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Eto’o ferme Fundesport , excédé par le traitement dont il serait victime

Cameroon's Samuel Eto'o smiles during an interview following the launch of Puma's kits for nine African national soccer teams at the Design Museum in London

Samuel Eto’o se dit excédé par le traitement dont il est victime dans son pays.

C’est une fin en eau de boudin. Une sortie indigne du monument qu’il est. Samuel Eto’o a quitté les Lions Indomptables sur un simple tweet annoncé après sa mise à l’écart de la sélection suite à la campagne foireuse du Brésil. « Je ne veux pas parler du Cameroun, seule Everton m’intéresse en ce moment » avait martelé le joueur à des journalistes qui voulait sonder son intérêt pour la sélection de son pays à sa signature à Everton fin août. Manifestement, le désamour entre Eto’o et le Cameroun était profond et sa décision de cesser les activités du volet sportif de sa fondation au Cameroun s’inscrirait dans ce sillage : « Samuel est très déçu par ce qui se passe au Cameroun, avoue un de ses proches.

Le traiter de la sorte après tout ce qu’il a fait pour le Cameroun c’est vraiment lâche et ingrat », appuie cet ami d’enfance du goleador qui vit entre la France et l’Espagne. De fait, les activités de la Fundesport ont quasiment cessé. « Tout le personnel de la structure a été licencié et je reste le seul en poste pour l’instant », nous a confié Diallo Siewe le Directeur de la Fundesport qui dit attendre les orientations de Samuel Eto’o pour la suite. La suite devrait a priori se dérouler loin du Cameroun et dans des pays « frères » comme le Gabon où Eto’o a déjà monté une structure multifonctionnelle avec l’appui de son « ami », le Président Ali Ben Bongo.

A la vérité, le buteur a encore réagi sous le coup de la colère prenant une décision précipitée qui risque de remettre en cause l’énorme travail abattu par sa fondation depuis sa création en mars 2006. « Eto’o a été victime de règlements de comptes politiques dans son propre pays», soutient une autre source proche du joueur. Allusion est ainsi faite au combat titanesque que se livre en sourdine Martin Belinga Eboutou, ci devant directeur du Cabinet Civil à la Présidence de la République et Edgar Alain Mebe Ngo’o le ministre délégué à la Présidence chargé de la Défense qui affiche fièrement son amitié avec Samuel Eto’o.

Règlement de comptes

La saga Nathalie Koa, véritable mélodrame politico-sexuel est venue confirmer cette guerre de tranchées dans laquelle Eto’o dit avoir laissé des plumes. Pour le joueur d’Everton, Belinga Eboutou est clairement identifié comme celui qui « bloque ses affaires au Cameroun ». Eto’o accuse même implicitement cette puissante ponte du régime Biya d’être à l’origine de la capitulation de son projet de création d’une infrastructure ultramoderne pour la Fundesport à kribi.

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Dans ce contexte, il peut avoir tiré les leçons d’une défaite que sa ferme mise à l’ écart est venue confirmer. Outre cette bataille d’ego politique dans laquelle il s’est invité du fait de son énorme puissance financière et de son aura mondiale, Eto’o doit aussi composer avec une lutte de clans autour de sa personne. Ainsi, le directeur de la Fundesport, Diallo Siewe est passablement remonté contre ceux qui « poussent Samuel Eto’o vers cette décision lourde de conséquences ». « Où étaient ces gens quand je me suis battu pour créer cette fondation de toutes pièces ? S’écrie l’ancien technicien de la Kadji Sport Academy. J’ai parcouru des kilomètres à pieds et à moto à la recherche de talents et aujourd’hui ils veulent tout détruire » s’indigne le technicien avant de s’interroger : «Qui peut attaquer le bilan sportif de la Fundesport aujourd’hui ? Les chiffres et les faits sont là, si on ferme c’est pour d’autre raisons ».

En effet il est difficile de remettre en cause l’extraordinaire travail abattu par ce centre dans la détection et la formation de jeunes talents camerounais. Avec Coton sport de Garoua, la Fundesport est aujourd’hui le principal pourvoyeur de talents dans diverses catégories de sélections nationales du Cameroun. Les observateurs prédisent même une véritable razzia des « enfants » d’Eto’o sur la sélection nationale fanion dans les cinq prochaines années.

Avec un budget annuel de 300.000 euros (environ 196 millions de FCFA) entièrement garanti par son mécène Samuel Eto’o, la Fundesport est une géniale exception dans le paysage sportif camerounais. Les pensionnaires du centre ont toujours été aux petits soins et Samuel Eto’o s’est personnellement impliqué pour leur réussite sportive et sociale. Après la formidable éclosion de Fabrice Olinga, le plus jeune buteur de l’histoire de la Liga espagnole, voici venus le prodige Fabrice Ondoua, aujourd’hui gardien de buts titulaire de la sélection nationale, et Jean Marie Dongou Tsafack, fraichement sacré meilleur joueur africain de deuxième division espagnole pour la saison écoulée.

Et ce n’est là qu’un brillant échantillon d’un réservoir inestimable de talents que Samuel Eto’o a patiemment couvés dans cet incubateur qu’est la Fundesport. « Ce que je veux, c’est mettre un sourire sur les visages de jeunes africains », a toujours clamé Samuel Eto’o pour expliquer la création de sa Fondation. Espérons qu’il ne sacrifie ce magnifique projet sur l’autel de querelles morbides et des ambitions puériles.

© Le Jour : Hiondi Nkam IV

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