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Dans les méandres de l’affaire Me Lydienne Yen Eyoum

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Le 10 juin 1994  précisément, le président du Tribunal de grande instance du Wouri (Douala) ordonne à la Société générale de banques du Cameroun (SGBC) de payer à l’Etat du Cameroun, représenté par le ministère des Finances, la somme de 3,987 milliards de F. Elle est relative à la liquidation de l’ex-Office national de commercialisation des produits de base (ONCPB). Pour le recouvrement de ces fonds, Me Lydienne Yen Eyoum, alors avocate de ce ministère, entre en scène. Face à la résistance de la SGBC à s’exécuter, Lydienne Yen Eyoum pratique le 22 août 2000 avec l’appui de Me Baleng Maah, huissier de justice, une saisie-attribution des avoirs de la SGBC à la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC).

Montant des honoraires versés à l’avocate pour cette intervention : 379 millions de F.

Après avoir contesté cette saisie qu’elle jugeait exorbitante, la SGBC consent à payer en 2001, 3,637 milliards de F en règlement amiable et définitif du litige. Le ministre des Finances et du Budget de l’époque, Edouard Akame Mfoumou, accepte et adresse une correspondance à la BEAC, donnant mainlevée entière et définitive à la saisie-attribution. Toujours d’après les mêmes sources, alors que le dossier est classé par le chef de département, Henri Engoulou alors secrétaire général du ministère le rouvre à l’insu de la hiérarchie, en réclamant en plus 3,500 milliards de F à titre d’intérêts, de retard, dommages-intérêts et frais de procédure…Me Yen Eyoum avec son aide et celle de Honoré Ngwem, directeur des affaires juridiques à cette date, ressaisit la SGBC en mai 2004. La banque ne voulant plus s’acquitter d’une telle somme, Me Yen Eyoum pratique une deuxième saisie-attribution à concurrence de 2.155.971.808 F. Malgré la contestation, la banque cède.

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Devenu ministre de l’Economie et des Finances le 9 décembre 2004, Polycarpe Abah Abah prend connaissance du dossier. Pour son aboutissement, il doit délivrer à l’avocate un pouvoir spécial devant lui permettre de recouvrer cet argent au nom et pour le compte de l’Etat du Cameroun. Acte qu’il pose le 16 décembre 2004. Précisant à l’avocate qu’elle devait verser ces fonds dans les caisses de l’Etat. Selon les déclarations de Polycarpe Abah Abah, lors de leur seule et unique rencontre, le 18 décembre 2004, devant les ascenseurs du Minefi, il demande à l’avocate de reverser intégralement les fonds recouvrés au Trésor public. C’est alors que l’avocate lui soumet la question de ses honoraires et le Minefi de lui répondre qu’ils en reparleront.

Cependant, Me Lydienne Yen Eyoum va rencontrer Henri Engoulou devenu ministre délégué auprès du ministre de l’Economie et des Finances, chargé du Budget. Ce dernier lui demande donc de ne reverser dans les caisses de l’Etat que la moitié de la somme recouvrée. Ce que lui-même reconnaîtra au Tribunal criminel spécial de son vivant. C’est ainsi que 1,077 milliards de F arrive au Trésor public sur les 2.155 milliards de F récupérés. L’avocate retient le reste comme étant ses honoraires. Action considérée par la justice comme un détournement de deniers publics. L’ex-Minefi, Polycarpe Abah Abah, ne sera au courant de ces développements qu’à l’information judiciaire, quatre ans plus tard, alors qu’il n’est plus ministre de l’Economie et des Finances.  D’où son acquittement vendredi au TCS pour faits non établis. «Car si  l’on peut reprocher à l’ex-Minefi le manque de rigueur dans le suivi de ce dossier, a indiqué le président de la collégialité, il n’apparaît nulle part qu’il a participé à ce détournement.»


© Elise ZIEMINE | Correspondance

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