Economie

Eto’o Télécom: La descente aux enfers !

Samuel-Eto'o-Télécom

La quasi-totalité des vendeurs de crédit de communication (call boxeur) interrogés ont une même réaction. «Set mobile. Donc ça existe toujours? Ces gens ont déjà fermé. Cela fait pratiquement un an aujourd’hui que je ne l’utilise plus parce qu’aucun de mes clients n’en demandait. Je faisais près de deux mois pour écouler 10 000 Francs…», confie Alex, call-boxeur. 

Le même constat se fait dans les quartiers Melen, Obili et à Ngoa-Ekele, où certains «call-boxeurs» disent avoir arrêté la commercialisation du crédit de communication Set mobile à cause de la «non sollicitation par les usagers».      Cependant, d’autres confient que les fournisseurs de puces, cartes et crédit ne sont plus visibles depuis près d’un an.

«Quand on part là où ils étaient installés tout est fermé. Raison pour laquelle nous avons arrêté de faire le transfert Set mobile… », indiquent-ils.

Du côté des abonnés, c’est la déception totale. Certains n’ont bénéficié que des offres de l’abonnement. «Je l’ai utilisé uniquement le jour ou j’ai acheté la puce», témoigne Ibrahim, chauffeur de taxi. Les abonnés actifs quant à eux décrient l’indisponibilité des cartes de recharge. «J’ai toujours ma puce. Malheureusement, je n’arrive pas à faire des recharges. Dans mon quartier, aucun call box ne propose le transfert Set mobile. Pour en trouver, il faut aller en ville. C’est pénible», se désole un utilisateur de Set mobile.

Pour Yves, informaticien, l’offre de service ne répondait pas aux attentes. «J’ai cru qu’avec Set mobile, la communication coûterait moins cher. Malheureusement, après mes premières recharges, je me suis rendu compte qu’il n’avait pas les meilleurs prix comparativement à Orange et MTN. Aujourd’hui, je ne sais même plus où j’ai jeté ma puce», explique-t-il.

Malgré tous les problèmes évoqués, l’on peut encore se procurer une carte Sim chez une «call-boxeuse» à l’avenue Kennedy à une valeur de 1000 francs avec 500 francs de crédit de communication. Après trois jours d’usage, si le réseau est toujours fonctionnel, le service client (917) quant à lui est indisponible. Selon des informations obtenues auprès d’un ex-employé de Set mobile, l’entreprise de Samuel Eto’o aurait contracté des dettes envers ses multiples partenaires.

Cristalline, [email protected], Mdc, Aimag et Retail distribution, cinq des huit distributeurs exclusifs des produits Set mobile. À cause des désaccords, poursuit notre source, ces derniers ont stoppé la distribution de cartes de recharge aux points de vente, ce qui explique l’indisponibilité des cartes Sim et du crédit de communication Set mobile sur le marché. Notre source mentionne que ces entreprises réclament environ 210 millions a Eto’o Télécom au titre de leur investissement conformément aux accords signés.

Au siège de Set mobile sis à l’immeuble T-Bella à Yaoundé lundi 09 février aux environs de 12h, le reporter est accueilli par une dame occupée à regarder une émission sur l’écran plasma qui meuble la salle de réception. Une fois l’objet de la visite précisé, le journaliste est orienté vers un responsable assis juste à l’angle de la salle, téléphone en main, jouant à un jeu d’échec. «L’entreprise est en pleine restructuration. Ce qui explique son absence sur le marché. Bientôt, nous serons de retour», annonce-t-il.

Pendant ce temps, trois dames assises en face de lui avec des desktops ouverts assurent le service client. Durant la quinzaine de minutes passées sur les lieux, le reporter ne note pas la présence d’un seul client. Cependant, chacun s’occupe comme bon lui semble. Le climat est calme. Les murs sont décorés aux couleurs de la charte chromatique de Eto’o Télécom.

Le désamour entre Set’mobile et ses abonnés viendrait d’une mauvaise politique d’attractivité selon Lionel A., étudiant en marketing international à l’Institut des relations internationales du Cameroun (Iric).

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«Après son lancement, Set’mobile ne nous a pas abondés avec les messages promotionnels, la publicité comme le font Orange et MTN. Ce qui fait que j’ai même oublié que j’avais une puce Set’mobile. Je pense que cette entreprise n’était pas prête pour entrer dans un marché concurrentiel. Ils doivent d’abord étudier leur cible et mettre sur pied une véritable politique marketing», croit-il savoir.

Un management grippé

Comme une véritable nébuleuse, aucun responsable n’est visible pour apporter des éléments de réponse. Joint au téléphone, Me Gabriel Kaldjob, membre du conseil d’administration à Eto’o Télécom, ne va pas se montrer disponible. Mais selon certaines indiscrétions, l’entreprise de l’ancien capitaine des Lions indomptables devait de l’argent à son partenaire Orange. Une-dette qui s’élèverait à 300 millions. Interrogé sur les rapports actuels entre Set mobile et Orange, un responsable d’Orange explique:

«Dans tout partenariat, il peut arriver des moments où les parties en présence rencontrent des points de vue divergents. Mais, pour faire évoluer les relations, l’on arrive toujours à s’accorder sur les termes de contrat. C’est notre cas».

Néanmoins,   d’aucuns indexent des errements managériaux depuis le lancement des activités en 2012. Ils se traduisent notamment par le licenciement de Georges Dooh-Collins, l’ex- directeur général adjoint, intervenu après celui de l’administrateur directeur général Charles Gueret consécutif aux mauvaises performances de la société de M. Eto’o. Courant mars 2013 c’est le directeur des affaires financières, la responsable des ressources humaines qui sont à leur tour limogés pour «trafics de services divers et distraction de fonds ».

Politique commerciale embryonnaire

Des experts relèvent aussi plusieurs erreurs commises par les gestionnaires de. Set’mobile. D’abord la minute de communication qui dès le départ est revenue plus cher que le tarif proposé par les concurrents MTN et Orange. Set’mobile vend la minute de communication à 40 FCFA contre 25 voire 15 FCFA pratiqués par les autres en fonction du forfait choisi. Pendant qu’Orange et MTN écoulent leurs puces entre 100 FCFA et 500 FCFA, celle de Set’mobile coûte 1000 francs. Or, selon les spécialistes, le positionnement des entreprises du virtuel est basé sur les «low-cost», c’est-à-dire des prix bas.

L’on déplore également l’absence d’une politique marketing orientée vers des niches telles que les jeunes ou les entreprises. Contrairement à la concurrence, les abonnés de Set’mobile ne bénéficient pas encore des forfaits SMS et appels. Une situation qui lui fait perdre des parts de marché.

«Je ne vois pas pourquoi j’abandonnerai mes puces Orange et MTN puisque Set’mobile ne m’offre pas des tarifs et des forfaits préférentiels comparativement aux autres », martèle Isséri, étudiant.

D’après Robert-Martin Silo-Samé, cofondateur de Sisaroma, un cabinet spécialisé dans les télécommunications cité par Jeune Afrique, il s’agit d’un problème dû à une mauvaise stratégie commerciale. «Le principal péché de. Set’mobile réside dans son manque de lisibilité par le marché. Il a voulu jouer sur le même terrain que les leaders alors qu’il aurait pu se positionner sur des niches intéressantes (ethnies, jeunes…) ».

C’est avec un concert géant qu’ Eto’o Telecom avait été lancée en 2012 à Douala, la capitale  économique  du Cameroun. Un lancement qui avait fait  rêver les Camerounais qui célébraient déjà l’avènement de la concurrence dans le marché de la téléphonie mobile. Il a fallu attendre près de deux ans plus tard pour déchanter.

L’exemple de free en France

En France, l’arrivée de Free Mobile, partenaire de France Telecom, a fait bouger le marché de la téléphonie mobile entraînant une baisse substantielle des prix des communications. Plus encore, Free Mobile a aspiré les abonnés de France Telecom-Orange. Au premier trimestre 2012, lors du lancement de Free, Orange a perdu 615 000 clients mobiles et 155 000 au second trimestre au profit de Free.

Benjamin Ombé 

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