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Douala : La ville otage des matières fécales

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Les drains et caniveaux de la cité économique sont de vrais gouffres de déchets qui exposent les populations au choléra, au paludisme….Scène courante dans les rues de la ville de Douala. Sous une forte pluie ce lundi 11 août, une bande d’enfants dont la tranche d’âge varie entre 3 et 8 ans, reviennent tout joyeux des cours de vacances organisés à l’école anglophone «Government Bilingual Primary School» basée à Bonapriso, dans le deuxième arrondissement. Naïvement, comme à l’accoutumée depuis le retour des pluies, ils plongent leur pieds dans le courant d’eau débordant des rigoles. La pression d’eau est forte et les tout- petits ne semblent pas s’en rendre compte. Là où ils s’amusent à puiser l’eau des pluies avec leurs mains et à s’asperger les uns les autres, se trouve un large trou ouvert.

L’une des fillettes du groupe tente de mesurer sa profondeur à l’aide de sa jambe gauche. Fort heureusement, une jeune femme assise sur un banc public à l’entrée de l’école a remarqué l’affreuse intention de l’enfant et décide de l’interrompre dans son élan en tonnant d’une voix forte: «hé, sortez vite de là». Sans succès. Comme des sourds, les enfants n’obéissent pas. Mais la jeune femme ne lâche pas prise. Elle insiste. «Les enfants sont même comment? Je vous ai demandé de sortir de ces eaux et d’entrer ici». Le message est passé. Les gamins courent dans tous les sens. La «maitresse» a marqué un point en empêchant la fillette de jouer prêt du creux qui est d’une profondeur capable de l’engloutir.

Le courant d’eau peut librement circuler jusqu’à se déverser dans le grand drain mal en point, basé au niveau de l’ancien Collège des nations, vers la rue des pavés. Ici, la dégradation se voit à l’oeil nu. Les maisons construites au bord de ce passage d’eau, au niveau de la chefferie de Bonapriso, y vidangent tous leurs déchets, y compris ceux des Water Closed (WC). Les tuyaux d’évacuation et quelques morceaux de selles y sont perceptibles à tout moment. À chaque saison des pluies, comme c’est le  cas actuellement dans la capitale économique, les eaux stagnent ici, les populations et les enfants s’y baignent régulièrement.

Les maisons sont inondées. La circulation des véhicules n’est pas possible sur cette voie qui relie les quartiers New-Bell et Bonapriso. Depuis plusieurs années, le gouvernement tente en vain de trouver une solution à ce problème. La dernière, un immeuble r+8 a été présenté comme la véritable cause des inondations au quartier Bonapriso. Après concertations entre le propriétaire de l’immeuble et le délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Douala (Cud) Fritz Ntone Ntone, ledit obstacle, qui aurait été construit sur le trajet fluvial de Douala a été démoli à l’aide des explosifs par le génie militaire.

« Nous parlons d’un immeuble de Bonapriso dont la fondation s’est effondrée dans un drain souterrain, le drain est bouché et en amont après la moindre pluie, il y’a les inondations. Nous sommes passés par des prestataires qui ont accepté, mais vu la délicatesse du travail, ils se sont rétractés. Toutes les formalités sont déjà prêtes et la démolition peut commencer dans les jours qui suivent. Donc il était logique que nous rappelions tous les voisins et le propriétaire pour qu’on examine toutes les conditions pour leur sécurité », expliquait le Fritz Ntone Ntone, délégué du gouvernement auprès de la communauté urbaine de Douala, quelques jours avant la destruction de l’origine des inondations au lieu-dit Météo à Bonapriso.

Seulement, quelques jours après la démolition de cet immeuble, plusieurs interrogations collent aux lèvres de certains riverains. «Vue que cet immeuble était entouré de plusieurs maisons et autres grands immeubles, que va faire le gouvernement pour les autres pour faire passer l’eau? Est-ce qu’il va aussi détruit toutes les maisons des lieux?», s’interroge-t-on à Bonapriso.

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Pollution de l’environnement a Douala

Tous les caniveaux de la ville de Douala sont bouchés par des déchets, sans exception de quartier. Même le quartier administratif Bonanjo y passe. La présence régulière des eaux pendant les pluies tout autour des services du gouverneur de la région du Littoral en est une preuve palpable. Dans les quartiers mal famés, les victimes des inondations se battent avec les eaux souillées. Pelle à main ce vendredi 15 août, Maman Judith M., tente de redéfinir un passage aux eaux qui stagnent devant sa porte. «Je veux qu’elle coule, parce que quand  elle reste là, je me sens mal à l’aise», lance la vieille dame.

A en croire cette  dernière, le coin pue à chaque inondation. De l’autre côté, c’est une autre femme qui marche en esquivant l’eau stagnée. «Il y a une fosse septique là-bas que le gouvernement ne voit pas. Elle est construite en pleine route et les enfants jouent sans cesse tout autour. J’ai peur qu’ils y tombent», s’inquiéte cette autre riveraine qui craint le pire. La fosse, situé vers le «Petit marché» de Ngangué alimente les inquiétudes. Le chef des services d’hygiènes et salubrités de la Mairie de Douala 2e apprend à ce propos que son département est sur le terrain et veille aux grains.

Une voisine de la fosse septique confirme: «j’ai souvent vu les agents de la communauté venir làbas à cause de cette fosse, mais cela n’a jamais abouti puisque la fosse est encore là et vous-même vous le constatez». D’après le responsable des services d’hygiènes et salubrités de Douala 2e, les responsables du quartier doit signaler ce cas. De l’intérieur, le marché central de Douala brille de mille feux. Mais les drains et caniveaux environnants mettent un bémol à l’ambiance. Le grand bluff des autorités de la contrée. Une esquisse de pont du camp Bertaud, qui lorgne jusqu’au camp Yabassi, remet l’hygiène en cause dans cet arrondissement.

Pincer le nez à cet endroit est obligatoire pour celui qui traverse les lieux. Souleymane, le réparateur des ceintures, y a trouvé un bon endroit pour son business. Il est basé sur le pont. A sa droite, se trouve un bac à ordures à moitié vide, alors que les ordures inondent le sol. «Les gens d’ici sont très sales, ils urinent, font caca et jettent les ordures partout et pourtant, il y a un bac à ordures», s’indigne Souleymane. Derrière lui, s’ouvre un grand ravin recouvert d’herbes et de bouteilles d’eau minérales vides. Ses substances non biodégradables, d’un nombre incalculable, ne bougent pas d’un seul trait, même pendant les fortes inondations que connait la  zone ces derniers jours.

Bonjour choléra, paludisme…

Les eaux des pluies (qui circulent à travers les drains, caniveaux et autres rigoles) sont forcément utilisées ailleurs dans le cadre des travaux domestiques. Elles servent même de boisson à certaines personnes à travers des forages, puits, etc. Selon des agents de santé approchés, leur utilisation n’est pas sans conséquences. « C’est impossible de croire que ces eaux usées ne sont pas utilisées par certaines personnes. Naïvement, elles peuvent faire la lessive avec. De toutes les manières, cette eau peut causer le choléra, des infections cutanées.

Ça peut aussi favoriser la multiplication des anophèles femelles  qui engendrent le paludisme», apprend un personnel médical approché au Centre de santé basé à l’école publique de Bonapriso groupe 2. Comme moyens de prévention, notre source propose qu’«il ne faut pas laisser les enfants jouer à côté des eaux stagnantes en cette période». Profitant des inondations, certaines propriétaires des maisons ouvrent leurs fosses septiques pour laisser évacuer les déchets. «Avant, quand j’étais petite, les services d’hygiène passaient régulièrement vérifier nos toilettes. Ils montraient l’attitude à tenir à mes parents et leurs rappelaient que la fosse septique va bientôt être pleine et qu’il faut déjà prendre rendez-vous avec un vidangeur.

Aujourd’hui, ils ne font plus ça, c’est pour cela que vous voyez que chacun fait ce qu’il veut et pourrit l’environnement », renchérit notre interlocuteur du centre médical. Face à leurs responsabilités, les pollueurs ne savent que dire: «on va faire comment?».

Didier Ndengue

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