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Est: La prostitution comme moyen de survie des réfugiés

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Réfugiés et  le phénomène de prostitution dans la région de l’Est Cameroun. Dans cette région frontalière, aucune action spécifique des pouvoirs publics, des organismes humanitaires ou des organisations de la société civile visant à encadrer les femmes et jeunes filles en situation de prostitution n’est observée.

Que ce soit à Garoua-Boulaï,  Bétaré-Oya, Ndokayo, Kétté, Gbiti, Kentzou où Yokadouma, la situation humanitaire des populations immigrées ayant fuit l’insécurité en République Centrafricaine (Rca) est préoccupante. Dans ces localités situées le long de la frontière entre le Cameroun et la Rca à l’Est, la pratique d’une prostitution dite de « survie » s’est développée et implique majoritairement les femmes et les jeunes filles se trouvant dans une situation de précarité. Le mode opératoire présenté par « les francs-tireurs » des ces avilis présente deux tendances. La première se veut ouverte au vu et su de tout le monde.

« Nos points de rencontres avec ces prostitués sont les bars et les espaces publics connus pour cet usage »explique certains de leurs clients que nous avons approchés. La deuxième méthode expliquent nos sources, « se veut plus discrète en procédant par des visites de courtoisie dans les camps des réfugiés, par appels téléphoniques ou par l’envoi d’un émissaire qui cause leurs langues ». Plus rassurant indiquent ces clients, « à l’intérieur des camps aménagés pour ces refugiés Centrafricains, il n’existe aucun dispositif pouvant discerner les autochtones des réfugiés, ni le  le phénomène de la prostitution ».

Sur la question des activités menées par ces prostitués en Rca avant l’exode au Cameroun, plusieurs affirment qu’elles suivaient leurs études, d’autres faisaient un petit métier (couture, coiffure, commerce de nourriture etc.). La plupart affirment avoir émigré au Cameroun, « entre janvier 2013 et mi-2014, en raison de l’insécurité qui prévaut dans leur pays ». Si la raison principale de se livrer à la prostitution probablement après leur émigration au Cameroun est « le besoin d’avoir de l’argent pour subvenir à nos besoins et à ceux de nos famille », d’autres prostitués par contre affirment avoir« commencé le commerce du sexe en Centrafrique il y a plusieurs années ».

Terrain favorable

Ici, la logique de la négociation du prix avec les prostitués est différente suivant les localités. A en croire leurs clients, « à Garoua-Boulaï et à Ndokayo, les prix sont très flexibles et en général, la détermination du montant à payer est laissée à l’initiative du demandeur de service. Ce qui n’est pas du tout le cas pour Bétaré-Oya, où à cause de l’exploitation minière, les filles sont inflexibles sur le tarif minimum de 5000 francs Cfa à payer pour une passe. Et pour des cas exceptionnels la somme de 2.500 francs Cfa est accepté par les prostitués centrafricaines ».

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Si la moyenne de gain journalier se situe entre 10.000 et 15.000 francs Cfa à Garoua-Boulai et à Ndokayo, elle est plus élevée à Bétaré-Oya où la quasi-totalité des filles prostituées déclarent engranger plus de 30.000 francs Cfa par jour avec les orpailleurs. A Garoua-Boulaï et  à Ndokayo, certaines prostitués indiquent qu’elles thésaurisent leur épargne et font des tontines entre-elles, alors qu’à Bétaré-Oya, elles ont plutôt recours aux établissements de micro-finance pour sécuriser leur argent. A la question de savoir ce qu’elles font avec cet argent épargné, certaines répondantes affirment « vouloir se constituer un capital pour faire du commerce dans les domaines de la restauration et de l’habillement ».  Cet argent de la prostitution servirait aussi « à assurer nos dépenses inopinées dont certaines pour la santé, d’autres pour les voyages  et aussi pour secourir nos parents et proches restés en Centrafrique ».

Manque d’encadrement

Dans ces localités de l’Est citées plus haut, les femmes et filles adeptes de la prostitution sont aussi bien de  nationalités Camerounaise que Centrafricaine. L’exercice du commerce du sexe est ostensiblement visible chez les personnes d’obédience chrétienne, et un peu plus discrète mais tout aussi largement répandu au sein de la communauté musulmane.  Les mineurs sont massivement  enrôlés dans la prostitution et les activités criminelles qui sont en corrélation avec elle, notamment le trafic des stupéfiants et le travail des enfants dans les mines d’or pour ce qui est de Bétaré-Oya. Des réseaux embryonnaires d’exploitation des femmes et jeunes filles sont suspectés sans être prouvés, impliquant notamment « les tenanciers de bars populaires et des maisons closes ». Leurs motivations étant essentiellement mercantiles.

Selon certaines informations des riverains, « les entreprises minières chinoises sont également impliquées dans les forfaitures relevant du trafic et de l’exploitation des enfants en toute impunité ». Sur le terrain, aucune action spécifique des pouvoirs publics, des organisations humanitaires ou des organisations de la société civile visant à encadrer ces femmes et jeunes filles en situation de prostitution de survie. Pourtant, un haut responsable de l’armée camerounaise indique sous cape que « ce phénomène de prostitution est vectrice d’insécurité en ce qu’elle favorise les actes criminels de toutes sortes dans ces localités frontalières ». Cela explique parfois les opérations d’arrestations des prostituées, suivies de refoulement au delà des frontières. Pour la quasi totalité des prostitués que nous avons rencontrés dans le cadre de notre enquête, « l’appui  financier et la libre circulation sont les principaux facteurs susceptible de faciliter notre entrée dans une activité autre que la prostitution ».

Ange-Gabriel OLINGA B.

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