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DSCE, plan d´urgence: Pourquoi Paul Biya met la pression

Paul-Biya-Dsce

Le chef de l’Etat veut inaugurer ses grands projets avant la fin de son septennat pour mieux voir venir. Paul Biya, le chef de l’État n’est pas peu fier ces derniers temps, comme en témoignent certains de ses proches. Et pour cause, certains Camerounais qui raillaient la stérilité de son bail à la tête de l’Etat commencent à se raviser. Car, la mise en service du port de Kribi, flambant neuf et entièrement équipé, vient faire mentir ses contempteurs.

De surcroît – heureux hasard ? -, c’est à cette même période que s’achèvent les gigantesques chantiers de construction des barrages hydroélectrique de Memve’ele et de retenue d’eau de Lom Pangar qui auront pour vertu, à en croire Paul Biya lui-même, d’offrir une énergie abondante et bon marché. Si pour le moment, le président national du Rdpc et non moins le président de la République tarde à répondre ouvertement aux appels à candidature lancés par son camp, c’est surtout parce qu’il attend que ces grands projets (port de Kribi, Lom Pangar, Memve’ele) soient officiellement mis en route afin qu’il les inaugure. Et apparaître ainsi comme un homme qui tient ses promesses, un homme d’État visionnaire qui a de grands projets pour son peuple.

C’est pourquoi il ne cesse, lors de ses discours publics comme pendant les audiences restreintes qu’il accorde au Premier ministre Philemon Yang, d’insister sur l’intensification de la mise en œuvre du Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (Dsce) qui, selon lui, a déjà produit des résultats. Le Dsce est en effet la boussole de la politique économique nationale, répète à l’envi le Président Biya à ses collaborateurs. Son ministre de l’Économie, Louis Paul Motaze, ne dit pas autre chose, estimant que «la dynamique de l’économie camerounaise depuis 2010, année de début de mise en œuvre du Dsce, est effective. Et elle est portée par les projets structurants de première génération qui ont été lancés, entre autres, le port en eau profonde de Kribi, la centrale à gaz de Kribi, les barrages de Lom Pangar et Memv’ele, etc., qui montrent bien le relèvement du niveau d’investissements publics et ses effets positifs sur les investissements privés. Ainsi, la part au budget du BIP connaît une progression passant de 30,7% en 2015 à 36% en 2016, soit un accroissement de 5,3 points». Autre source de satisfaction pour le chef de l’Etat, le fait que le Fonds monétaire international (FMI) ne critique pas ces projets, mais bien au contraire l’encourage à les mener à bon port.

En séjour au Cameroun, Christine Lagarde, la directrice générale du FMI, a également apprécié ces gains du Dsce que sont les grands projets : «Je me réjouis de savoir que certains de ces grands projets sont presqu’arrivés à leur point d’achèvement, et je souhaite vivement que ce point d’achèvement puisse être atteint rapidement. Je pense notamment au Port en eau profonde de Kribi et au barrage de Lom Pangar. Il y a des routes, il y a des aéroports, il y a d’autres projets, mais ces deux-là sont des projets emblématiques auxquels, je le sais, vous tenez infiniment Monsieur le Président, et qui seront structurants pour le pays», appréciait la patronne du Fonds. Lorsqu’on connait les réticences systématiques du FMI vis-à-vis des investissements d’envergure menés par les pays en développement, on comprend mieux le satisfecit de Paul Biya.

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BILAN ÉLOGIEUX

Et si Mme Lagarde a pondéré son discours en parlant de quelques difficultés du climat des affaires, Paul Biya est certain, désormais, de pouvoir résorber une bonne partie des handicaps de l’économie. Parmi ces autres contraintes, Louis Paul Motaze, le ministre de l’Économie, relève volontiers «celles d’ordre énergétique qui ont commencé à être résorbées avec la mise en service de la centrale à gaz de Kribi et la mise en eau partielle du barrage de Lom Pangar. Et cette dynamique va se poursuivre avec les mises en service prochaines des barrages de Lom Pangar (mise en eau totale), de Mekin et de Memve’ele, qui vont nous permettre de porter les capacités de production d’énergie de 946 Mw en 2009 à 1644 Mw à fin 2017.

Sur le plan de la réduction des coûts d’approvisionnement et d’évacuation des produits, cela devrait davantage s’améliorer avec la mise en service prochaine du port en eau profonde de Kribi et les ouvertures des entrées est et ouest de Douala, ainsi que la création/réhabilitation des axes routiers inscrits dans le Plan d’Urgence Triennal pour l’accélération de la croissance instruit par le chef de l’Etat». Autre souci du Président : le plan d’urgence triennal pour l’accélération de la croissance. Un programme financé à 925 milliards de Fcfa qui se décline en une série d´investissements dans les secteurs tels que l´aménagement urbain, la santé, l´agriculture et l´élevage, les infrastructures routières, l´eau, l´énergie et la sécurité.

Ce plan triennal devrait permettre au chef de l’État, au-delà de l’aboutissement des grands travaux déjà cités, de donner plus de tonus à son bilan socioéconomique en touchant les préoccupations sociales des populations à travers des infrastructures de proximité. «Notre objectif majeur demeure l’accélération de la croissance économique. Notre croissance doit être plus forte, plus durable, plus inclusive et génératrice de plus d’emplois pour tous, notamment pour notre jeunesse. Nos populations doivent ressentir les effets bénéfiques de cette croissance. Pour y parvenir, et je l’ai réitéré récemment au gouvernement, le Document de stratégie pour la croissance et l’emploi reste notre boussole. Le Plan d’urgence en indique les priorités immédiates, sans interférer sur le programme économique normal du Gouvernement. Je me réjouis du fait que ce plan d’urgence triennal, si attendu par nos populations, est désormais sur les rails et en cours d’exécution. Les résultats des actions déjà engagées seront bientôt plus visibles», indiquait Paul Biya dans son message à la nation en fin d’année 2015. Autant le dire, Paul Biya veut avant tout se positionner en chef de chantier, loin de l’image du politicien roué qu’on lui a reconnu pendant les années de braise, lorsqu’il pilotait avec ruse le processus d’accalmie politique en y laissant le minimum de plumes possible. Pour beaucoup donc, aucun doute : si le chef de l’Etat envisage de mettre en avant son bilan économique de ces dernières années, ainsi que sa stature de visionnaire, c’est bien parce qu’il aura des annonces politiques fortes à faire à son camp bientôt. Lesquelles ? Les paris sont ouverts…

YVONNE SALAMATOU

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