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Enjeux pour le Cameroun du sommet Etats-Unis – Afrique

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En raison de la convergence de vues entre les Etats-Unis et le Cameroun sur plusieurs questions prioritaires, la coopération bilatérale devrait sortir renforcée du sommet en cours à Washington

Investir en faveur des générations futures. Tel est le thème du tout premier sommet Etat-Unis-Afrique qui s’est ouvert hier à Washington D.C., par un symposium sur l’investissement, organisé par la diaspora africaine, et dont les travaux se poursuivent aujourd’hui notamment avec le Forum Etats-Unis-Afrique et une réunion sur Boko Haram. Dimanche déjà s’est tenue en prélude au sommet une rencontre dont le thème était «Believe in Africa Day». C’était sous le haut patronage du président Paul Biya. A cette occasion, une importante communication du chef de l’Etat dans laquelle il présentait les raisons pour lesquelles il faut croire au Cameroun et en l’Afrique a été lue par le ministre des Finances, Alamine Ousmane Mey. Ces assises qui n’ont rien de commun avec les sommets traditionnels comprenant des cérémonies d’ouverture et clôture, ponctuées de discours et la publication d’un communiqué final, offriront aux participants l’opportunité d’échanges interactifs approfondis sur diverses questions d’intérêt commun.

Au cours de ce sommet qui vise à renforcer les relations entre les Etats-Unis et l’Afrique, les débats tourneront autour des voies et moyens d’encourager le progrès dans des domaines que les Africains jugent d’une grande importance pour l’avenir du continent, à savoir : le développement des liens commerciaux et de l’investissement, le renforcement de la coopération sur la paix et la sécurité, la promotion des valeurs démocratiques et de la gouvernance, en vue de créer un environnement favorable pour la prochaine génération de l’Afrique. Une occasion idoine pour le président de la République, Paul Biya, promoteur de la diplomatie de présence et de participation active et les membres de sa suite officielle, d’échanger avec le président Barack Obama, les responsables de son Cabinet, les chefs d’entreprise des Etats-Unis et d’Afrique, des membres de la société civile américaine.

Sur ces principaux sujets qui feront l’objet d’échanges approfondis demain au Département d’Etat, l’on observe une convergence de vues entre Washington et Yaoundé.

Paix et sécurité

Inséparables, les deux paradigmes sont considérés par les deux parties comme des préalables incontournables, le socle de toute véritable politique de développement et de progrès social. Sur ces questions cruciales, Yaoundé et Washington sont totalement en phase. Ce qui explique et justifie une coopération soutenue entre les deux pays dans ces domaines. Avec comme point d’orgue, la contribution américaine à la formation des militaires camerounais notamment dans les secteurs de la lutte contre le banditisme, de la sécurité maritime, ainsi que dans les opérations de maintien de la paix. C’est dans ce sillage qu’il convient d’analyser la visite au Cameroun en 2012 du général Carter F. Harm, commandant des forces américaines en Afrique.

On se rappelle que le haut gradé américain avait alors été reçu en audience le 28 mars 2012 par le chef de l’Etat. La partie américaine apporte un appui très appréciable au Cameroun en vue d’un renforcement du dispositif de sécurité dans le golfe de Guinée, une zone où l’on a observé une recrudescence préjudiciable d’actes de piraterie ces dernières années. Symbole parmi d’autres de cette coopération, l’exercice de sécurité maritime conduit du 20 au 25 février 2013 dénommé «OBANGAME EXPRESS 2013».

Tandis que se précise la mise en œuvre des résolutions du sommet CEEAC/CEDEAO/CGG sur la sécurité dans le golfe de Guinée tenu à Yaoundé les 24 et 25 juin 2013, une intensification de cette coopération est plus que probable. D’autant que sur l’hinterland, les forces de défense camerounaises mènent un combat sans répit contre la nébuleuse terroriste Boko Haram qui multiplie des exactions meurtrières.

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Démocratie et gouvernance

A son propre rythme et selon ses spécificités, le Cameroun s’est investi depuis des années sous l’impulsion du président Paul Biya dans le chantier de l’enracinement de la démocratie et de la consolidation de l’Etat de droit. Un processus caractérisé par une modernisation constante des institutions, une meilleure prise en compte des droits de l’Homme, un perfectionnement du système électoral, une lutte acharnée et sans relâche contre la corruption et les auteurs d’actes portant atteinte à la fortune publique.

Dans ce registre, la création et la mise en œuvre il y a peu d’une juridiction nouvelle, le Tribunal criminel spécial (TCS) a suscité un intérêt certain, côté américain, pour cette opération « mains propres » qui vise à restaurer le culte du respect de la chose publique. Avec déjà des résultats probants. De même, l’entrée en scène de l’organe indépendant en charge de l’organisation, du contrôle et de la supervision des élections, ELECAM, a suscité une profonde décrispation politique dans le triangle national. Ce qui a conduit de nombreux observateurs d’ici et d’ailleurs à relever, voire à saluer le caractère libre et transparent aussi bien de l’élection présidentielle d’octobre 2011 que des sénatoriales d’avril 2013, suivies six mois plus tard du double scrutin législatif et municipal du 30 septembre dernier.

Ces avancées démocratiques palpables ont contribué à dissiper bien des malentendus, à aplanir des divergences entre Yaoundé et Washington. Dans cette mouvance s’inscrit la visite en février 2012 à Yaoundé de Madame Eileen Chamberlain Donahoe, représentante des Etats-Unis auprès du Conseil de l’ONU pour les droits de l’Homme à Genève. Les présentes assises pourraient permettre à Yaoundé de bénéficier d’un soutien accru de Washington pour promouvoir la démocratie et la bonne gouvernance.

Commerce et investissement

Si le volume des échanges commerciaux s’est considérablement accru depuis 2011, la coopération économique entre les Etats-Unis et le Cameroun pourrait profiter du sommet de Washington dans la perspective d’une densification. On sait que les Américains ont mis en place depuis 2000 l’AGOA (African Growth and Opportunity Act), une loi dont l’objectif est de favoriser l’expansion du commerce entre les Etats-Unis et les pays africains subsahariens.

Il apparaît, à l’analyse, que le Cameroun n’a pas suffisamment tiré profit des opportunités offertes par l’AGOA. Au point que même si le volume des échanges entre le Cameroun et les Etats-Unis connaît une tendance haussière depuis 2011, il se situe cependant en deçà du potentiel des deux économies. L’un des principaux handicaps étant le nombre limité de produits échangés : cacao, bois, tabac, pétrole. En cause également, un climat des affaires pas suffisamment attractif selon la partie américaine qui plaide constamment pour une simplification des procédures administratives. Mais il y a aussi l’extrême complexité du marché américain et ses normes. Il n’en reste pas moins qu’une présence relativement importante d’intérêts économiques américains au Cameroun dont la compagnie minière Geovic solidement implantée dans la région de l’Est avec un investissement de quelques milliards de dollars. Ce qui en fait le plus gros investissement américain en Afrique
subsaharienne. Ainsi, le sommet de Washington laisse présager des perspectives prometteuses au plan des échanges bilatéraux. D’autant que la rencontre intervient après la signature le 18 avril 2013 à Yaoundé d’un accord de siège entre le gouvernement et l’ONG internationale IMSCO (International Multiracial Shared Cultural
Organization). Le partenariat devrait déboucher sur une nouvelle impulsion des investissements américains dans des secteurs aussi variés que la santé, les TIC, l’énergie, les infrastructures, l’éducation.


BADJANG ba NKEN

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