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Des déserteurs nigérians de plus en plus nombreux au Cameroun

Boko-Haram-Nigeria-Cameroun-chad

Cette présence, qui n’a cependant pas encore montré quelque intention belliciste, amène pourtant à s’interroger sur la récurrence de ces incursions, et son incidence sur la situation sécuritaire déjà explosive dans le Grand nord.

Déjà plus d’un millier de soldats de l’armée régulière nigériane «récupérés » en territoire Camerounais en l’espace de quelques semaines, dans la région de l’Extrême-nord. 700 d’abord, plus de 500 ensuite, et un peu plus de 300 mardi dernier, ce sont les vagues successives de militaires nigérians passés du côté camerounais de la frontière avec leur arsenal complet. Officiellement, il s’agit d’unités de l’armée nigériane ayant fui la puissance de feu de la secte Boko Haram qui a actuellement le vent en poupe contre les Forces armées nigérianes. Ces dernières semaines, Boko Haram, qui en fait voir des vertes et des pas mûres aux autorités militaires nigérianes, en remportant batailles sur batailles, vient de proclamer un « Califat islamique » sur de larges bandes de territoire qu’il a conquis au nord-est du Nigeria, frontalier avec le Cameroun.L’arrivée massive de soldats nigérians au Cameroun, en plus de ce qu’elle provoque de nouveau la panique au sein des populations des villages dans l’Extrême-nord, déjà traumatisés à cause des exactions des supplétifs de Boko Haram au Cameroun, entraîne également beaucoup de réactions au sein de l’opinion nationale. Beaucoup s’émeuvent en effet de ce que cette présence contribue à rendre encore plus instable une région qui vit déjà la peur au ventre, la situation sécuritaire tendue ne permettant pas d’identifier tout de suite qui est un fondamentaliste de la secte ou pas. Pour certains militaires, il n’y a pas là de quoi s’inquiéter outre mesure, les militaires nigérians recueillis sur le sol camerounais sont ceux ayant fui l’âpreté des combats face aux insurgés islamistes dirigés par l’introuvable Aboubakar Shekau. En s’attaquant aux villes nigérianes proches de la frontière avec le Cameroun, les fous d’Allah ne laissent pas le choix à leurs adversaires que de traverser la frontière avec leur armement au risque de provoquer des accrochages avec les militaires camerounais, le droit international en la matière commandant qu’un soldat, armé, ne peut entrer sur le sol d’une autre souveraineté, l’acte pouvant être interprété comme une agression.

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Ironie de l’histoire

La situation s’entend mieux en observant ce qui se passe chez le grand voisin. En effet, le haut commandement militaire nigérian est depuis peu en bute à l’acrimonie de la troupe. Le 20 août 2014, un contingent de soldats en poste à Maiduguri (Nigeria) refusait d’exécuter des ordres, opposant le fait qu’ils sont moins armés que les islamistes de Boko Haram. « Nous avons juré de ne pas bouger d’un pouce jusqu’à ce que nos supérieurs nous fournissent les armes nécessaires pour affronter et déloger Boko Haram qui a de bien meilleures armes », avait alors lancé un porte-parle de ce que la hiérarchie militaire qualifiait de mutins. « Boko Haram nous tire dessus comme des lapins parce qu’on ne nous donne pas les armes qu’il faut pour nous battre. Ça suffit ! » avait crié les soldats en colère. La suite, c’était une retraite en catastrophe de plusieurs unités militaires nigérianes devant l’avancée fulgurante des insurgés intégristes qui ont tôt fait d’instaurer un «Califat islamique».

L’armée camerounaise affirme que les militaires nigérians qui ont battu en retraite au Cameroun n’ont pas montré d’intentions belliqueuses, qu’ils ont été accueillis dans la pure tradition du corps : identification des hommes et du matériel, prise en charge sanitaire, etc., et qu’ils ont été reconduits vers les villes nigérianes proches de la frontière où l’autorité fédérale n’a pas encore été perdue. C’est peu de chose que de dire que les forces de défense camerounaises ont du pain sur la planche, elles qui doivent enrayer les attaques de la secte au Cameroun, ont désormais aussi la charge de porter secours à leurs pairs nigérians mis en déroute par un Boko Haram qui semble mue par un second souffle. Il semble révolu le temps où les autorités nigérianes accusaient insidieusement le Cameroun de saper leurs efforts pour venir à bout de la secte, car prétendaient-elles alors notre pays servait de base arrière aux miliciens salafistes. Le Cameroun base arrière de l’armée nigériane ? La question peut désormais se poser.

Ludovic AMARA (Stagiaire)

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