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Dur, dur, le mois de janvier au Cameroun

Boko-Haram-Cameroun-Yaoundé-Douala

Ce dimanche 11 janvier 2015, la réunion de l’amicale des habitants du quartier Nkoandi à Yaoundé connaît une participation à nulle autre pareille. Certes c’est la toute première rencontre de l’année pendant laquelle les objectifs sont fixés, mais tous les participants ne sont pas là pour les entendre. Les demandes de crédit amoncelées sur la table, devant le président, en disent long.

« J’ai besoin de 100 mille francs à tout prix, sinon mes deux enfants n’auront pas accès à l’école dès lundi », plaide une mère de famille. Deux autres parents dans la même situation font pression. Le bureau de l’amicale est dans l’embarras. « Vous voyez tous qu’il n’y a pas eu beaucoup de dépôts de fonds aujourd’hui à cause de la conjoncture. Nous ne disposons que de 500.000 F sur la table et nous ne pouvons pas vider la caisse complètement. Pour plus d’équité, nous allons remettre à chaque demandeur la moitié de la somme sollicitée », explique le président de l’association. La décision est diversement appréciée.

Tout le monde en parle. A peine entamé, le mois de janvier s’annonce déjà financièrement difficile et long, en attendant les prochains salaires. Après les folles dépenses de la période des fêtes, poches, porte-monnaie, comptes en banque sont à sec. Travailleurs des secteurs public et privé, gagne-petit, hauts cadres semblent être tous logés à la même enseigne. Dans bon nombre de ménages, l’on fait preuve d’imagination pour subvenir aux besoins du quotidien. « Ayant pris mes dispositions depuis des mois, je n’aurai pas dû souffrir de la disette en cette période. Je m’étais en effet organisée pour percevoir mon tour de cotisation au début de ce mois. Malheureusement, plusieurs personnes n’ont pas versé leurs contributions au regard des difficultés financières. C’est par la grâce de Dieu que je m’en sors désormais. Heureusement que je n’ai pas de grosse dette. Je me contente de gérer le quotidien », avoue Judith E. en service dans un ministère de la place.

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Siméon B., instituteur de son état, ne cache pas non plus sa peine à joindre les deux bouts en ce mois. « J’avoue que j’ai vraiment fait la fête en décembre et les répercussions se font déjà sentir. Avant même le 15 du mois, il ne me reste que 5 000 F. Je dois m’avouer chanceux parce que le boutiquier du coin a accepté de m’ouvrir un cahier de crédit relativement aux produits alimentaires. Dans le cas contraire, je n’aurais pas su quoi faire pour boucler le mois », assure le jeune homme. L’instituteur confie que s’il avait des enfants, la situation serait encore plus difficile pour lui et son épouse, Angèle E. « Nous attendons tous, les prochains salaires avec impatience. À la maison, ma femme prépare des plats qui ne coûtent pas chers : du riz sauté avec des légumes ou bien de la sauce d’arachide avec du manioc récolté dans notre champ. En ce moment, la viande et le poisson constituent un luxe que nous ne pouvons nous offrir. D’ailleurs, nous n’avons plus trois repas par jour », ajoute-t-il. Dans cette famille, les déplacements nécessitant des frais ont aussi été réduits au strict minimum. Il s’agit donc de serrer la ceinture jusqu’au bout.

Yvette MBASSI-BIKELE

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