Economie

Des experts se prononcent sur l’avenir du FCFA

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La France a récemment déclaré que les pays africains étaient libres de rester ou de sortir de la zone Franc. Dans son édition du mardi 06 octobre 2015, le quotidien Cameroon tribune donne la parole à deux experts qui analysent la question.

Le FCFA, monnaie arrimée à l’euro est de plus en plus critiqué sur le continent. Lors de la réunion des Ministres des Finances de la zone Franc qui s’est achevée à Paris le 02 octobre 2015, la France a clairement indiqué qu’elle était prête à rediscuter de l’accord de coopération monétaire qui la lie à 15 autres Etats africains.

Interrogé sur ce que peut apporter une révision des termes de cet accord, le Pr Désiré Avom, Agrégé des sciences économiques, doyen de la Faculté des Sciences économiques et de gestion de l’université de Dschang affirme qu’ «il n y aura jamais un accord monétaire parfait qui permette de résoudre tous nos problèmes de développement instantanément».

D’après lui, «une bonne monnaie ou un bon taux de change est le reflet de la bonne santé de l’économie donc la stabilité s’accompagne d’une bonne gouvernance de l’institution en charge de son émission. Dans la perspective de la réforme, on peut envisager sans bien sûr être exhaustif: une diminution des réserves de change à 35% ou 30%; une flexibilité du taux de change pour tenir compte de l’orientation des exportations, un décrochage total avec la mise en place d’une monnaie régionale comme prévoit le projet de l’Union africaine».

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Répondant à la même question, l’économiste Dieudonné Essomba soutient que «le CFA ouvre nos économies au-delà des limites optimales, empêchant la régulation des déficits commerciaux et le développement d’une industrie locale. Aucune révision de la convention sur le CFA ne peut surmonter ces problèmes et les africains font fausse route». Pour l’économiste, «la bonne solution consiste à annexer au CFA, tel qu’il fonctionne aujourd’hui, une seconde monnaie qui n’achète que les biens locaux, suivant la logique des monnaies complémentaires répandues en occident ».

A propos de la création d’une monnaie unique en Afrique, Dieudonné Essomba estime qu’ «une monnaie commune ne fonctionne bien que dans le cadre d’une fédération, le pouvoir fédéral se chargeant alors de rééquilibrer les déficits de divers pays par des transferts ou des opérations d’aménagement du territoire. Or l’Afrique est formée d’Etats indépendants, politiquement segmentaires et économiquement divergents. L’instauration d’une monnaie commune dans un ensemble aussi hétéroclite ne peut qu’aggraver la situation des pays les plus faibles(…) la démarche actuelle de création d’une monnaie commune relève plus du romantisme et ne correspond pas aux lois économiques réelles».

Le Pr Désiré Avom par contre, affirme ne pas être opposé à la création d’une monnaie unique en Afrique. Mais «il faut s’appuyer sur les leçons que nous donnent les expériences des unions monétaires existantes notamment de l’Union monétaire européenne». Il précise par ailleurs que «tout le monde sait aujourd’hui que le projet a pris un coup avec la mort du président Kadhafi. Alors qu’il était dans sa phase d’implémentation avec l’identification des institutions et des pays qui devaient les abriter».

Béatrice Kazé

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