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Exclusif : Pierre Semengué s’explique et accuse

Pierre-Semengue

Droit de réponse extrêmement instructif (même s’il manque visiblement une page) où le Général en deuxième section Pierre Semengué accuse les nationalistes, dont Woungly Massaga, de pires exactions et s’explique en minimisant le nombre de têtes de « maquisards » tranchées.

Comme la loi nous y oblige, nous publions le droit de réponse du Général Pierre Semengué, fortement attaqué dans les médias depuis sa sortie controversée sur Canal 2 international en compagnie du journaliste Anani Rabier Bindzi.

Un droit de réponse extrêmement courtois

L’élégance eut voulu que ce droit de reponse soit publié sans aucun commentaire de notre part. Mais la gravité du problème posé nous oblige à ajouter ce texte qui apportera la contradiction nécessaire à une saine compréhension de la situation par nos lecteurs.

On voit néanmoins qu’il manque quelque chose à ce droit de reponse, puisqu’on passe de la page 1 à la page 3 sans transition. A cet effet, nous avons essayé hier de joindre le Général au numéro qu’il avait utilisé pour nous contacter, sans succès. Divers messages par mail n’ont pas eu plus de succès.
Que faire ? Ne pas le publier en attendant sa réaction, au risque d’aller contre la législation sur le droit de reponse ? Publier en l’état, quitte à reprendre la version intégrale par la suite si elle nous parvenait ? Nous avons choisi la seconde option, d’autant plus qu’on voit bien sous quel est l’angle le Général compte assurer sa « défense ».

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il est important de noter le ton extrêment courtois utilisé, même si on devine par certaines expressions, sinon de la colère, du moins de l’agacement. C’est une note favorable à l’endroit du Général.

Une copie envoyée au Conseil national de la communication, mais dont le fond pose problème

Comme c’est devenu la mode, le Conseil national de la communication (Cnc) est saisi pour la moindre peccadille dans les journaux. Cette fois-ci, contrairement à d’autres, le Général s’est montré « généreux » : il n’a pas porté plainte. Mais si l’envie lui prenait, nous lui filerions un petit tuyau : un membre de ce « machin » a été surpris par un « journaliste délinquant », en train d’exliquer ces rapports plus que malsains avec de l’argent. A lui de …

Mais pour en revenir à de choses plus sérieuses : on constate que le Général se sent insulté pour avoir été traité de « troufion », de « négationniste ». Pour le Conseil national de la communication (dont les membres ont d’énormes difficultés dans la définition des mots) et le Général, il est important de revenir au sens des mots : nous avons parlé de « propos stupides d’un troufion ». Ce qui est stupide est insensé. Ce qui est insensé est dénué d’intelligence, n’est pas sage ; n’est pas conforme à la raison. Un troufion est un simple soldat.

Que reproche-t-on au Général ? C’est de s’être comporté comme un « simple soldat » défendant les intérêts de la France. C’est d’avoir, dans le contexte actuel, été piégé avec une légèreté blâmable par le journaliste Anani Rabier Bindzi pour des raisons qu’il ne nous appartient pas de révéler ici.
Dans son droit de réponse, le Général indique bien qu’il a « très soigneusement circonscrit la période qui le concernait. L’armée camerounaise a été créée le 11 novembre 1959 et le Lieutenant français Semengue Pierre n’a rejoint cette armée camerounaise que le 24 décembre 1960 en provenance de CHALONS SUR MARNE où il achevait sa spécialisation en artillerie de campagne ».

Indépendamment du fait qu’il faille noter au passage que comme l’avocate Lydienne Eyoum, le Général Semengué revendique la nationalité française, on voit mal quel est le rapport entre ce qui a été dit par François Hollande et les déclarations in fine du duo Semengué-Bindzi ; délarations provocatrices sur ces gens « cupides » qui veulent extorquer de l’argent à la France alors qu’ils se massacraient entre eux.

Ce qui nous a le plus offusqué dans cette affaire, c’est qu’alors que le « tribalisme » a atteint un pic inégalé dans ce pays, le premier Général de l’Armée camerounaise s’avance avec autant d’imprudence sur un sujet aussi brûlant. La situation du Bamiléké attise haine, crispation et passion dans ce pays ; il ne faut pas le cacher. A raison quelquefois, des comportements comme ceux des Albert Dzongang, Yves Michel Fotso, Luc Sindjoun, Jean Nkuete, Ngounchinghé, Siyam Siewé…donnent raison aux détracteurs de cette ethnie, qui ont peur d’une supposée invasion des gens « aussi nombreux et actifs » dans le monde des affaires.

Mais ces gens-là ne représentent pas le Bamiléké de base incarné par cette horde de mototaximen, taximen, transporteurs, industriels, petits commerçants, « débrouillards »… qui résistent face à l’envahisseur chinois. Ces élèves et étudiants barrés par toutes sortes de quotas et d’actes discriminatoires. Des jeunes marqués par les récits des parents qui, même aujourd’hui la peur au ventre, racontent une période d’avant et d’après indépendance dominée par toute sorte d’exactions commises par l’armée coloniale et sa jeune consoeur camerounaise.

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Un homme responsable devrait par conséquent remuer sa langue plusieurs fois dans la bouche avant de prononcer la moindre phrase sur une période aussi délicate, d’autant plus que la dernière sortie du président de la République française François Hollande venait de faire baisser sérieusement la température.

Le Général contredit-il François Hollande et Ouest Littoral ?

Dans ce droit de reponse, on n’arrive pas à savoir si le Général est d’accord avec le président français ou pas. En précisant la date de son entrée dans l’armée camerounaise, il semble vouloir se dédouaner de ce qui s’est passé auparavent. Dans ces conditions, pourquoi a-t-il laissé Anani Rabier Bindzi accuser ceux qui « accusent » la France de pires crimes, juste par « cupidité » ?

On a eu l’impression étrange de voir un homme dont les enfants ont été violés devant ses yeux, son chien tué, sa maison brûlé, qui refuse plus tard d’accepter les « aveux complets » du coupable. De nombreux Camerounais ont eu, selon nos observations, la même impression en regardant notre duo sur la chaîne de télévision « Canal 2 internationnal ».

Selon les propres déclarations du Général, il se sent comptable de ce qui s’est passé après l’indépendance. Les exactions qu’il impute aux nationalistes sont difficiles à vérifier, étant donné le contexte. Mais le fait qu’il ait cité nommement le commandant « Kissamba » Woungly Massaga risque d’entraîner une réplique de nature à relancer le débat qui n’est pas prêt à s’arrêter.

Qu’il y ait eu des exactions de la part des nationalistes, cela ne se discute pas. Mais personne ne nous fera croire que les Um Nyobè, Ernest Ouandié, Ossendé Afana, Félix Moumié…n’étaient que des assassins ou de pilleurs. C’est le sentiment qu’on a eu devant le petit écran et qui a poussé bon nombre de patriotes à se sentir, pour le coup, vraiment insultés et humiliés. Woungly Massaga, les descendants des Joseph Ngandié, Samson Mondjengue, Samuel Zeze… apprécieront les portraits peu flatteurs réalisés par le Général.

Quand Pierre Semengué minimise l’action de ses hommes.

On constate que si Pierre Semengué est inspiré lorsqu’il s’agit de décrire les actions négatives des « maquisards », il met la pédale douce pour parler de la période où il était aux affaires. Après s’être étonné que la tête d’Ossendé Afana ait été retrouvé par le journaliste Anani Rabier Bindzi lors d’une exhumation (on ne savait pas que Bindzi avait des talents de fossoyeur), il minimise le nombre de têtes coupées en ces termes : « En réalité, seules trois têtes de grands chefs « rebelle » avaient été coupées et exposées comme preuve intangible de leur mort certaine alors que leur invulnérabilité aux balles était établie : -Alias MALAM DEFENSE et alias CLOCHE de 25 mai à Nkongsamba dans le Mungo. NGANDIE Joseph alias « CHATEAU DYNAMITE » à Bagangté ».

On perd son sang froid devant de tels aveux. Quelles règles dans l’art de la guerre permet de décapiter une personne vaincue afin d’exposer sa tête aux passants ? Même dans la Rome antique, de telles pratiques étaient sévèrement punies. Voilà qu’au 21 siècle, un homme en parle comme s’il s’agissait d’un « maguida » expliquant comment il a égorgé trois gros bœufs en une journée.
Le plus grave est que les paroles du Général cachent quelque chose de plus barbare. Tous ceux qui ont vécu dans l’ancienne capitale du « pays bamiléké » (Dschang), dans l’actuelle capitale de l’Ouest (Bafoussam), dans la plupart de ville de l’Ouest et du Moungo, savent que jusqu’à la fin des années 60, alors que Pierre Semengué était aux affaires, de nombreuses têtes humaines étaient exposées dans les carrefours et à l’entrée des marchés (Cf : Carrefour maquisards à Bafoussam). Il est aussi peu loquace sur l’action dévastatrice des « commandos », une unité sans formation dont les dégâts dans les villages (notamment au village Bafou dans la Menoua) continuent à hanter les nuits des plus anciens.

Nous aurions pu aussi revenir sur les conséquences du 06 avril 1984 dont on aimerait avoir les explications du Général. Là aussi, au figuré, on a « coupé des têtes » sans discernement et nous avons bien peur que des ayants-droits demandent des comptes bruyamment un jour ; mais cela est une autre affaire.
Rien que pour ces faits, notre Général aurait dû se taire. Jamais un homme conscient des atrocités dont il est au minimum coresponsable, ne se serait laissé entraîner dans un tel traquenard par un Anani Rabier Bindzi, dont on voit bien qu’il avait une petite idée en préparant l’ émission querellée sur une chaîne de télévision dont on est à peu près certain qu’un parent du promoteur, a été victime de la barbarie du colonisateur aidé par des « clients indigènes ».

NB Nous publierons la version intégrale du droit de reponse du Général Semengué sans le moindre commentaire dès qu’elle nous parviendra.

Benjamin Zebaze

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