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Exclusions au RDPC : Quand le parti au pouvoir se mord la queue

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L’attitude était véritablement devenue banale au sein du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc). Il suffit d’être un président d’une cellule, d’un comité de base, d’une sous-section, d’une section, ou alors maire, député, membre du gouvernement ou enfin, plus prestement encore, membre du Comité central ; avec un peu de moyens, vous descendez dans votre fief politique et vous rassemblez des camarades que vous mettez sous votre influence dans le salon de votre maison de campagne; à l’issue d’une concertation top secret au cours de laquelle vous imposez votre point de vue et vos humeurs, un texte faisant révérence au président national du Rdpc est «pondu », avec comme titre indicateur « Motion de soutien et de déférence au président de la République, président national du Rdpc, Son excellence Paul Biya ».

Immédiatement, le texte est rendu public à l’issue du rassemblement, auquel ont pris part les responsables des services de renseignement de l’Etat, opportunément invités. Puis par les médias de tout bord, et en priorité ceux à capitaux publics. Le principal destinataire de cette littérature politique à la sincérité douteuse, à savoir Paul Biya, président national du Rdpc, chef de l’Etat du Cameroun, ne reçoit presque jamais le texte dans l’immédiat. Le mode opératoire voulant que ce soit d’abord l’opinion qui en prenne connaissance de manière ostentatoire. Quelques fois, c’est à la radio que les collaborateurs directs du président national du Rdpc entendent la quintessence de cette narration. Et lui-même, ne la découvre vraiment que (lorsqu’il a le temps de la lire) dans le quotidien Cameroon-tribune. Quant à la hiérarchie directe du parti, à savoir le secrétariat général du Comité central du Rdpc, qui est normalement censé centraliser toutes ces actions de révérence et de déférence au président national, elle, ne recevra qu’une copie de ladite motion de soutien, parfois deux ou trois semaines après leur publication dans tous les espaces publics du triangle national. Si l’on ajoute à cela des controverses, des intrigues et autres navrants affrontements qui ont eu lieu lors des récentes investitures en vue des dernières consultations électorales, et qui ont présenté un visage malheureux du « Parti du flambeau ardent», la coupe semblant en tout cas pleine.

« Clientélisme politique »

Cette situation, que certains cadres du Rdpc dits progressistes qualifient de « clientélisme politique » et qui semble s’être assimilée depuis de nombreuses années maintenant à une tradition politique, s’est davantage accentuée ces dernières semaines. Du moins en tout cas, depuis que Paul Biya a déclaré la guerre à la secte islamiste Boko Haram. On a ainsi vu des barons du régime, s’étant déclarés porte-parole des élites et forces vives de leurs contrées, descendre dans leurs fiefs respectifs, rassembler quelques noms qui comptent dans le coin, puis, les soumettre à un chantage politique au nom du chef du chef de l’Etat, président national du Rdpc, afin qu’ils signent un texte d’une motion de soutien aux termes quelques fois guerriers et menaçants pour la cohésion nationale. C’est le cas en tout cas du fameux « Appel de la Lékié », avec toute la controverse nationale qui a suivi.

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Les élites de la région du Sud, contrée d’origine de Paul Biya, ont fait mieux que « L’Appel… ». On l’imagine, sous la direction et le contrôle politique du Pr Jacques Fame Ndongo, ministre de l’Enseignement supérieur, celles-ci ont innové, en choisissant l’expression «Serment du Sud à Paul Biya ».

Fin de la récréation ?

Toutes choses qui mettent hors de lui un cadre du Rdpc proche du secrétariat général du Comité central : « Vous vous rendez compte que des gens, qui se disent militants et hauts cadres du Rdpc, vont rédiger des motions de soutien et autres appels et serments, les rendent publics avant que le principal destinataire ne reçoive la correspondance qui lui est adressée. Disons même qu’on peut rendre à l’instant public à la fin d’un meeting une motion de soutien ou une déclaration. Mais il ne faut pas oublier que le Rdpc est un parti organisé. Qui plus est, en cette période de guerre contre une nébuleuse comme la secte islamiste Boko Haram. » Et de poursuivre : « Un peu de recul aurait permis par exemple aux élites de la Lékié de faire lire leur « Appel » par la hiérarchie du parti avant de le rendre public. On n’en serait pas là. Surtout que le secrétaire général du Comité central du Rdpc, qui parle très souvent en lieu et place du président national, a pris position sur le sujet en appelant au calme. Ce n’est pas normal que dans les cellules, les comités de base, les sous-sections et sections, l’on tienne un discours discordant».

Paul Biya que certaines sources proches du bureau politique du Rdpc disent très ému par «le spectacle intrigant des motions de soutien et d’indiscipline généralisée», pour reprendre une expression de l’un des barons joint au téléphone par Le Messager, a décidé en quelque sorte de siffler la fin de la récréation. Selon des sources bien introduites au sein du Rdpc, dans l’esprit des textes qui créent les coordinations départementales et régionales du Rdpc, désormais, aucune littérature du parti au pouvoir, genre « motion de soutien», « Appel de… » ou encore « Serment de… », ne sera directement rendu publique sans l’autorisation régulièrement exprimée des responsables compétents des différentes coordinations de la base du parti. Mieux encore, aucune littérature ou correspondance au sein du Rdpc ne peut partir directement des organes de bases du parti pour atterrir directement sur la table du président national du Rdpc ou encore respectivement du secrétaire général du Comité central, sans que les responsables des coordinations départementales et régionales n’aient donné leurs avis. Pour se montrer dissuasif, le président national à immédiatement entériné des sanctions proposées par la commission de discipline et qui viennent d’être publiées. Ainsi vu, fort des douloureuses expériences d’un passé récent qui a profondément secoué à jamais sa crédibilité et son fonctionnement, le gros serpent qui a pour nom Rdpc, a donc décidé de se mordre la queue.

Jean François CHANNON | Le Messager

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