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Eau potable : Quand un business se développe autour des pénuries

Eau-potable

Les journées de John Ekémé sont presque toutes pareilles. Dès son réveil, L’habitant du quartier « carrière » de Yaoundé passe de maison en maison pour prendre les commandes de ses clients. « Chacun me dit de quelle quantité d’eau il a besoin », explique John Ekémé à CAMERPOST. Le jeune homme se rend ensuite dans une rivière du quartier pour remplir d’eau ses récipients et livrer les commandes.

« L’eau pour le ménage est gratuite puisque je la puise à la rivière. Pour le service rendu, chaque client me paye 200 FCfa par bidon de 25 litres. Par contre, lorsqu’il s’agit de l’eau à boire, je prends plutôt 400 FCfa par bidon de 25 litres. C’est de l’eau du forage et le propriétaire du forage vend son eau », explique Ekémé.

En fait, John Ekémé est livreur d’eau. Une activité qui se développe dans les quartiers du fait des nombreuses coupures d’eau. Aucun quartier de Yaoundé n’échappe aujourd’hui aux coupures d’eau. Si dans certains quartiers les coupures sont passagères, la distribution de l’eau potable est par contre interrompue parfois jusqu’à sept jours d’affilés dans certains autres quartiers. Dans ces cas là, les réserves d’eau ne suffisent pas et il faut alors recourir à d’autres alternatives, à l’exemple des livreurs d’eau.

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John Ekémé a commencé son activité de livreur d’eau il y a un an, par hasard. «Mes voisins me demandaient si je pouvais les aider à aller chercher de l’eau car les distances sont parfois longues. On me donnait 100 francs, parfois 200. Un jour je me suis dit que ça pourrait être intéressant d’organiser cette activité, surtout que je n’ai pas de travail », explique cet ainé d’une fratrie de six.

Une fois la décision prise, le jeune homme se fabrique un porte-tout, achète quelques bidons pour le transport de l’eau et se lance. « Chaque jour, j’ai entre 4 000 et 5 000 francs de recettes. Je pourrais avoir un revenu plus élevé mais c’est un travail qui demande beaucoup de force. Vers 10 h, 11h, je suis déjà fatigué et je dois arrêter », révèle-t-il.

A cause ou grâce aux coupures d’eau, John Ekémé est aujourd’hui devenu chef de famille. « Je contribue à la ration alimentaire quotidienne. Je resouds aussi certains problèmes de mes petits-frères, surtout lorsque le problème a un lien avec l’école », dit-il sans plus de détails.

Le cas de John Ekémé n’est pas isolé. L’activité de livreur d’eau est de plus en plus répandue. Pire, la demande d’eau devenant plus forte, certains propriétaires de puits commencent à vendre l’eau du puits, une eau qui était jusque là gratuite.

Anne Mireille Nzouankeu

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