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Désertions massives dans les rangs de Boko Haram

Boko-Haram-Nigeria-Cameroun-chad

Depuis le 25 août 2014, la secte Boko Haram a lancé plusieurs attaques depuis Gambarou Ngala contre les positions de l’armée camerounaise à Fotokol. Sans succès. Pire, elle a laissé, à en croire les déclarations des déserteurs, plus de deux cents morts sur le carreau dont certains corps sont toujours abandonnés non loin du fleuve. «Contrairement à d’autres théâtres d’opérations, il est difficile pour la secte de dissimuler ses pertes. Les populations se rendent bien compte qu’elle n’est pas si puissante qu’elle le laisse croire, et qu’avec de la volonté et de la méthode, elle peut être sérieusement mise en difficulté», observe Harouna Abba, un habitant de Gambarou qui a depuis quelques semaines trouvé refuge à Fotokol.

De fait, pour certains spécialistes, celle-ci est en train de perdre peu à peu à Gambarou sa réputation d’invincibilité, obtenue il est vrai sans trop d’efforts devant une armée nigériane aux petites performances dans l’Etat du Borno, frontalière de la région de l’Extrême-Nord. Les difficultés rencontrées par la secte dans son objectif de s’emparer ou de détruire le pont sur le fleuve El Beid entament sérieusement le moral de ses combattants qui, quoique drogués, gardent la lucidité devant la mort.

Au début du mois de septembre, des informations concordantes à Gambarou ont d’ailleurs fait état de l’exécution de plusieurs combattants accusés de mollesse lors des combats contre les forces camerounaises quand ils n’avaient tout simplement pas rechigné à participer à des assauts contre le pont sur le fleuve El Beid défendu par des chars camerounais dont un porte fièrement le nom d’un autre fleuve, «Mfoundi». «Dans une bataille comme celle-ci, ce n’est pas le nombre de morts qui détermine la victoire ou la défaite d’un camp sur un autre, mais plutôt la capacité des belligérants à atteindre leurs objectifs.

Et dans ce cas précis, l’armée camerounaise tient le pont, qui du reste est son objectif. C’est en réalité cette situation qui porte un coup dur au moral des combattants de Boko Haram habitués par des assauts à répétition et par l’usage d’une violence excessive à dégager des positions», explique un haut gradé de l’armée. Dans cet affrontement psychologique que se livrent des deux rives du fleuve la secte Boko Haram et les hommes du chef de bataillon Moussa (BIR), il est incontestable à ce jour que l’armée camerounaise survole les débats.

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Affrontement qui entraîne même des scènes inédites à l’instar de celle enregistrée le 13 septembre 2014 aux alentours de 9h, quand des membres de la secte ont descendu leur drapeau noir de l’autre côté de la frontière, pour hisser un drapeau blanc. Réclamaient-ils un cessez-le-feu ? Le suggéraient-ils ? Difficile de le savoir. «Ils s’étaient donnés pour objectif la récupération des corps de leurs chefs tués lors des assauts contre le pont. Toutes leurs tentatives ont été soldées par de cuisants échecs en partie à cause de l’efficacité des tireurs d’élite de l’armée camerounaise embusqués le long de la frontière et de l’utilisation de l’armement lourd.

En partie aussi parce que la saison des pluies limite sérieusement les possibilités d’étirement des forces camerounaises dans un secteur difficile», explique une source introduite. Autre situation inédite enregistrée depuis lors au cours de cette bataille de Fotokol : la désertion des combattants de Boko Haram. La plus spectaculaire a eu lieu le 11 septembre 2014. Ce jour-là, vers 11h, alors qu’il était en faction de l’autre côté du fleuve, un combattant de Boko Haram a jeté son arme et plongé dans le fleuve pour nager en direction du Cameroun.

La traversée s’est faite sans encombres. «Je n’ai pas d’arme, je n’ai pas d’arme», criait-il aux éléments du Bataillon d’intervention rapide venus le récupérer. «C’est fort là-bas. L’armée camerounaise nous tue tous les jours, et on nous envoie de force», explique-t-il aux éléments du BIR dans un fulfulde limpide. L’infortuné ne sera pas avare en déclarations. «Nous sommes biens nourris là-bas, mais le seul problème, c’est qu’ils n’ont pas payé l’argent comme on avait convenu», déclare-t-il avant d’être pris en main par une autre équipe du BIR.

Combien de combattants se sont-ils déjà rendus à l’armée camerounaise ? «Il en arrive tous les jours», indique pour sa part un élément du BIR. «Certains sont froidement abattus de l’autre côté de la frontière, aussitôt que des soupçons de défection pèsent sur eux», affirme Kassoum, un habitant de Fotokol.

© L’Oeil du Sahel : DAVID WANEDAM ET RAOUL GUIVANDA

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