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Déballage: Un autre neveu dénonce Cavaye chez Paul Biya

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Avant même le limogeage, puis l’arrestation du garde du corps du président de l’Assemblée nationale, un autre membre de la famille, floué dans le partage d’une rançon sur de supposés otages de Boko Haram, a écrit une lettre cinglante au chef de l’Etat.

Le capitaine Bouba Simala, désormais ex-garde du corps du président de l’Assemblée nationale (Pan), Cavaye Yeguie Djibril, médite son sort dans les cellules de la prison militaire (Semil) de Yaoundé depuis vendredi dernier en fin de matinée. Arrêté la veille, celui qui fut limogé le lundi d’avant venait de passer sa première nuit de détention au Semil. Son ex-patron, et non moins oncle, l’a affublé d’«actes de terrorisme, d’incitation au braquage et à l’enlèvement que l’intéressé a bien voulu commettre à l’endroit du président de l’Assemblée nationale».

En instruisant le ministre en charge de la Défense de prendre «toutes les dispositions conformément à la loi en vigueur», la Pan se pose d’ores et déjà en procureur, instrumentalisant sans sourciller le Mindef Edgard Alain Mebe Ngo’o et, implicitement, orientant l’instruction. Au vu de la gravité des charges ainsi énoncées par l’honorable plaignant – 3ème personnalité de la République, qui plus est –, et qui renvoient clairement à des faits de terrorisme, l’officier de gendarmerie sera donc, selon la loi y relative, traduit devant le tribunal militaire.

Mais, ainsi que nous l’écrivions dans notre dernière édition, il n’est pas certain que Bouba Simala, qui aura passé près de 20 ans au service de son parent, accepte de se laisser embastiller sans se répandre. L’homme, on l’imagine, ne saurait manquer d’anecdotes sur les petites affaires de son tonton qui vont des marchés compliqués aux frasques politiques, en passant par les galipettes et autres manœuvres obscures. Cavaye Yeguie Djibril aurait voulu se tirer une balle dans le pied qu’il ne s’y serait pas pris autrement, avancent déjà quelques proches.

La balance chez les Moulin-Fournier

Un qui n’a pas attendu d’être réduit au silence, c’est Jean Pierre Djougouri, cadre dans une société publique de premier plan et en poste à Yaoundé, qui a dégainé le premier. Lui aussi, neveu du Pan et qui en s’islamisant a pris le nom de «Issa», a pondu une virulente lettre de dénonciation adressée au chef de l’Etat. Le brûlot, qui se trouve désormais sur la table de Paul Biya, a été déposé au secrétariat général de la présidence de la République avec copie au ministre chargé de Mission à la présidence de la République, par ailleurs président de l’Alliance nationale pour la démocratie et le progrès (Andp), Amadou Moustapha.

Sur trois pleines pages, Jean Pierre Djougouri décrit comment il a été mandaté par Cavaye Yeguié Djibril en vue de conduire les tractations pour la libération des 7 otages français de la famille Moulin-Fournier, enlevés à Dabanga (Extrême-Nord) le 19 février 2013 et libérés le 18 avril suivant. L’intermédiaire, au départ, a eu droit à des «frais de mission» de l’ordre de 1,5 millions de francs, à lui remis par le commanditaire et avec lesquels il commencera par s’acheter un téléphone androïd au départ de la capitale, question de rester permanemment en contact avec le Pan. Il détaille les risques pris, en révélant les mirifiques promesses sonnantes et trébuchantes.

Mais quel ne sera pas son étonnement, une fois le dénouement obtenu, non seulement d’être devenu persona non grata à son retour de mission, mais surtout de n’avoir touché aucun kopeck sur la rançon, ainsi que prévu au départ. Plus grave, Cavaye et lui-même en arrivent à de violentes prises de bec, par téléphone interposé. Il devient menaçant et, comprenant à quel point il avait été floué au moment même où de grosses sommes étaient évoquées dans la transaction, promet de tout balancer.

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C’est alors que, face aux risques réels de voir ses activités inavouées étalées sur la place publique, le Pan opte pour le même stratagème – ou presque –, vis-à-vis de Jean Pierre Djougouri, qu’avec le capitaineBouba Simala : il l’accuse de tentative de chantage. L’infortuné passera 13 jours au secret à la Direction générale à la recherche extérieure (Drge), et ne sera libéré qu’au lendemain des manifestations marquant la célébration du Cinquantenaire de la réunification, tenues du 18 au 20 février 2014 à Buea (Sud-Ouest). Dans l’espace, son épouse et ses enfants, qui sont sans nouvelles et crèvent de faim à la maison, s’inviteront à la résidence du Pan pour pleurer misère. Cavaye les éconduira sans un seul bonbon, avant de faire subrepticement libérer le neveu grognon.

Jean Pierre Djougouri, qui depuis lors a été l’objet de moult pressions, s’est certes «assagi» mais son «missile», lui, est bien parvenu à son illustre destinataire au palais de l’Unité. Qui comme souvent sait prendre son temps, déjouer les pronostics et frapper selon un agenda qui lui est propre.

Perchoir hors de prix

Les histoires de famille ne sont pas les seules casseroles qui pendent au nez du Pan. Parmi les frasques qu’on se raconte sous cape au palais de Verre de Ngoa-Ekelle, figure son acquisition récente d’un fauteuil présidentiel. Rien n’étant trop précieux pour l’honorable fessier, Cavaye Yeguié Djibril vient, auprès d’importateurs italiens installés à Yaoundé, de s’acheter un trône à… 9 millions de francs (Réf mercuriale : 70-09-003-080062). Ça s’appelle «fauteuil dentaire». En comparaison, et selon plusieurs catalogues consultés, le perchoir de son collègue de France vaut dans les 262.382 francs Cfa, toutes taxes comprises.

Pour ne pas faire de jaloux – et cela fera l’objet d’un grand chantier dans les prochaines semaines –, le magnanime Pan a aussi décidé de changer les 180 autres sièges de l’Hémicycle à hauteur de 2 millions de francs la pièce, soit quelque 400 millions de francs dévalués. Excusez du processus d’acquisition : un marché de gré à gré (lettre commande), passé avec les mêmes fournisseurs. Et pendant ce temps, fin février dernier, Mme Cavaye était en voyage à Hanoï (Vietnam) pour un peu plus de 25 millions de francs, aux frais de l’Assemblée nationale. C’est la même enveloppe qu’il faut débourser tous les mois pour les travaux d’entretien de la résidence du Pan au Lac. «Le système fonctionne de bouche à oreille, et il faut être du réseau et s’y connaître en techniques de bakchich et de surfacturation pour espérer un paiement diligent», explique un fournisseur désabusé.

Pendant ce temps, des dizaines de prestataires de services, pour des factures de moins de 5 millions de francs, non seulement ne sont guère désintéressés parfois depuis 2013 à l’agence comptable de l’Assemblée Nationale en dépit d’ordres de paiement émis en bonne et due forme, non seulement le personnel de l’institution connaît parfois des fins de mois difficiles, mais en plus les fournisseurs qui se montrent un tantinet pressants sont bonnement interdits de séjour à Ngoa-Ekelle.

Et que dire du système de climatisation de l’Hémicycle ? Complètement obsolète. Lors de la session de mars dernier, il a fallu faire appel à un service de location d’un opérateur privé pour une facture d’un peu plus de 14 millions de francs sur les 30 jours. En janvier dernier, pourtant, le remplacement dudit système avait fait l’objet d’un appel d’offres, dont les résultats depuis lors font l’objet de tractations nocturnes.

Face au flot de récriminations, devant la fronde de quelques cadres, Cavaye Yeguié Djibril a une méthode imparable : le limogeage. Il n’est qu’à voir la valse de responsables dans son propre cabinet, en majorité constitué de membres de la famille et de quelques obligés mais aussi dans les services comptables, du budget et de la solde, pour comprendre le climat glauque qui y règne. La gestion financière de l’Assemblée nationale étant – selon certains – couverte du sceau de l’immunité, ce n’est certainement pas demain la veille que le contribuable saura la vérité sur la gestion du fruit de son labeur dans ce palais transparent comme le… Verre.

© La Météo

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