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Détournement de 200 millions f cfa destinés au samu!

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Le Service d’aide médicale d’urgence(Samu) crée en 2004 par une circulaire ministérielle pour améliorer la prise en charge des urgences pré-hospitalières au Cameroun court toujours après son autonomie financière. Selon cette circulaire, chaque hôpital de référence de la ville abritant une unité du Samu devait lui verser  500.000 FCFA/ mois ; la barre des hôpitaux de district(Hd) était fixée à 100.000 FCFA/mois pendant que les centres médicaux d’arrondissement(Cma) devaient contribuer mensuellement au fonctionnement du Samu à hauteur de 50.000 f CFA.

Mais, cet engagement n’a duré que le temps de l’euphorie. Les hôpitaux publics qui devaient à travers cet acte de générosité assurer le gros du financement du Samu ont massivement répondu aux abonnés absents dès les premiers mois ; sous prétexte qu’ils sont eux aussi confrontés à des difficultés financières. Ce qui n’est d’ailleurs pas faux.

Seulement, face à la débandade inattendue des établissements publics de soins de santé, il ne restait plus que le service aux usagers retenu par la circulaire ministérielle comme seconde source de financement.  Le Samu s’est donc tourné vers la rue en intensifiant le transport des accidentés de la voie publique et le transfèrement des patients vers les hôpitaux à 15.000 f CFA en dehors du périmètre urbain et 10.000 f CFA dans le périmètre urbain. Là aussi, des écueils se pointent.

Les services jugés onéreux par des usagers intéressent finalement peu de monde. Ils sont même qualifiés d’élitistes. Par conséquent, le SAMU affaibli financièrement peine à respecter ses engagements vis-à-vis notamment des personnels d’astreinte et donc à satisfaire la poignée de personnes qui sollicite ses services.

Consciente du rôle du Samu dans la sécurité du patient, l’Association « Action pour l’Humanisation des Hôpitaux» (Acthu) tire la sonnette d’alarme en 2009 en interpellant les pouvoirs publics sur la précarité financière de l’ «hôpital hors les murs» camerounais. Parmi ses huit propositions d’urgence contenues dans un communiqué de presse,  Acthu  demande entre autres aux pouvoirs  publics de doter le Samu d’une personnalité juridique et morale autonome et de lui octroyer des crédits de fonctionnement et d’investissement.

Ce cri de détresse  a reçu un écho favorable auprès de l’Etat qui a aussitôt commencé à appuyer financièrement le Samu. C’est ainsi qu’en 2010, Samu-Douala et Samu-Yaoundé reçoivent, pour chaque structure,  un transfert de capital de 50 millions de f CFA dans le cadre du budget d’investissement public(Bip). Mais, le rêve entretemps devenu réalité se transforme vite en cauchemar. Les structures bénéficiaires ne reçoivent pas les fonds décaissés par les pouvoirs publics.

En 2011, l’Etat revoit les subventions à la baisse. Il accorde cette fois-là 25 millions de f CFA à Samu-Douala, 25 millions de f CFA à Samu-Yaoundé et 25 millions de f CFA à Samu-Garoua. Comme l’année précédente, les bénéficiaires attendent de toucher la manne de l’Etat, en vain. Plus grave, Samu-Garoua est, à ce jour, une structure fictive. Certains responsables de l’hôpital central de Garoua qui doit loger le Samu disent n’avoir jamais entendu parler de ce service ou d’une quelconque dotation de l’Etat à ce sujet.

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En 2012, les subventions sont accordées avec des détails en moins. Cette année, le  Budget d’investissement public octroie 50 millions de f CFA au Samu sans préciser les structures cibles comme dans les années antérieures. Ce qui ne change rien au fond puisque les différents services du Samu attendent toujours leur part pour accroitre leurs performances.  
Au total, ce sont quelques 225 millions de f CFA destinés  aux caisses des structures  bénéficiaires du Samu qui ont été détournés. Autant on peut se féliciter du geste des pouvoirs publics vis-à-vis d’un service à l’agonie, autant on doit condamner le laxisme des services de contrôle de l’Etat. Il revient au Ministère de l’économie, de la planification et de l’aménagement du territoire d’enregistrer les besoins des départements ministériels, de planifier le financement des projets en fonction des priorités et de la disponibilité des fonds et d’assurer le suivi de l’exécution des dits projets.

Une vérification rigoureuse aurait permis non seulement de constater que les sommes décaissées pendant trois ans ne sont jamais arrivées à bon port et donc d’arrêter à temps ce détournement de fonds ; mais surtout de se rendre compte que  par exemple, Samu-Garoua qui a bénéficié de 25 millions de f CFA en 2011 est une structure fictive étant donné que  jusqu’ici, seules les villes de Douala et Yaoundé abritent officiellement des services du Samu.

En exerçant leur droit de regard, les services compétents auraient remarqué que les demandes de financement avaient des objectifs autres que le soutien financier du Samu comme le laissait croire le Ministère de la Santé publique. Mais, ce Ministère est coutumier des détournements des fonds destinés à des projets de santé.

En 2005, les pouvoirs publics à travers le Bip accordent  la somme de 35 millions de f Cfa et le matériel médical d’une valeur de 11 millions de f Cfa pour la construction et l’équipement du centre de santé intégré de Banya I à Yabassi dans le département du Nkam. L’argent  détourné, est partagé entre certains individus sans scrupule et le matériel médical destiné au projet est abandonné dans une pièce de l’hôpital de district de la localité.

Quatre ans plus tard, les pouvoirs publics, décaissent à nouveau 15 millions de f Cfa pour «le parachèvement de la construction» de ce centre de santé qui, curieusement, n’existe nulle part.  Sous la pression d’Acthu, ce centre a été finalement construit en 2011.
        
Dans la farce des subventions de l’Etat, les différents responsables des démembrements  du  Samu sont apparemment les seuls dindons.  Depuis 2010, ils font état de leurs besoins au Ministère de la santé publique. Mais,  à leur grande surprise, le Minsanté indifférent à ces mémoires de dépenses continue d’entretenir le flou sur la gestion des financements du Bip octroyés au Samu.
 
Pourtant, le Samu a cruellement besoin de cet argent voire plus  pour sortir de l’agonie où il se trouve! N’ayant pas de personnel, le Samu doit payer les primes de garde et d’astreinte aux personnels des hôpitaux qu’il utilise au quotidien, assurer leur formation sur les gestes de premiers secours, sensibiliser les populations sur ses activités. En plus, il faut des locaux, des outils de communication modernes, des médicaments de premiers secours et du matériel roulant.

Acthu interpelle la Commission Nationale Anti-Corruption(Conac), le Contrôle Supérieur de l’Etat(Consupe) et d’autres structures chargées de veiller à l’assainissement des finances publiques afin que toute la lumière soit faite sur les subventions accordées au Samu par l’Etat de 2010 à 2013.

Ce sera justice faite.

Locka Eitel

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