Le Premier ministre (Pm) Philemon Yang entend introduire des étrangers dans toutes les sociétés de gestion collective du droit d’auteur au Cameroun. Selon des sources crédibles au sein du comité ad-hoc mis en place par le Pm pour proposer au chef de l’État des orientations permettant de juguler la crise au sein de la famille des musiciens, l’une des conclusions majeures porterait sur la levée du principe de la nationalité.

D’après ce rapport, apprend-on, pour devenir membre du conseil d’administration de toute société de gestion collective des droits d’auteur au Cameroun, nul n’est plus besoin d’être Camerounais. Même ceux qui ont volontairement renoncé à la nationalité camerounaise pourront y faire leur entrée. En clair, Ndédi Eyango de nationalité américaine, Angoula Joseph, Raymond Tchengang et Sam Mbende, tous détenteurs de passeports Schengen, ou encore n’importe quel Nigérian, Malien, Tchadien, Colombien, Chinois, Japonais… pourraient être candidats aux fonctions d’administrateur d’une société de gestion au Cameroun.

D’autres curiosités apparaissent dans le rapport de la commission Yang. Les membres du comité ad hoc, dans leur procès-verbal concluent, «Il est apparu de manière claire que ni la Cameroon music corporation (Cmc), ni la Société civile camerounaise de l’art musical (Socam), ne sont légitimes ». Pour enfoncer le clou et démontrer son parti-pris, le comité précise sans autre forme d’explication que «Ce sont les décisions du ministre des Arts et de la Culture de mai 2008, qui ont envenimées la situation». Une conclusion hâtive qui suscite pour le moins, bien des interrogations. Le ministre des Arts et de la Culture à qui la loi confère la tutelle et le suivi des sociétés de gestion des droits d’auteurs, devait-elle laisser prospérer la jungle? En appliquant la loi, où a-t-elle commis une faute?


Imbroglio

Le comité ad-hoc, dans son rapport indique-t-on, se propose d’apporter une solution définitive au problème de gestion du droit d’auteur dans l’art musical.  Une proposition qui de prime à bord, reste sujette à caution selon ceux qui maitrisent les milieux de la musique camerounaise. Les supposés experts de la primature projettent organiser trois assemblées générales, excusez du peu, pour dissoudre l’ex Cmc et l’ex Socam. Il faut noter que cette dernière société civile avait déjà été dissoute par ses administrateurs. «Comme les sabitou du Premier ministre n’étaient pas là lors de la dissolution de la Socam, ce n’était pas la bonne», ironise un artiste.

Pour mener à bien ce travail, les sbires de l’immeuble Etoile envisagent mettre sur pied un comité de normalisation (encore ?) composé de trois représentants de l’administration dont l’un serait le président, deux représentants de l’ex Cmc (c’est à dire Joseph Angoula et Sam Mbende), deux représentants de l’ex Socam (Ndédi Eyango et Mbenkum) et un représentant de chaque syndicat reconnu. L’on se demande d’ores et déjà qui financera ce comité et les assemblées générales? Certainement les 440 millions Fcfa des avoirs des musiciens contenus dans le compte de dépôt spécial, serait-t-on tenté de répondre.

Les grandes ambitions du Pm

Les membres du comité ad-hoc demandent également la dissolution de la Commission permanente de médiation et de contrôle (Cpmc) et son remplacement par une autre structure de contrôle conforme, selon eux, à l’article 76. Seulement, des esprits éclairés savent que c’est à partir de la même disposition que la Cmpc avait été créée par le Pr Magloire Ondoa à l’époque du ministre Ferdinand Oyono. S’agissant des insuffisances de l’organisation actuelle des organismes, le fameux comité -composé de policiers, gendarmes, agents de renseignement, anciens taximen à Paris- évoque des conflits de compétence entre les différentes instances et des manquements dans la gestion administrative et financière. Il recommande par ailleurs la révision des textes fondamentaux pour y introduire des mesures correctives nécessaires et y expurger la question de la nationalité. In fine, pour donner une lueur saupoudreuse d’espoir aux artistes, murmure-t-on à l’immeuble étoile, le rapport fait ressortir l’importance de la mise en place d’un organisme unique de perception, avec à sa tête un haut fonctionnaire nommé par le Pm himself (le docteur Aba Nguélé s’y voit déjà), mais surtout, il faut que l’État se soumette au paiement  du droit d’auteur et combatte efficacement la piraterie.

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À l’observation,  l’essentiel du travail du comité ad-hoc de Philemon Yang est de lever le verrou de la nationalité et d’écarter le ministère des Arts et de la Culture (Minac) de la gestion du droit d’auteur. «Le Pm veut clairement imposer ses affidés qui sont tous des étrangers : Ndédi Eyango, Angoula Angoula, Sam Mbende…», s’indigne un chanteur de Bikutsi qui suit de près les travaux du comité.

Dans les salons huppés de la capitale,  cela n’est plus un secret, pour l’ancien  ambassadeur du Cameroun au Canada, Ama Tutu Muna, pour sa loyauté au chef de l’État et surtout parce qu’elle ne fait que son travail, devrait quitter le gouvernement. Lors de la réunion interministérielle du 15 décembre 2014, indique-t-on, le Premier ministre a juste posé deux questions à madame la ministre. Notamment, pourquoi est-ce qu’elle n’a pas respecté les décisions de justice, pourquoi avoir annulé l’élection de Ndédi Eyango. Malgré les explications claires tant de la Minac, du ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation ainsi que du Garde des sceaux, Philemon Yang, visiblement campé sur sa position, ne voulait rien entendre. Son objectif étant apparemment d’écarter par tous les moyens, la dernière-née des Muna de la scène.

Vengeance aveugle

L’on se rappelle, il y a quelques années, lorsque les artistes commencèrent à clamer que l’actuel locataire de l’immeuble Étoile était derrière la cabale contre Ama Tutu Muna, une certaine opinion avait estimé pas crédibles de telles accusations. Seulement, en observant le déroulement de l’affaire ex-Cmc contre l’Etat du Cameroun représenté par le Minac, l’on se rend compte que la Cour suprême à l’époque était constituée de magistrats de la même génération que , donc d’anciens collègues et promotionnaires. Ceux-ci rendaient des décisions en faveur de l’ex-Cmc, sur instruction du Pm, en violation du bon sens et du droit. «Philemon Yang est vraisemblablement décidé à en découdre avec Ama Tutu Muna. Dans le Nord-Ouest, à Oku, Mbengwi et Bamenda, tout le monde connait les problèmes qu’il y a entre la famille Muna et le Pm»  s’offusque un magistrat ayant requis l’anonymat.

Selon certains artistes, le chef du gouvernement que les mauvaises langues camerounaises au Canada disent détenteur d’un passeport étranger, doit pouvoir expliquer à la nation les nombreuses accusations portées contre lui. Particulièrement sur sa position par rapport à la violation du code de la nationalité au Cameroun. Car, alors qu’on attend de lui le respect des textes tant de la République que de la Socam, il prend clairement fait et cause pour le citoyen américain d’origine camerounaise Ndédi Eyango. L’on comprend aussi pourquoi il veut  positionner Adéline Mbenkum, son autre protégée, qui d’ailleurs selon les langues venimeuses à la primature, est autorisée par le Pm à emprunter l’ascenseur réservé aux ministres et membres du gouvernement. Cette dernière, marraine de Ndédi Eyango à l’immeuble Étoile, sans carrière musical connue, doit à tout prix faire partie des gestionnaires de la société civile de l’art musical.

Pour se prémunir de la foudre du chef de l’État, qui ne badine pas lorsqu’il s’agit de protéger la souveraineté nationale ou la  nationalité camerounaise, Philemon Yang aurait simplement imaginé un stratagème contourné, se reposant sur le rapport d’un Comité. C’est ainsi qu’il trouve en Louis Paul Motaze, le fusible qui portera ce fardeau au cas où les choses tourneraient mal.

René Atangana