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Enoh Meyomesse échappe au rouleau compresseur

Enoh-Meyomesse-maquis

Après 24 renvois fantaisistes et 40 mois  de détention, le prisonnier politique retrouve le sourire bien qu’il entend exiger des réparations.

Leg : Une victoire contre l’oppression

La joie était visible hier sur tous les visages des proches de l’homme politique au sortir de l’audience de la Cour d’Appel du centre. Bergeline Domou, la coordinatrice du Collectif pour la Libération d’ Enoh Meyomesse (Cle) n’a pas pu contenir son émotion. « C’est une honte et une insulte pour le Cameroun». C’est dire qu’ Enoh Meyomesse est retourné hier dans les geôles de Kodengui avec un grand soulagement comme en témoigne ce grand vacarme de ses codétenus qui a arrosé le pénitencier hier soir à sa descente, menotté, du camion qui le ramenait du parquet. Après 24 renvois, le juge Gilbert Schlick a décidé de vider la procédure.

La Cour, statuant conformément à la loi et contradictoirement à l’égard des parties, a déclaré Enoh Meyomesse coupable de recel de vol aggravé, les faits de vol aggravé ayant été au préalable requalifiés par le tribunal, avec une peine de 40 mois d’emprisonnement ferme, non coupable des faits de vente illégale d’or. En outre, les faits d’insurrection et de tentative de déstabilisation des institutions de la République ont été abandonnés à la requête du commissaire du gouvernement représentant le tribunal militaire. Par contre, après trois ans d’emprisonnement son camarade d’infortune, Benoit Ndi a été acquitté pour faits non établis. Cependant, l’un de ses conseils, Me Beling Nkoumba ne cache point son amertume.

« Dans les prochains jours, nous allons pourvoir en cassation (Ndlr : Cour suprême) pour que toutes les charges retenues contre mon client soit purement et simplement annulées », explique l’avocat qui annonce dès ce matin la rude bataille pour l’obtention de l’Ordre de mise en liberté (Oml) du Procureur général pour que l’écrivain soit élargi de sa cellule infeste de la prison centrale de Kodengui avant la fin de cette journée.

Le juge Gilbert Schlick, nommé à la présidence de la cour d’appel du Centre par un décret présidentiel publié le 18 décembre 2014, vient une fois de plus de se distinguer. Réputé d’une intégrité morale, ce magistrat, lorsqu’il officiait en tant que président du tribunal de grande instance du Mfoundi, avait déjà marqué les journalistes camerounais par l’acquittement prononcé, le 03 mai 2012, en faveur de Jean-Marie Atangana Mebara, ex-Secrétaire général de la présidence de la République, pour «faits non établis» sur des charges qui pesaient contre lui. Atangana Mebara est néanmoins toujours en prison pour d’autres accusations de détournement de deniers publics. On se souvient que c’est à bord d’un taxi qu’il avait regagné un hôtel de fortune abonnant sa grosse cylindrée devant son bureau et sa maison, craignant pour sa vie.

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Prisonnier politique

Alors qu’il descend d’un vol en provenance de Singapour, Enoh Meyomesse est interpellé le 22 novembre 2011 à l’aéroport par les éléments du Secrétariat d’ Etat à la Défense chargé de la gendarmerie (Sed) qui confisquent son téléphone et l’embarquent. Ce candidat recalé à l’élection présidentielle d’octobre de la même année sera nuitamment transféré à l’Est où, il y avait eu lieu ce braquage. Il lui est signifié les chefs d’accusation de tentative de coups d’Etat et de vol avec port d’arme. Il passe des heures d’interrogatoire et est transféré le lendemain à Bertoua et jeté dans une cellule obscure et sans fenêtre pendant 30 jours. Il s’en sortira avec une grave lésion oculaire et des importantes gastroentérites liées à la dysenterie amibienne.

Le Collectif pour la libération d’Enoh Meyomesse s’est mis sur pied au lendemain de son arrestation en novembre 2011. « Il est innocent, il n’y a pas débat là-dessus, quand vous regardez les chefs d’accusation qui ont évolué de son arrestation à sa condamnation, vous comprenez que ce dossier a été très mal ficelé», a toujours clamé Bergeline Doumou.
Sur ce plan, deux avocats se sont constitués : Me Beling Nkoumba et Me Mbuny d’Avocat Sans Frontières, en plus d’autres, notamment Me Hilaire Ouotto au barreau de Paris. Les avocats se sont donc mobilisés sur le plan juridique, les organismes internationaux tels Pen International qui défend les écrivains en danger, Human Right Watch, Amnesty International, Freedom House, Oxfam ont maintenu la pression sur le régime.

Toujours est-il que le verdict tombera le 27 décembre 2012. L’activiste politique écopera exactement de 7 ans de prison et d’une amende de 200.000 francs, tel que proposé. Song Kanga s’en sortira avec 9 années de prison ferme et 400.000 francs à verser au trésor public, tandis que Ndi Benoît et Manda Bernard prennent respectivement trois et deux ans derrière les barreaux avec 200.000 francs chacun.

Après l’audience du 19 mars dernier, l’écrivain et historien s’est représenté devant les juges  avec un nouveau président du tribunal, le juge Gilbert Schlick, président de la cour d’appel du Centre, en remplacement de Louis Lambert Bolko «appelé à d’autres fonctions».

Dans une deuxième lettre publiée à la mi-février 2015, et adressée au président de la République, Enoh Meyomesse se plaignait des 21 renvois déjà prononcés en cour d’appel par les juges vis-à-vis de son dossier. «Je suis ainsi devenu l’un des appelants le plus ancien de toute la Cour d’appel du Centre», se plaignait-il dans cette lettre. «Je vous demande d’intervenir, en votre qualité de Président du Conseil Supérieur de la magistrature, non pas pour que je sois relaxé, moi-même je m’en charge dans la plaidoirie que j’entends faire, mais simplement que je sois jugé. Je ne vous demande rien d’autre», suggérait-il à l’endroit de Paul Biya.

Originaire de la même région que le président de la République Paul Biya dont il dénonce la politique, l’écrivain et homme politique Enoh Meyomesse pourra donc quitter le prison ce jour pour mener d’autres combats pour la restauration de sa dignité.

Jean Claude Fogno

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