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Des fausses alertes plombent l’efficacité de nos sapeurs pompiers

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Partir de Ngodi pour la chefferie de Kotto, une dizaine de kilomètres plus loin, n’est pas aisé pour qui connaît Douala et l’obligation de secours des pompiers qui roulent à grande vitesse afin d’assister des sinistrés. Pourtant, un tel voyage s’est souvent réalisé inutilement pour les pompiers de la ville.

De fait, comme le montrent les statistiques de la seule caserne de Ngodi, l’une des plus actives de la ville qui en compte une autre en plus d’équipes spéciales établies au port et à l’aéroport, 37 fausses alertes (informations délibérément mensongères ou sinistres non retrouvables sur le terrain) y ont été enregistrées sur les cinq premiers mois de l’année 2015.

CT a pu le vérifier au cours d’un bref séjour au bureau des appels de ladite caserne. Où l’on peut s’entendre dire par une voix de jeune femme : « Allô ! Roger, c’est moi. » A l’explication suivante : « Ce n’est pas Roger, vous êtes chez les pompiers. Vous avez un problème ?… », la voix répond : « Mais c’est le bureau de Roger, non ? Vous pouvez me le passer ? Dites-lui que c’est moi. » Il faut pratiquement lui raccrocher au nez pour libérer la ligne. Deux minutes plus tard, c’est un jeune homme qui annonce vaguement qu’il est au PK12. Que veut-il ? Pas de réponse. Un autre appel sans voix suivra. Et encore. Tous du même acabit. Il n’y a aucune détresse à l’autre bout du fil. A force, l’émetteur réussit à passer un message faux et voilà le camion ou le minicar qui s’ébranle pour ne pas retrouver l’incendie ou l’accident annoncé.

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Le phénomène, assure le colonel Mikaïla, commandant du groupement local des sapeurs pompiers, produit des conséquences visibles telles que le gaspillage des ressources. Le capitaine Afuh quant à lui souligne davantage l’état d’esprit de ses hommes : « Les gens doivent savoir qu’une sortie des pompiers est un acte très important. Il faut s’équiper spécialement avant d’aller affronter un feu. » On est très attentif et les nerfs sont à fleur de peau quand on quitte donc la caserne. Plus encore quand c’est inutile.

Il faut alors apprendre à distinguer même dans l’intonation de celui qui appelle, la période dans laquelle on se trouve, etc., comme le font déjà les plus expérimentés des services d’urgence. A la gendarmerie par exemple, où l’on sait que tant de jeunes tourtereaux qui se chamaillent n’hésitent pas à abuser du 113. Ou encore, que les enfants insuffisamment éduqués croient qu’appeler les pompiers ou le Samu (184695 soit 99,32%, selon une étude médicale sur l’année 2007) est un jeu. Les vacances scolaires, indique un pompier, donnent souvent lieu à beaucoup d’appels fantaisistes.

Jean Baptiste KETCHATENG

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