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Dans les méandres des préparatifs de la rentrée scolaire

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A une semaine du 8 septembre 2014, date de la rentrée scolaire au Cameroun, les établissements scolaires du département du Mfoundi vont chacun à son rythme. Si les établissements secondaires de l’enseignement privé confessionnel apparaissent pratiquement au point dans leurs préparatifs, ceux du public ne seront pas, comme d’habitude, opérationnels le jour de la rentrée.

1.- Les établissements de prestige n’attendent que le jour J

Quartier Nkolfoulou, dans une banlieue de Yaoundé, vendredi 29 août 2014. Nous sommes sur le campus d’Amity College, célèbre établissement scolaire géré par la communauté turque du Cameroun. L’ambiance est studieuse. Les élèves des classes d’examen, à savoir secondes, et terminales (Amity College applique le système scolaire anglophone Ndlr) tous en uniforme, ont retrouvé les salles de classe depuis lundi 25 août. En attendant qu’arrivent le 8 septembre prochain, journée de rentrée scolaire officielle, leurs camarades des autres classes du cycle secondaire. Dans cet établissement scolaire classé parmi les plus prestigieux (ici la pension scolaire annuelle avoisine les deux millions par an et par élève) de la capitale on a bouclé les effectifs depuis fin juillet. Les enseignants, qui sont recrutés aussi bien au Cameroun qu’à l’étranger, sont déjà sur place, tous prêts depuis la mi-août pour le début de l’année scolaire. Les bus scolaires qui transportent les élèves de Yaoundé vers Nkolfoulou, et vice-versa, ont tous été rodés et disposés pour le service. Approché par le reporter du Messager, un personnel administratif du collège explique que «les emplois du temps ont été élaborés depuis fin juillet, et ont même déjà été distribués aux enseignants. Ici on ne parle plus de préparatifs de la rentrée scolaire 2014-2015, mais des objectifs à atteindre au cours de cette année».

Si à Amity College, on se dit loin des préoccupations quotidiennes inhérentes à la rentrée scolaire, au Collège international «La Gaieté», on se fait bien des soucis encore. Cela ne veut nullement dire que ce foyer scolaire de luxe et de prestige n’ait pas pensé à s’assurer une rentrée sereine. Loin s’en faut. Il se trouve que le groupe scolaire fondé par une dynamique femme d’affaires, devrait se retrouver à gérer en justice un conflit avec son directeur des études qui affirme avoir été licencié abusivement. Yongui Jean Paul, bien connu des médias camerounais pour avoir été champion national d’orthographe, après 12 ans de services au Collège international « La Gaieté », ne fait plus partie du personnel de l’établissement qu’il a contribué à bâtir avec son talent. Ceci malgré les rappels à l’ordre de l’inspection de travail. Si les préparatifs de la rentrée à « La Gaieté » sont bouclés, en attendant « le jour J », les anciens élèves de ce collège auront, hélas, la tristesse de ne plus trouver dès le 8 septembre prochain, leur préfet des études que les propriétaires de l’établissement scolaire disent avoir licencié pour « fautes lourdes ».

L’ambiance sera plus sereine le 8 septembre dans les collèges privés confessionnels tels que La Retraite, Vogt, Jean Tabi, ou encore le collège Adventiste, pour ne citer que ceux-là. Comme d’habitude, au collège de La Retraite, on a pris le soin de boucler les inscriptions depuis mi-juillet. Et le départ, l’ancien abbé, principal de l’établissement, aujourd’hui en poste au Collège catholique Stoll d’Akono, n’a fait que structurer la continuité dans la rigueur. Lorsque nous arrivons dans cet établissement classé parmi les dix premiers sur le plan national en termes de bons résultats ce vendredi 29 août 2014, la réponse du secrétariat du principal est absolue : « Si vous venez pour une nouvelle inscription, c’est trop tard. Tout est bouclé ». Cependant, nous apprenons que le nouvel abbé principal, Clément Nkodo Manga, qui fait dans le social, a donné un moratoire à certains parents retardataires. Au collège Vogt dirigé aujourd’hui, par des religieux de la congrégation des frères de Saint Jean, tout est également au point. Les recrutements sont terminés. Sauf pour cas spéciaux des élèves qui ont du changer de ville aux derniers moments à cause d’une affectation. Au collège Jean Tabi, le 8 septembre à 7h30, les élèves de toutes les classes, de la 6è et terminales, qui ont été inscrits depuis mi-juillet 2014, recevront les premiers cours. Tout comme au Collège adventiste de Yaoundé où les emplois du temps sont déjà affichés.

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2.- Les profs en poste avancé dans les établissements publics

Désormais, la plupart des nouvelles inscriptions scolaires se font dans la multitude des établissements privés de la ville et des banlieues qui sont engagés depuis mi-août, dans une publicité agressive et dont on n’est pas toujours sûr, non seulement de la crédibilité en termes d’enseignements qui y sont dispensés, mais également de leurs existence légale. Mais il y a également les établissements secondaires publics. Ce lundi 1er septembre 2014, comme partout ailleurs en République du Cameroun, les enseignants des lycées et collèges publics du Mfoundi ont repris officiellement le service. Du mythique Lycée général Leclerc, au Lycée bilingue d’Etoug Ebe, en passant par le Lycée technique Charles Atangana, et les différents lycées des 7 arrondissements que compte le département du Mfoundi, l’ambiance est donc aux retrouvailles entre collègues enseignants.

Ceci après le mois de congé qui a succédé à la fin des examens officiels 2014. Les différents cabinets des proviseurs débordent de monde. Malgré les affiches qui portent des consignes du genre « Le proviseur a le regret de vous informer qu’il n’y a plus de places disponibles : n’insistez pas », qu’on va bientôt lire sur les portes d’entrée des bureaux de certains proviseurs des lycées publics du Mfoundi, il faut dire que les cabinets de ces chefs d’établissements publics ne désempliront pour autant pas. Un proviseur d’un grand lycée de Yaoundé nous a confié en fin de semaine dernière que : « voici venue la période de pression pour nous. La réglementation officielle nous recommande de mettre au maximum 60 élèves par classe. Mais je vous assure que ce n’est pas facile. Les recommandations viennent de partout. D’abord de la tutelle. Puis des membres du gouvernement, des parlementaires, des maires. Sans oublier les hommes d’affaires. Mais il y a aussi les membres de votre propre famille qui vous mettent la pression de manière redoutable. Parfois jusqu’en janvier ou février, vous avez des gens qui viennent vous demander d’inscrire leurs enfants. Il faut jouer à la fois de fermeté et de diplomatie. La conséquence finale est qu’on se retrouve généralement avec des salles de classe de plus de 150 élèves. Avec notamment des résultats médiocres en fin d’année. » Et de poursuivre : « Nos collègues du privé que l’on dit plus performants dans les résultats en fin d’année aux examens officiels, n’ont pas les mêmes problèmes que nous. Nous avons tous les mêmes formations pédagogiques. L’Etat forme même mieux ses enseignants du secondaire. Il faut absolument qu’on revoit ce qu’il faut faire pour rendre fiable les établissements secondaires publics d’une zone urbaine comme Yaoundé qui est la capitale du Cameroun. »

3.- Dysfonctionnements sociaux-urbains dans les recrutements

Dans une ville comme Yaoundé, qui est aussi la capitale du Cameroun, normalement pour le sens commun, et selon les prescriptions des urbanistes, l’inscription, puis la fréquentation d’un établissement scolaire public doit être fonction du lieu de résidence des parents de l’élève. Ce principe n’obéit plus à la réalité des faits. On a des élèves qui habitent un village comme Leboudi, situé dans le département de la Lékié dans la banlieue ouest de la capitale camerounaise, et que l’extension de l’urbanisation de Yaoundé à désormais rattrapée, mais qui fréquentent le lycée Bilingue d’Essos. La même chose pour un élève qui habite le quartier Nkoabang et qui va au lycée général Leclerc. La carte scolaire de la capitale camerounaise est truffée de ces dysfonctionnements qui ont tendance à devenir chroniques. Mais le plus grave demeure le fait que les recrutements dans la plupart des lycées publics de la capitale ne sont pas toujours objectifs.
En ce sens que, à quelques exceptions près, ils sont toujours motivés par la remise des enveloppes. On parle de 50 000 Fcfa la place. C’est le moment où les parents fortunés ou qui font partie de la jetset font parler le porte-monnaie ou leur classe sociale pour faire admettre leurs rejetons là où ils peuvent. Les parents moins nantis peinent donc à inscrire les leurs, parfois jusqu’à la fin du premier trimestre, dans les établissements publics. Ou alors, ils n’auront que les « écuries », ces établissements parfois sans agréments, pour entasser leurs enfants.

Jean François CHANNON

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