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Critiques de l’opposition, violences post-électorales: Ali Bongo répond à RFI

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Au Gabon, pour la première fois depuis l’annonce des résultats de la présidentielle et les violences qui ont suivi sa victoire, le président Ali Bongo Ondimba s’exprime. Le chef de l’Etat campe sur ses positions. Alors que l’opposition demande un recomptage des voix devant la Commission électorale, Ali Bongo renvoie tout recours devant la Cour constitutionnelle. Quant aux violences, selon lui, elles ont été téléguidées par l’opposition. Une interview de Sébastien Németh avec Boris Vichith.

RFI : Une délégation de l’Union africaine s’apprête à arriver à Libreville. Qu’attendez-vous de cette visite ?

Ali Bongo : Selon la tradition de l’hospitalité gabonaise, nous allons l’accueillir.

Les violences postélectorales et le litige de la contestation électorale, notamment de l’opposition. Qu’allez-vous dire à cette délégation à ce propos ?

Il faut que l’on comprenne bien qu’à l’heure actuelle, il s’agit de respecter la loi. Certains noms ne peuvent pas prétendre méconnaitre la loi. Etre un bon démocrate, ça veut donc dire respecter les lois de son pays.

Pourtant l’Union européenne, l’ONU, la France, les Etats-Unis demandent à ce qu’il y ait un recomptage bureau de vote par bureau de vote. Vous n’êtes pas prêt à accéder à cette demande ?

Dois-je comprendre qu’on me demande de violer la loi ?

Est-ce que dans un souci de préservation de la paix du pays, ne faut-il pas essayer d’aller au-delà du texte ?

On est en train de me dire qu’il faut que je viole la loi, que l’on prononce les mots clairement. On me demande de violer la loi ? C’est quand même particulier parce que souvent, on fait le reproche aux Africains de ne pas suivre les lois de leur pays. Moi, je ne dicte pas les lois. Je les fais appliquer. Et c’est le rôle de tout gouvernant. C’est au niveau de la Cour constitutionnelle que l’on compte et que l’on fait le recomptage des bureaux de vote, c’est au niveau de la Cour constitutionnelle.

L’opposition dit qu’elle n’a pas confiance en cette institution, qu’elle la juge biaisée, et que les verdicts de la Cour constitutionnelle sont connus d’avance. Qu’est-ce que vous répondez à ça ?

Je réponds que lorsqu’un candidat de l’opposition gagne une élection qui est validée par la Cour constitutionnelle, curieusement cette Cour constitutionnelle ne pose pas de problème. Et pourquoi les résultats donc pourraient être biaisés ? Pourquoi ?

Vous avez emporté dans la province du Haut-Ogooué avec 95% des voix une participation proche des 100%. Beaucoup crient à la fraude. Qu’est-ce que vous répondez à ces accusations ?

C’est étonnant que l’on crie à la fraude les résultats dans le Haut-Ogooué et on n’entend pas crier à la fraude alors que nous venons de présenter un personnage dont la mission était ici d’organiser cette fraude. Je suis étonnée qu’on n’en parle pas…

Vous parlez du hacker ivoirien présumé ?

Pris la main dans le sac. Et c’est curieux qu’on n’en parle pas. En matière de résultats, c’est curieux aussi qu’on ne regarde pas les résultats dans d’autres endroits du territoire où monsieur Ping a fait les 100 %.

Là il ne s’agit que de localités, le Haut-Ogooué est une province très importante, très peuplée ?

Mais il y a plusieurs localités et provinces pour lesquelles il y a des choses à dire. En ce concerne le Haut-Ogooué, nous faisons ce résultat grâce à la compagne honteuse de Monsieur Ping, qui a stigmatisé les populations du Haut-Ogooué, qui nous a insultés et qui a fait en sorte qu’il y ait une réponse massive, une mobilisation sans précédent des populations du Haut-Ogooué. Maintenant, la loi est là. Si Monsieur Ping a un problème, il va à la Cour constitutionnelle.

Depuis longtemps, l’opposition accuse le pouvoir d’utiliser le Haut-Ogooué comme une variable d’ajustement dans les résultats. Est-ce que vous ne pensez pas qu’à l’avenir, les résultats du Haut-Ogooué devraient être publiés en premier, et non pas en dernier ?

C’est extrêmement fâcheux de stigmatiser une province. Ici, dans notre pays, la plupart des hommes politiques, ont un fief dans lequel il y a des résultats importants. Moi, je n’ai pas, en 2009, eu ce même genre de réaction alors qu’on sait très bien, par exemple, certains de mes concurrents en 2009 ont fait des scores étonnants et aussi dans leur province. Je ne m’en suis pas plaint.

Votre adversaire Jean Ping se considère comme président élu. Est-ce que vous n’avez pas l’impression qu’on est dans une impasse là ?

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Nous ne sommes pas dans une impasse lorsque monsieur Ping s’est proclamé président. Il ne l’a fait que sur la base de 30% des résultats. Ensuite, lorsque ce monsieur Yao [N’Cho Yao, expert informatique ivoirien, ndlr] a été arrêté, il n’avait pu étudier que 1 500 PV à peu près. Donc Monsieur Ping n’a jamais été en possession de la globalité des PV sur l’ensemble du territoire. Pourtant il s’est proclamé président.

Néanmoins, les PV sont sur papier. Comment peut-on les hacker, les falsifier par informatique alors qu’ils existent physiquement ?

Les résultats ont été transmis à Monsieur Yao, et à partir de là, il a organisé toutes ces manipulations. C’est même pire, c’est-à-dire que Monsieur Ping n’avait même pas les PV, et pourtant il s’est déclaré vainqueur.

Est-ce qu’un dialogue est possible avec Jean Ping, avec l’opposition ?

Pour l’instant, ce qui est important et ce qui est envisageable, c’est que nous respections tous la loi.

Mais même votre ministre de la Justice Séraphin Moudounga, ex-ministre de la justice qui a démissionné lundi 5 septembre, vous avait recommandé ce décomptage des voix ?

Moi, je ne lui ai pas parlé. Donc il m’a demandé ça quand ?

Ça ne vous gêne pas qu’il ait démissionné ?

Mais il a démissionné pour d’autres raisons qui ont trait à son passé. Et son passé, le rattrape.

Est-ce que vous n’avez pas des craintes qu’une nouvelle vague de violences survienne après le verdict de la Cour constitutionnelle ?

Je voudrais d’abord faire un commentaire. Ce qui est quand même surprenant, c’est que Monsieur Ping s’est déclaré vainqueur et ça n’a donné lieu à aucune scène de liesse et de célébration. Et par contre, quand il est déclaré battu, aussitôt nous voyons des scènes incroyables se produire dans la ville, avec la violence organisée non seulement à Libreville, mais dans d’autres villes du pays.

Vous entendez que c’est un mouvement piloté ?

Mais bien sûr. Je ne le sous-entends pas. C’est prouvé. C’est clair. Quelle est cette réaction spontanée de population qui serait mécontente et qui irait brûler l’Assemblée nationale ? Vouloir s’attaquer à la télévision, attaquer certains édifices. Les magasins, les commerces ont été pillés, cassés. Nous avons arrêté ceux qui l’ont fait. Et qu’on m’explique : quel est le lien entre perdre une élection, protester et aller attaquer une prison pour délivrer les prisonniers, et surtout les prisonniers non pas politiques – il n’y a pas de prisonniers politiques au Gabon -, mais les prisonniers de droit commun, donc les grands criminels que l’on veut relâcher et les mettre dans la nature. Expliquez-moi quel est le lien ?

Donc pour vous, ces séries de violences, de pillages, ce n’est pas un mécontentement politique face aux résultats ?

Pas du tout. Encore une fois, je viens de vous parler des prisons qui ont été attaquées. Presque en simultanée. Vous n’allez pas me dire que ce n’est pas une consigne. Nous sommes là devant des pillages qui ont eu lieu, où on est allé brûler, voler, vandaliser.

Est-ce que vous considérez qu’aujourd’hui le Gabon est toujours une démocratie ?

Mais le Gabon est une démocratie. Je rappelle encore une fois que notre code électoral est l’un des plus sévères, strictes et que notre processus a été connu jusqu’au bout, jusqu’au jour où même nous avons voté dans le calme. Vous l’avez vu. Quand un candidat perd, il a des voix de recours pour contester et il préfère envoyer des personnes aller brûler, mettre en danger, et tirer sur les forces de l’ordre.

Il y a eu également des tirs de la part de ces forces de l’ordre. Est-ce que vous ne trouvez pas que l’action des forces de l’ordre a été trop brutale ?

Je peux vous dire que si l’action des forces de l’ordre avait été brutale, nous n’en serions pas là et que les forces de l’ordre sont à recommander pour le service qu’elles ont accompli. Quand on vous tire dessus, vous vous défendez. Moi, j’ai visité l’hôpital militaire, j’ai vu beaucoup de gendarmes et de policiers blessés, touchés. J’ai vu des gens qui ont été blessés par balles. Alors qu’on ne vienne pas nous dire que c’était des manifestations pacifiques. Est-ce que la contestation politique doit mener à cela ?

Est-ce qu’il n’y a pas un message de votre part pour obtenir un apaisement ?

Mais nous ne faisons que ça. Moi, j’ai fait ces gestes. Ce ne sont pas mes militants qui sont allés dans la rue, ce ne sont pas mes sympathisants qui sont allés dans la rue pour piller et casser. On sait d’où ils viennent, on sait qui en a donné l’ordre. Et encore illustré par le dernier ordre qui demandait à ce que l’on bloque l’économiquement du pays. Est-ce que ça doit nous amener à tout cela ? C’est la question qu’on se pose.

Avec RFI

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