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Dette extérieure : Comment le Cameroun s’endette depuis 30 ans

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La crise économique a montré que l’Etat pouvait être incapable de rembourser. La relance de l’endettement depuis 2006. Au Cameroun, le débat repart de plus belle dès qu’un nouveau chiffre est publié sur l’état de la dette publique.

Optimistes et pessimistes se sont encore affrontés après la sortie en septembre dernier de la 15ème note conjoncturelle de la Caisse autonome d’amortissement (Caa).C’est bien cet établissement public qui gère l’ensemble des fonds publics empruntés par l’Etat, ses différents démembrements, les organismes publics et parapublics, mais aussi les communes et les communautés urbaines.

Au 30 juin 2015, les fonds d’emprunts publics du Cameroun ont atteint 3 811 milliards F.Cfa. Dans cette cagnotte, la dette extérieure se situait à 2 783 milliards ; et c’est bien cette portion qui intéresse le plus. D’une part, elle a toujours été de loin la plus importante. D’autre part, elle met en jeu la souveraineté de l’Etat sur la scène internationale. En effet, le Cameroun est bien passé par les fameux Plans d’ajustement structurel,puis par l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (Ippte). Aujourd’hui, on parle de plan d’émergence. Ces programmes ont ceci de commun que l’Etat doit se plier aux contraintes imposées par ses créanciers ou bailleurs de fonds.

Evoquer ces plans amène à parler de l’endettement du Cameroun ces 30 dernières années. Et ce n’est guère pour verser dans le débat du surendettement ou du sous-endettement, selon le bord où on se trouve. Il y a au moins le risque de répéter ce qui a déjà été dit et redit. Par contre, il est bon de voir comment a évolué la dette du Cameroun. L’échelle de 30 ans situe à la création de la Caa en 1985 ; preuve que la dette était devenue une grosse préoccupation.D’ailleurs, la crise économique éclate l’année suivante, et fait passer le total de la dette extérieure du simple au double en 5 ans. De 2 262 milliards F.Cfa, on est passé 4 592 milliards en 1990. Entre temps, le pays a été placé sous ajustement structurel. En 1994, la dette extérieure atteint le pic historique de 6 035 milliards F.Cfa, du fait de la dévaluation du francs Cfa. On est carrément à 150,7% du Produit intérieur brut (Pib).

Le défi du remboursement

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Il est à noter que l’explosion de la dette du Cameroun n’est en rien due à des emprunts que l’Etat aurait effectués à cette époque, mais c’est davantage le fait de son incapacité à payer de qu’elle devait déjà, le tout couplé aux fluctuations monétaires. Durant les 12 années qui ont suivi, l’Etat qui a perdu sa crédibilité auprès des créanciers, doit davantage relever le défi de rembourser.L’atteinte du point d’achèvement de l’Ippte en 2006 induit des allègements de la dette, en plus des remboursements. Ainsi, la dette tombe à 1991 milliards F.Cfa, atteignant le niveau le plus bas jamais enregistré. Le Cameroun a continué de rembourser régulièrement ce qu’il doit aux autres Etats et aux organismes comme la Banque Mondiale Camer.be, la Banque africaine de développement, la Banque islamique de développement ou encore l’Union Européenne.Mais parallèlement à ces remboursements, l’Etat a relancé l’endettement. Au point où en juin de cette année, la dette publique extérieure est remontée à 2 783 milliards F.Cfa. L’Etat du Cameroun étant redevenu crédible, le gouvernement explique qu’il faut s’endetter pour financer le développement, car les ressources propres (principalement l’argent du pétrole et les ressources fiscalo-douanières) ne peuvent permettre de financer les projets structurants, notamment le port en eau profonde de Kribi, les différents barrages hydroélectriques, les centrales à gaz, les axes routiers ou encore le lancement de la compagnie de transport aérien Camair Co.

Le rythme d’endettement est soutenu depuis l’année 2009. D’ailleurs, l’Etat dépasse toujours les plafonds annuels qu’il s’est luimême fixé. En 2010, 2011 et 2012, ce plafond était de 200 milliards, or les emprunts ont été respectivement de 768 milliards, 1 180 milliards et 898 milliards. Le rythme a été maintenu en 2013, 2014 et 2015.

Qualité du ré-endettement

Au cours de ces années, le Cameroun a diversifié ses créanciers au point où les pays du Club de Paris (France, Allemagne, Espagne, Japon, Belgique et Pays-Bas) ont été de moins en moins sollicités, au profit des pays qui ne sont pas membres de ce Club, notamment la Chine, l’Inde, le Koweït ou encore l’Arabie Saoudite. La France a cessé d’être le créancier prédominant du Cameroun. En 2012, elle a même été devancée par la Chine qui détenait alors 24,3% de la dette extérieure du Cameroun, contre 21,5% pour la France. Au premier trimestre 2015, la Chine affichait 23%, soit 13,887 milliards F.Cfa en valeur réelle. La France était à 26%, soit 23,552 milliards F.Cfa. A bien analyser les différentes orientations des créanciers, cellesci peuvent servir d’outils pour évaluer la qualité de l’endettement.

Selon l’économiste Ariel Ngnintedem, le plus important n’est pas dans les montants empruntés par le Cameroun, mais dans l’usage qu’on en fait. Il ne faut pas gaspiller les fonds acquis aujourd’hui, pour ensuite condamner les générations futures à hériter d’un pays resté pauvre, sous-développé et endetté plus que jamais.

Assongmo Necdem

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