander à rediscuter les accords monétaires qui les lient à la France. Rien n’est figé ni tabou », confiait alors Michel Sapin. Une déclaration qui intervenait ainsi dans un contexte marqué par de vives critiques sur le Franc CFA. Plusieurs voix s’étaient élevées pour dénoncer ce qui s’apparente pour certains, à une ingérence monétaire de la France et pour d’autres, à un prolongement de la colonisation.

La coopération monétaire entre la France et les pays africains de la zone Franc repose sur quatre principes. L’un d’eux est la centralisation de 50% des réserves de change des pays membres dans un compte d’opérations ouvert dans les livres du Trésor français. « La France s’oblige premièrement à garantir la parité de notre monnaie (F CFA) et deuxièmement à fournir des devises pour le cas où il en manquerait. Si on manque de devises, la France nous en fournit sans conditions », expliquait l’ancien gouverneur de la BCEAO, Charles Konan-Banny, dans une interview accordée à Cameroon Tribune l’année dernière.

Au regard de la position officielle de la France sur ces accords de coopération monétaire, la balle est désormais dans le camp des Etats africains. Choisir de sortir de la zone Franc suppose pour ces pays, de disposer au préalable d’une alternative offrant outre les avantages passés, des privilèges supplémentaires. Cela veut dire accélérer le processus de création d’une monnaie unique africaine. Un projet dont la réussite repose davantage sur la volonté politique. Cette même volonté qui guide le choix actuel de ces pays de poursuivre la coopération monétaire avec la France. Toutefois, quel que soit le bout par lequel on prend le débat, il faut désormais tenir compte du contexte actuel de baisse des cours des matières premières sur lesquelles reposent les recettes d’exportation de ces pays. Bien que le sujet sur le Franc CFA ne figure pas à l’ordre du jour des travaux des ministres ce samedi, nul doute que cette rencontre à elle seule suffit à relancer le débat.

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La zone Franc en quelques dates

1939 : création de la zone Franc. Elle comprend aujourd’hui 15 pays africains dont huit pays de l’UEMOA (Bénin, Burkina Faso, Côte-d’Ivoire, Guinée Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo), six pays de la CEMAC (Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée Equatoriale, Tchad), l’Union des Comores et la France.

1945 : création du franc CFA, qui signifie alors « franc des colonies françaises d’Afrique » et du franc CFP (« franc des colonies françaises du Pacifique »). Un franc CFA vaut alors 1,7 franc français.

1958 : Le franc CFA devient le « franc de la Communauté Française d’Afrique ». Après les indépendances, il deviendra le « franc de la Communauté Financière d’Afrique » en Afrique de l’Ouest et le « franc de la Coopération Financière en Afrique centrale ».

1965 : Les ministres des Finances de la Zone franc se réunissent pour la première fois à Paris en mars.

1972 : La France et les États de l’Afrique centrale appartenant à la Zone franc signent une convention de coopération monétaire (Convention entre les États membres de la Banque des États de l’Afrique centrale et la République française) le 23 novembre. Cette convention n’a jamais été modifiée.

1994 : Les francs CFA et comorien sont dévalués de respectivement 50% et 33%, le 11 janvier 1994. À compter de cette date :
1 FRF = 100 FCFA au lieu de FRF = 50 FCFA
1 FRF = 75 KMF au lieu de 1 FRF = 50 KMF

1998 : Le Conseil de l’Union européenne reconnaît les accords de coopération monétaire entre la France et les États de la zone Franc. Le passage à l’euro n’entraîne pas de modification de parités. A compter du 1er janvier 1999, 1€ = 655,957 FCFA et 1 € = 491,968 KMF.

Josiane TCHAKOUNTE

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