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FOTOKOL : Les victimes du double attentat suicide sont connues

Fotokol

Le médecin chef par intérim de l’hôpital de district parmi les 14 morts. Le double attentat-suicide survenu à Fotokol dans la nuit du 12 juillet 2015, est tout sauf une surprise. Les attentats de Ndjamena avaient déjà sonné le tocsin, et il était illusoire de croire qu’après les arrestations à Kousseri de quelques membres de la secte impliqués dans ces actes terroristes, que des cellules dormantes n’avaient pas été implantées au Cameroun.

Quand et où allait frapper Boko Haram ? Telle est la question qui taraudait les services de sécurité. Le fait d’avoir choisi pour cible, la ville de Fotokol où elle s’est sérieusement infiltrée depuis quelques mois, montre ses difficultés à prendre pied dans des grandes villes camerounaises. «Pour son premier attentat en terre camerounaise, la secte aurait bien aimé l’inaugurer par un acte symbolique.

Qu’elle se soit rabattue sur un marché local, montre qu’il y a un travail de sécurité de fond qui est mené au Cameroun. Il y aura sans doute d’autres attentats, mais notre boulot, avec l’appui des populations, est de tout faire pour les déjouer et neutraliser les auteurs», renseigne une source proche de la Direction générale de la Recherche extérieure (Dgre). Sur le double attentat-suicide de Fotokol, il ne reste que des questions et beaucoup d’inquiétudes. D’abord sur les auteurs. Etaient-ce des femmes ou des hommes cachés derrière des burqa ? Des témoins affirment que les kamikazes étaient des femmes qui donnaient l’impression de mendier dans une partie du marché, appelée Gardoumba, ouverte en cette période de jeûne pour permettre aux musulmans de s’approvisionner.

«Le premier kamikaze s’est fait exploser quelques minutes avant 19 h, le second, a essayé en vain de pénétrer dans le camp du BIR, situé non loin du marché. Sans succès et il s’est fait exploser non loin de l’entrée du camp. Je me trouvais à mon lieu de service situé dans les environs de l’hôpital. Vers 18h 49, j’étais en train de rompre le jeûne quand j’ai vu, à 300 mètres environ de moi, une fumée rouge s’élever vers le ciel. J’ai d’abord cru que c’était des obus tirés depuis Gambarou. Ensuite, j’ai entendu des cris et des tirs provenant de la direction où se trouve le camp du BIR. Quelques minutes plus tard, j’ai entendu une seconde explosion. Puis, je suis allé me refugier à l’hôpital où les premiers blessés ont commencé à arriver cinq minutes après», témoigne Kaka, employé dans l’unique télécentre de Fotokol.

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Le bilan de ce double attentat-suicide ne cesse de s’alourdir. Il est actuellement de 14 morts, 7 civils blessés et six militaires blessés dont quatre soldats tchadiens et deux du BIR. Qui sont les victimes des premiers attentats kamikazes de Boko Haram en territoire camerounais ? Côté militaire, outre le caporal Noudime du BIR décédé le 14 juillet 2015 à Maroua de suite de ses blessures, un autre soldat tchadien figure parmi les victimes. Les victimes civiles, elles, se chiffrent à 10 dont Vandi Hoksa qui assurait l’intérim du poste de médecin de l’hôpital de Fotokol. Revenu de Makary quelques heures plus tôt où il s’était rendu pour récupérer les doses de vaccins destinés à son hôpital, cet originaire du Mayo- Tsanaga était venu au marché, comme de coutume, acheter des beignets pour ses collaborateurs.

«Un des pneus de sa moto était crevé et il a emprunté un vélo pour aller acheter des beignets. C’était l’appel du destin», regrette Mahamat, un de ses familiers. Autre victime, un réfugié nigérian du nom de Britus Guida. Installé à Fotokol avec sa famille après la perte de Gambarou par l’armée nigériane en 2014, l’ex-sapeur pompier nigérian cherchait son pain quotidien dans le commerce ambulant des médicaments. Chaque soir, lui et ses enfants proposaient conseils et médicaments à l’endroit du marché où a eu lieu le premier attentat qui a également coûté la vie à trois de ses enfants. Ils se nommaient Toumba Bitrus, Rebeca Bitrus, Ayouba Bitrus. Un autre, Matesé Britus, qui s’en est tiré avec un oeil crevé, a été évacué vers l’hôpital de Mada.

Haidaba Martin, gérant du bar devant lequel a eu lieu la première explosion figure aussi parmi les morts. Originaire du Mayo-Tsanaga, la victime tenait ce célèbre bar appartenant à un certain Oumarou et autrefois localisé au bord du fleuve El Beid sous l’appellation «Manengoumba». Il n’est malheureusement pas le seul employé du bar à avoir perdu la vie. Le nommé Aoudou, refugié nigérian et chauffeur du camion de livraison comptant aussi parmi les morts. L’explosion du kamikaze a également fauché les vies de Hassan Wapi alias Hassan Mbaouda, un ex-enseignant vacataire ; de Koutou Boulema, élève au lycée de Makary et qui occupait ses vacances en vendant des beignets et du jeune Abba Garba âgé de 10 ans, qui venait faire des courses. Des sept blessés civils enregistrés, seuls six sont encore dans des structures hospitalières. Il s’agit de Matsama Pierre, Maslaka Mada, Matesé Britus, Dely Zaidi, Malakoua Silas et Goda Albert.

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