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Domestiques camerounais à l’étranger: le piège des trafics

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Les nouvelles en provenance des pays du Maghreb et du Moyen-Orient, relativement à la situation des compatriotes allés chercher fortune dans ces supposés eldorados, ne sont guère rassurantes depuis quelques mois.

Recrutés pour la plupart dans les ménages libanais, saoudiens, émiratis, koweitiens et autres qataris comme agents de nettoyage, nounous pour enfants, jeunes filles au pair, cuisiniers, chauffeurs, précepteurs pour l’enseignement des langues étrangères comme le français… nombre de ces hommes et femmes déchantent rapidement. Du moins, si l’on se fie aux témoignages de certaines victimes ayant pu échapper aux griffes de leurs « maîtres ». Le dernier cas en date qui défraie la chronique dans les médias nationaux concerne deux jeunes filles d’une vingtaine d’années, parties au Liban depuis bientôt un an. En lieu et place de la belle vie attendue, misère et maltraitances diverses rythment leur quotidien. Réclamant leur rapatriement, les parents des intéressées ont saisi le commissariat du 8earrondissement à Douala, pour obliger le promoteur d’une agence de placement à les faire revenir. Ils ont obtenu gain de cause. Hélas, l’expérience ne se termine pas toujours aussi bien pour bien de ces expatriés.

Selon la nommée Gertrude Megne dont le témoignage a été publié le 28 mai dernier dans la version électronique de Jeune Afrique, hebdomadaire international, les drames se multiplient au sein de la communauté des domestiques d’origine africaine en général, et camerounaise  en particulier. « Les suicides y sont quotidiens. Au moment où je vous parle, elles sont encore des centaines à subir des traitements inhumains, dégradants de la part de leurs employeurs. Et tout cela pour un salaire de 200 dollars (environ 120 000 Fcfa) payés avec difficultés », explique la jeune femme, avouant avoir vécu un véritable calvaire pendant huit mois. Gertrude Megne avait été « harponnée » sur Facebook par une compatriote disant faire partie d’un réseau qui favorise les voyages des jeunes filles partout dans le monde. En Europe et en Amérique du Nord notamment. La jeune femme qui, veut immigrer au Canada, atterrit curieusement au Liban. La suite est glauque et atroce. « J’espère que mon témoignage servira de leçon à toutes celles qui répondent aux sollicitations d’inconnus qui leur promettent du travail à l’étranger. Ces personnes peuvent réclamer jusqu’à 1 200 euros (environ 800 000 Fcfa) pour ce voyage. Et une fois sur place le piège se referme, car nous n’avons plus les moyens de repartir », confie-t-elle.

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Selon l’organisation de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch (HRW), le Liban, à lui seul, compte quelque 250 000 travailleurs domestiques ne disposant d’aucune protection juridique. Les abus qu’ils subissent s’exercent dans le cadre d’une pratique locale appelée « kafala », une forme de parrainage qui impose aux employés de maison d’avoir un « sponsor » pour entrer légalement au Liban. Ce « sponsor » – souvent le particulier qui les embauche – est considéré comme le garant de leur statut, y compris en cas de fuite. Les employeurs confisquent donc souvent les passeports des nouvelles recrues, dès leur arrivée, ce qui les expose particulièrement aux risques d’exploitation. La plupart des pays du Moyen-Orient sont accusés de ces maltraitances. Pour y faire face, le premier syndicat des travailleurs domestiques dans la région a vu le jour en janvier dernier au Liban. Sept mois après, il n’est toujours pas reconnu légalement. Pour les victimes de ces abus et leurs familles, « il est urgent que les leaders d’opinion en Afrique prennent ce problème au sérieux et fassent tout pour interdire ce trafic honteux ».

Yvette MBASSI-BIKELE

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