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Des opérateurs économiques victimes d’arnaques à Kribi

Kribi

Les arnaqueurs utilisent le sceau de la présidence de la République pour atteindre leur but. «Audience présidentielle», c’est l’objet de la correspondance envoyée il y a quelques jours à Jean Célestin Watat, opérateur économique dans la ville de Kribi.

Sous l’estampille du protocole d’Etat, la correspondance invite son destinataire à se présenter près les services de la présidence de la République, à une date bien précise, pour des besoins du service de l’Etat. La missive lui indique de bien vouloir prendre attache avec le colonel Jean Paul Jules Etounou, pour des modalités protocolaires et sécuritaires en y mentionnant même son numéro de téléphone. Tout ceci marqué du tampon du Directeur du cabinet civil (Dcc) de la présidence de la République du Cameroun, Martin Belinga Eboutou.

A première vue, ça n’avait rien d’une arnaque. Le document semblait bien officiel. Et pourtant, c’était un appât alléchant. «Je ne savais pas que c’est un piège, j’ai bien failli y tomber», déclare Jean Célestin Watat. Si ce propriétaire d’hôtel et grand éleveur n’en a pas été victime, d’autres l’ont été. Albert Nguene, huissier de justice décédé tout récemment des suites de courte maladie avait indiqué : « Ils m’ont joint au téléphone et m’ont parlé d’un vent de remaniement ministériel qui soufflerait et que j’étais sollicité à la présidence pour des besoins du service de l’Etat». Pour convaincre l’homme de droit, les fauteurs de trouble lui ont envoyé la même correspondance par fax. Le prétendu colonel Etounou Jean lui extorquera alors une somme de 600.000 Fcfa envoyée par une agence de transfert d’argent.

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Remaniement

Il faut dire que l’arnaque à Kribi n’est pas nouvelle. Avec les allures de métropole qu’emprunte la ville, l’arnaque a juste changé de vêtement d’apparat au point de faire des victimes même au sein de l’élite politique et économique. Il y a de cela quelques temps encore, des arnaqueurs se passaient pour des administrateurs, des magistrats et responsables des Forces de maintien de l’ordre (Fmo) pour extorquer du crédit de communication à coût onéreux à des honnêtes citoyens. D’autres se passaient pour des ministres et allaient jusqu’à faire des victimes parmi les administrateurs civils. «J’en ai été victime», reconnaît Jean François Manga, sous-préfet de l’arrondissement de Kribi 1er. Aujourd’hui, la machine est plus huilée. C’est le sceau du protocole d’Etat qui est arboré.

Le subterfuge est le même ; le document va jusqu’à préciser la date et l’heure de l’audience avec le président de la République, Paul Biya. Des avis recueillis çà et là mentionnent la convoitise démesurée de certains politiciens et haut-commis de l’Etat quant aux postes de responsabilité dans les hautes sphères de l’Etat. «Surtout avec le vent de remaniement qui souffle fort ces temps-ci, c’est chacun qui veut un siège», analyse un homme d’affaires ayant requis l’anonymat. «Sinon, comment comprendre que ces grosses têtes se fassent aussi facilement duper ?» s’interroge-t-il.

Lazare Kingue

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