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Extrême-nord : le camp de réfugiés de Minawao surpeuplé

Camp-de-réfugiés-Haut-Commissariat

45.000 réfugiés Nigérians vivent dans ce camp construit pour 20.000. Les chiffres officiels du Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) sont formels. Le Cameroun compte aujourd’hui près de  228.000 réfugiés essentiellement repartis dans les régions de l’Est et de l’Extrême-Nord. «Et on n’est pas prêt de voir ce flux s’arrêter», s’inquiète un fonctionnaire de l’agence onusienne en s’appuyant notamment sur la montée en puissance de Boko Haram au Nigeria.

«Nous avons remarqué une nette augmentation du nombre d’arrivées spontanées des Nigérians, notamment le mois dernier», fait-il remarquer d’ailleurs. En deux mois seulement, près de 10.000 réfugiés sont arrivés au camp de Minawao. D’un pointage de 35.000 personnes enregistrées début mai, le nombre de réfugiés tourne à ce jour autour de 45.000.

DIFFICULTÉS

«La situation est difficile au camp. Sur la trentaine de forages installés, la moitié fonctionne à peine parce que l’eau de la nappe souterraine se fait de plus en plus rare. C’est grâce aux ONG comme Médecins sans frontières et aussi à Camwater qui acheminent de l’eau dans des camions que nous tenons encore. Heureusement que la saison des pluies est venue nous soulager, autrement, on serait dans le pétrin», confie-t-on dans les services du gouverneur de l’Extrême-Nord. De fait, avant les premières gouttes de pluie, les réfugiés ne recevaient plus que 8 litres d’eau par personne et par jour, alors même que la norme prévoit 15 litres par personne.

En attendant le retour de la saison sèche, les réfugiés peuvent encore étancher leur soif. Aménagé sur 319 hectares pour n’accueillir que 20.000 réfugiés, le dépassement des capacités d’accueil du camp de Minawao est venue mettre en surface l’inadéquation entre les ressources disponibles et le nombre exagérément élevé des réfugiés. «Les signes d’un prochain retour à la sécurité dans l’Etat de Borno ne sont toujours pas perceptibles. Dans ces conditions, si nous ne trouvons pas une solution maintenant, la saison sèche sera encore plus compliquée avec davantage de réfugiés qui vont affluer ici», s’inquiète un responsable de l’ONG Ieda Relief. Les agences des nations unies prévoient une augmentation du nombre de réfugiés d’environ 84 000 personnes en 2016, dont l’essentiel devrait atterrir dans la région de l’Extrême-Nord.

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Pour trouver une solution à la surpopulation de Minawao, le ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation (Minatd), René Emmanuel Sadi, qui a visité le camp à la mi-juin, s’était engagé à octroyer un nouveau site pour le décongestionner. Une décision est toujours attendue. Toutefois, selon des indiscrétions recueillies auprès du comité interministériel chargé de la gestion des situations d’urgence des réfugiés au Cameroun, la bourgade de Tchéré, située à une quinzaine de kilomètres de Maroua, et où en avril 2014, trois religieux avaient été enlevés par des éléments de Boko Haram, a les faveurs du gouvernement.

Le choix de Tchéré se justifierait, selon plusieurs observateurs, par son potentiel en eau capable de satisfaire les besoins de 30.000 à 50.000 personnes. La moitié des réfugiés de Minawao pourrait alors y être déplacée. Mieux, ici, certains pourront même pratiquer l’agriculture s’ils le souhaitent, car la nappe d’eau souteraine de la zone regorge deux à trois fois plus d’eau que celle de Minawao. Si le gouvernement devait accélérer les procédures d’ouverture d’un nouveau camp, le financement de l’opération pourrait cependant ralentir cette bonne volonté. De fait, sur les 38 milliards Fcfa attendus par les agences des Nations Unies (HCR, PAM…) pour cette année 2015, les donateurs internationaux n’ont mobilisé jusqu’ici que 30% de l’enveloppe. Aussi, beaucoup se demandent dans ces conditions, comment le nouveau camp de Tcheré pourrait être opérationnel à court terme.

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