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Fécafoot : Les bannis de Joseph Owona

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Au sortir de la Coupe du monde 2014, il avait été demandé aux principaux acteurs de cet événement de produire chacun un rapport détaillé de « son » mondial. Dans le sien que nous avons pu parcourir, Joseph Owona, le président du Comité de normalisation a chargé plusieurs joueurs, les accusant de choses toutes plus farfelues les unes que les autres, souvent sans aucune preuve et surtout en inventant parfois.

Sans jamais avoir entendus lesdits joueurs, sans les avoir convoqué devant une commission de discipline comme l’avait fait Mohammed Iya après le « Marrakechgate » en 2011, Joseph Owona jugé et sanctionné les joueurs sans jamais rendre publiques lesdites sanctions et surtout, sans en informer les concernés. Voici les joueurs blacklistés par le président du Comité de normalisation et les griefs qu’il a contre eux.

Samuel Eto’o

L’argument de Joseph Owona : Il est accusé d’avoir monté une grève et d’y avoir entraîné tous ses coéquipiers. Dans son fameux rapport, Joseph Owona lui reproche aussi une certaine arrogance et son « antipatriotisme »

Le contre-pied : S’il est vrai que le capitaine des Lions indomptables entre 2009 et 2014 a eu plusieurs déboires avec les responsables fédéraux du football, la raison principale était son combat pour l’amélioration des conditions de travail des joueurs et un traitement en rapport avec les importantes sommes d’argent qu’ils faisaient entrer dans les caisses de la Fécafoot. L’on se souvient qu’à la veille de la Coupe du monde, il avait même déclaré dans plusieurs médias que ses coéquipiers et lui étaient prêts à renoncer à la prime de l’Etat car cela pourrait servir à autre chose ; et que c’est la prime de la Fécafoot qui leur importait. Parlant d’amour du pays, l’on voit mal Joseph Owona e train de donner des leçons de patriotisme à Samuel Eto’o qui a défendu les couleurs du Cameroun au plus haut niveau, que ce soit avec la sélection nationale qu’avec ses différents clubs quand à chaque titre remporté, il se paraît du drapeau vert-rouge-jaune en mondovision.

Jean II Makoun

L’argument de Joseph Owona : « Sergent » est un ami de Samuel Eto’o et cela se sait depuis de nombreuses années. Il lui est reproché d’avoir soutenu le capitaine des Lions dans ses entreprises avant et pendant la Coupe du Monde.

Le contre-pied : Jean II Makoun ne s’est pas lui-même sélectionné pour la Coupe du Monde et s’il y est allé, c’est que le sélectionneur pensait qu’il pourrait aider son groupe. Après, s’il se sent plus proche d’un joueur que des autres, c’est le quotidien d’un groupe et l’on ne peut s’entendre avec tout le monde.

Achille Wébo

L’argument de Joseph Owona : Comme pour Jean II Makoun, il est reproché à Pierre Achille Webo Kouamo d’être un ami proche de Samuel Eto’o et de l’avoir soutenu mordicus dans tout ce qu’il a entrepris.

Le contre-pied : Comme pour Jean II Makoun, il ne s’est pas lui-même sélectionné et le coach pensait sans doute qu’il pourrait lui être utile. Et comme Makoun, le fait qu’il se sente plus proche d’un joueur que des autres n’en fait pas un paria et ne devrait pas être un argument pour le sanctionner.

Allan Roméo Nyom

L’argument de Joseph Owona : Il a agressé Neymar et a eu le malheur de se rendre en France le 2 juin 2014 à bord d’un avion privé affrété par Samuel Eto’o. Du coup, il est étiquetté comme l’un des artisans du désordre au sein de la tanière.

Le contre-pied : Son geste sur Neymar est un banal fait de jeu comme il y en a plein entre attaquants et défenseurs. Ça se joue souvent à l’intox et à l’intimidation. Ce même jour, c’est lui qui enrhume Daniel Alves et centre pour Matip qui va inscrire le seul but des Lions dans ce mondial brésilien.

Nicolas Nkoulou

L’argument de Joseph Owona : Il n’a pas joué son rôle de contrepoids face à l’hyper-puissance présumée de Samuel Eto’o et aurait dû empêcher la grève qui a retardé le départ de la délégation pour le Brésil. Il ne doit d’être encore dans cette équipe qu’au fait que le coach a expressément écrit pour demander qu’on ne les écarte pas du groupe.

Le contre-pied : Le rôle d’un vice-capitaine est-il de jouer les contrepoids de son capitaine ? Nicolas Nkoulou est un excellent défenseur qui est en sélection parce qu’il est performant en club et son rôle principal est d’empêcher les défenseurs de marquer des buts. Et si d’aventure les joueurs prennent une décision collégiale, il n’est nullement question que l’un d’entre eux, au nom du contrepoids, rame à contre-courant. C’est aussi cela la solidarité de groupe !

Enoh Eyong Takang

L’argument de Joseph Owona : Comme pour Nicolas Nkoulou, il est reproché à l’ancien joueur de l’Ajax d’Amsterdam de n’avoir pas tenu tête à Samuel Eto’o lorsque les joueurs ont décidé de revendiquer des primes à la Fécafoot. Et comme Nkoulou, il ne doit d’être encore dans le groupe qu’au fait que Finke a terriblement insisté.

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Le contre-pied : Comme pour Nicolas Nkoulou, le rôle d’un vice-capitaine est-il de jouer les contrepoids de son capitaine ? Enoh Eyong est un excellent joueur qui est en sélection parce qu’il est performant en club et son rôle principal est d’empêcher les adversaires d’avoir la mainmise sur le milieu de terrain. Il n’est nullement intéressant pour lui de ramer à contre-courant des décisions prises par le groupe.

Benoît Assou-Ekotto

L’argument de Joseph Owona : Le monde entier l’a vu s’empoigner avec son coéquipier Moukandjo en plein match face à la Croatie lors du mondial brésilien. Une scène qui en choqué plus d’un et à raison.

Le contre-pied : La scène qui a mis aux prises Assou Ekotto et Benjamin Moukandjo est rare mais est l’histoire du football mondial en est jalonnée. S’il ne faut en rien excuser ce type de geste, le plus intelligent aurait été de le sanctionner publiquement pour en faire un exemple. Au lieu de cela, la décision de Joseph Owona est sournoise et lâche pour un dirigeant car en tant que tel, il doit pouvoir châtier en expliquant les raisons du châtiment.

Benjamin Moukandjo

L’argument de Joseph Owona : il s’est donné en spectacle avec Assou Ekotto lors de Cameroun # Croatie et en seraient venus aux mains sans l’intervention énergique d’Achille Webo. Comme pour Nkoulou et Enoh, il ne doit d’être là que parce que Finke le voulait vraiment pour débuter les éliminatoires.

Le contre-pied : Des accrochages entre joueurs de la même équipe, il y en a à la pelle dans l’histoire du football mondial. Comme pour Assou Ekotto, si d’aventure on devait lui infliger une sanction, à tort ou à raison, on aurait dû le convoquer, l’auditionner, le sanctionner et rendre sa sanction publique, question de montrer aux jeunes ce qui les attend si jamais l’idée leur venait de commettre pareil geste.

Loïc Feudjou

L’argument de Joseph Owona : Il fait partie des fidèles de Samuel Eto’o et le fait d’avoir pris place à bord du jet privé du capitaine des Lions après le match amical contre l’Allemagne en juin dernier pour se rendre à Paris l’a visiblement condamné. A tel point que même avec les Lions A’, il n’a pas été retenu pour prendre part au dernier tournoi Cémac.

Le contre-pied : Comment un jeune gardien bourré de talent comme Loïc Feudjou peut-il être sacrifié ainsi pour la seule et simple raison qu’il est apprécié de son capitaine en sélection ? Comment un responsable comme Joseph Owona peut-il gérer le football camerounais sur des rumeurs ? Si d’aventure des joueurs pouvaient s’opposer à la grève de leurs coéquipiers, est ce sain de demander à un joueur amateur qui en est à sa première sélection de se mettre en marge, au point de le pénaliser pour ne l’avoir pas fait ? Il serait peut-être temps que Joseph Owona songe également à sanctionner tous ces responsables de la Fécafoot qui sont allés rencontrer Samuel Eto’o au Brésil, qui se sont filmés avec lui et qui ont gaiement diffusé les photos sur les réseaux sociaux. Son chauffeur , son garde du corps et le SG Fécafoot en tête.

Aurélien Chédjou

L’argument de Joseph Owona : Selon le professeur de Droit constitutionnel, Chédjou a bu des Camparino (sic !) au bord de la plage à Victoria et a eu un comportement qui a déshonoré le Cameroun.

Le contre-pied : Non seulement les affirmations de Joseph Owona sont fausses, mais en plus, le joueur est sorti avec des amis à l’occasion d’un quartier libre accordé par le sélectionneur Finke. Et comme nous l’avons déjà révélé ici même, le joueur a décidé de goûter une spécialité locale et à peine avait-il été servi qu’il a été reconnu et a dû s’en aller après avoir juste goûté au breuvage [Caipirinha, Ndlr]. Le journal local qui a rapporté les faits l’a clairement mentionné d’ailleurs. Par ailleurs, doit-on sanctionner un joueur parce qu’il a eu un écart de conduite durant un quartier libre ? Dans ce cas, Joseph Owona qui est professeur agrégé de Droit doit pouvoir invoquer l’article du code disciplinaire qui lui donne ce droit. Et si par ailleurs on peut penser que le joueur ne mérite pas sportivement d’être en sélection nationale, on doit pouvoir l’écarter sur la faiblesse de son rendement en club et pas sur des prétextes farfelus.

Alexandre Song

L’argument de Joseph Owona : Il est reproché au capitaine de West Ham d’avoir donné un coup de coude au Croate Mario Mandzukic en plein match de Coupe du Monde. Un geste qui a été clairement décrié par l’ensemble de la communauté footballistique internationale. De plus, le joueur avait déjà été lourdement frappé de trois matches de suspension par la Fifa.

Le contre-pied : Le geste d’Alexandre Song était certes punissable et réprimandable, mais pas au point de le bannir à vie de la sélection nationale sous le prétexte qu’il a terni l’image du Cameroun. Luis Suarez dans la même compétition a délibérément mordu Giorgio Chiellini et a écopé de 4 mois de suspension par la Fifa. Pour autant, sa fédération l’a défendu et a tout fait pour que la sanction soir revue à la baisse parce que comme Alexandre Song dans les Lions, Luis Suarez est un élément clé de la Céleste. Au lieu donc de le jeter à la vindicte populaire, la Fécafoot devrait protéger ses joueurs car en fin de compte, l’argent que la Fécafoot reçoit de la Fifa ces derniers mois de la part de la Fifa a été travaillé par ces mêmes joueurs.

 Joël Atanga

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