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Diagnostic: L’Etat de santé du Cameroun inquiète

Cameroon - Akonolinga - MSF Buruli Programme

A une exception près, les indicateurs de santé se situent en dessous de ceux des pays économiquement comparables.

Certes, son pronostic vital est très loin d’être engagé. Mais, d’après la dernière livraison de «Cahiers économiques du Cameroun», qui fait la part belle à la santé, l’état du Cameroun incline à tout le moins à peu d’optimisme. C’est dans cette publication de la Banque mondiale rendue publique il y a quelques jours que les autorités sanitaires du pays ont dû apprendre (tant au Cameroun, il n’est pas facile de disposer de données récentes, aucun rapport annuel sur les statistiques de la santé n’ayant été établi depuis plus d’une décennie) que les indicateurs de santé du Cameroun sont, à une exception près, inférieurs à ceux du reste de l’Afrique sub-saharienne ou des pays qui peuvent être économiquement comparables.

L’on apprend ainsi, dans ce 6è numéro de « Cahiers économiques du Cameroun », que le pays revendique des taux de mortalité des enfants de moins de cinq les plus élevés au monde. Pour 1000 naissances vivantes, le Cameroun enregistre 122 décès dus dans la quasi-majorité des cas au paludisme, à la pneumonie et à la diarrhée. En Afrique subsaharienne, la moyenne de décès dans cette frange d’âge se situe à 108.

Certes, la situation tend à s’améliorer au fil des années. Mais la Banque mondiale trouve le progrès du pays timide, au regard des performances réalisées sous d’autres cieux: «Au cours des deux dernières décennies, le Cameroun a été l’un des pays au monde où le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans a le moins diminué». De manière précise, si l’on considère la situation d’il y a 20 ans, seuls 16 enfants camerounais de plus sur 1 000 vivent au-delà de l’âge de cinq ans, alors qu’en moyenne 65 enfants supplémentaires survivent en Afrique subsaharienne.

Une mortalité infantile et maternelle supérieure à la moyenne en Afrique subsaharienne.

Même si la mortalité des moins de cinq ans a été réduite de manière significative, elle reste cependant élevée et varie d’une région à une autre. «La mortalité infantile reste extrême¬ment forte dans les régions les plus pauvres du pays comme le Nord ou l’Extrême Nord, où près de 20 % des enfants n’atteignent pas l’âge de cinq ans», note la Banque mondiale. Qui précise que la première région compte 191 décès pour 1000 naissances vivantes et la deuxième 168 décès. A contrario, les régions de l’Est (90 décès pour 1000 naissances vivantes) et du Sud (50 décès pour 1000 naissances vivantes) affichent les plus fortes réductions du taux de mortalité infantile.

De même, le taux de mortalité maternelle du Cameroun reste supérieur à la moyenne de l’Afrique subsaharienne. Dans ce domaine, le Cameroun fait même pire que le Liberia, le Soudan, le Tchad et la République centrafricaine. «La grossesse et l’accouchement restent des facteurs de forte mortalité, une femme mourant en effet toutes les deux heures des complications d’une grossesse ou d’un accouchement et une grossesse sur 127 étant mortelle».

La mortalité maternelle frappe aussi de manière inégale.

«Géographiquement, c’est dans les régions du Nord que l’on compte le moins d’accouchements assistés. Entre les deux enquêtes EDS les plus récentes (2004 et 2011), le pourcentage d’accouchements assistés par un professionnel de la santé est passé en moyenne de 61,7 % à 63,6 %. Pourtant dans l’Extrême Nord, seuls 21,8 % des accouchements ont été assistés par un professionnel de la santé contre 93 % dans la région du Littoral et 91,6 % dans l’Ouest».

En général, la mortalité sévit en fonction du milieu. Le nombre de décès liés à la grossesse est nettement plus élevé en milieu rural que dans les zones urbaines. «Au sein des communautés pauvres et rurales, les femmes et les nouveau-nés sont exposés à un risque plus élevé de décès, et les risques d’accouchement avant terme sont grands (les jeunes filles et femmes de ces segments de la population âgées de 10 à 24 ans ont un taux de grossesse de 33 %)».

Une forte densité d’infirmiers et de médecins inégalement répartis

La mortalité est liée pour une grande part aux faiblesses du système de prévention. La proportion d’enfants âgés de 12 à 23 mois ayant reçu toutes leurs vaccinations varie de 30,9 % dans l’Extrême Nord à 82,5 % dans le Nord-Ouest. La faute aussi à la mauvaise répartition des personnels de santé. Les régions du Nord, de l’Extrême-Nord et de l’Adamaoua enregistrent les taux de mortalité infantile les plus élevés et dans le même temps leur densité d’agents de santé compte parmi les plus faibles.

Plus de la moitié des médecins travaillent dans les trois régions du Centre, du Littoral et de l’Ouest. Le Centre, qui représente 18 % de la population accueille 40 % de médecins, alors que l’Extrême-Nord avec le même poids démographique n’est servie que par 8 % de médecins. Pourtant, le Cameroun avec 1,9 médecin pour 1000 habitants, se situe largement au-dessus de la moyenne subsaharienne de 1,3 médecin pour 1000 habitants. Et très loin de la norme de l’OMS qui prescrit un ratio de un médecin pour 10 000 habitants.

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Ce personnel, pour toutes sortes de raisons, dont une absence de motivation et les mauvaises conditions de travail, brille par son absentéisme. Une étude réalisée en 2012 par la Banque mondiale révèle que lors du passage des enquêteurs, seuls 32 %, 45 % et 58 % des centres de santé des régions du Sud-Ouest, du Nord-Ouest et de l’Est respectivement affichaient un effectif complet de leur personnel.

Moins de 2 % du PIB affecté à la santé

Les ressources que le gouvernement camerounais affecte à la santé ont substantiellement augmenté au cours des 10 dernières années. Mais les dépenses publiques, à peine 1,5 % du PIB, restent cependant parmi les plus faibles d’Afrique en pourcentage du PIB. Même si elle se situe depuis quelques années au-dessus de la moyenne en zone CEMAC, la portion de l’enveloppe budgétaire que l’État alloue au secteur de la santé n’atteint cependant pas la moyenne des pays d’Afrique subsaharienne.

Le Cameroun éprouve toute la peine à respecter la recommandation de 10 % de l’OMS et à tenir l’engagement pris en 2001 à Abuja au Nigeria d’affecter 15 % de son budget annuel au secteur de la santé. Depuis 10 ans, il entretient ainsi la réputation de pays de la CEMAC qui affecte la plus faible part de ses dépenses publiques à la santé.

Normal donc que, en l’absence de mécanismes de partage des risques, les charges liées aux soins de santé incombent avant tout aux ménages. Sur près de 30 000 FCFA que chaque camerounais a dépensé en moyenne pour la santé en 2010, l’Etat n’a contribué qu’à hauteur d’environ 8500 FCFA, dont une bonne partie financée par les bailleurs de fonds.

Le Cameroun s’impose donc comme «l’un des pays d’Afrique subsaharienne où le niveau des paiements directs effectués par les utilisateurs est le plus élevé par rapport au montant total des dépenses de santé, se classant 5è parmi 37 pays».

De surcroît, regrette la Banque mondiale, une analyse du journal des projets montre que les faibles ressources publiques ne sont pas forcément affectées là où les besoins sont les plus grands. A titre illustratif, «les régions où le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans était élevé en 2004 ont reçu en moyenne moins d’investissements consacrés à la santé par habitant durant la période 2010¬-2012».

«On constate donc, souligne « Cahiers économiques du Cameroun », des disparités marquées dans les résultats en matière de santé entre zones rurales et urbaines, ainsi qu’entre les groupes socio économiques, ce qui perpétue la pauvreté et la vulnérabilité».

Les camerounais vivent moins longtemps

Logiquement, avec toutes ces maladies infantiles du système de santé, les camerounais vivent moins longtemps aujourd’hui qu’hier. En d’autres termes, la Banque mondiale a constaté que l’espérance de vie au Cameroun a diminué d’environ deux ans depuis 1990, alors qu’elle a augmenté en moyenne d’environ cinq ans dans l’ensemble de l’Afrique subsaharienne.

Une nouvelle préoccupante pour un pays qui aspire à l’émergence dans un peu plus de 20 ans. Car, rappelle « Cahiers économiques du Cameroun », «le rôle du capital humain a été reconnu comme indispensable à la croissance économique. Une bonne santé valorise le capital humain et améliore par conséquent la productivité économique des individus et ainsi le taux de croissance économique de l’ensemble du pays. Une meilleure santé accroît la productivité de la main-d’œuvre, aussi bien qualifiée que non qualifiée, en améliorant ses capacités physiques et mentales générales comme la vigueur, le fonctionnement cognitif et l’aptitude au raisonnement, et en réduisant les cas de maladie et d’incapacité.

Une bonne santé aide en outre à améliorer les niveaux d’éducation en élevant les niveaux de scolarisation et de performance intellectuelle. Une économie qui ne dispose pas d’une main-d’œuvre ayant un niveau minimum d’éducation et de santé n’est pas en mesure de suivre durablement un sentier de croissance approprié».

Mais pour la Banque mondiale, tout espoir n’est pas perdu. A son analyse, l’entrée en vigueur cette année du budget-programme pourrait induire une gestion plus rationnelle des ressources humaines et financières. «Une bonne stratégie de financement des soins de santé viserait ainsi à réduire les inégalités en ce qui concerne l’accès aux services en empêchant les individus de tomber dans la pauvreté du fait de frais médicaux imprévus catastrophiques, et en protégeant et en améliorant l’état de santé de la population en lui assurant un accès à ces services essentiels». Recommandation de la Banque mondiale.

Reperes

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