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DÉBATS MÉDIATIQUES: Les invités sont-ils responsables de leurs dérives verbales ?

DÉBATS-MÉDIATIQUES

Certains intervenants à des émissions de débats tiennent parfois des propos outrageants. Des animateurs desdites émissions et leur employeur sont régulièrement sanctionnés par le Conseil national de la communication, sans que les auteurs réels n’en soient interpellés.

Les différents intervenants devraient se conformer à un code de bonne conduite lorsqu’il  prennent part aux émissions de débats.

Le chef de chaîne et le rédacteur en chef de la radio urbaine Magic FM ont été auditionnés le 15 octobre dernier par le Conseil national de la Communication (CNC). Ces deux responsables de ce média étaient convoqués pour des propos tenus par un invité à un débat. Un intervenant a fait état de ce que le chef de l’Etat camerounais, Paul Biya, a épousé une française tout simplement parce que c’est la fille d’un membre des services secrets dormants. Une affirmation que le CNC trouve suffisamment grave, ce d’autant que l’intervenant n’indiquait aucun élément de preuves pour conforter ses dires. Certains médias et journalistes ont souvent été sanctionnés par le CNC pour des propos imputés à des intervenants des émissions de débats.

Une radio urbaine de Yaoundé a été sanctionnée parce qu’un homme politique a tenu des propos outrageants sur une haute personnalité arguant que cette autorité entretenait des rapports contre nature. La question qui se pose est celle de savoir si le média endosse seul la responsabilité ou alors il y a coresponsabilité. «Les médias audiovisuels sont responsables de tout ce qu’ils diffusent: les informations et commentaires journalistiques ainsi que ceux provenant des personnes externes auxquels ils accordent espace et temps d’antenne. Le fait que les médias audiovisuels soient responsables de tout ce qu’ils diffusent ne dégage nullement les journalistes et autres intervenants de leurs responsabilités individuelles quant à leurs actes», argumente Francis Ampère Simo enseignant à l’Université de Yaoundé II.

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Sur quel critère inviter un intervenant et quelles précautions prendre pour rester dans le sillage professionnel, malgré la pluralité et la contradiction des points de vue ? Selon Jean-Patient Tsala, rédacteur en chef de Magic et animateur d’une émission de débat, « C’est difficile et complexe ; je peux m’appuyer sur le fait qu’un panéliste qui est déjà connu sur la place publique a eu des problèmes sur un autre média. Je peux éviter de l’inviter.» Selon le journaliste, les intervenants peuvent se permettre de tenir des propos outrageants, diffamatoires ou injurieux. «Nous avons sur la main, une matière grise qui est difficile à manier. » Ce d’autant que la plupart des radios urbaines de Yaoundé ne disposent pas de studio d’enregistrement. Toutes les émissions de débats sont diffusées en direct. Il devient donc impossible de retrancher les extraits qui contiennent des violations de la loi. Un seul regret : « la parade c’est que le CNC soupçonne les médias de complot avec les panélistes», indique le journaliste qui pense que les intervenants devraient être aussi tenus pour responsables de leurs propos. La plupart des médias audiovisuels ne prennent pas toujours la précaution de s’entourer de l’expertise d’un avocat qui assurerait la veille juridique en rappelant ce qui est admis et ce qui est proscrit par la loi. De même qu’ils ne disposent pas de code de bonne conduite auquel devraient se conformer les différents intervenants qui prennent part aux émissions de débats.

© Christian Lang | Repères

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