Economie

Contrôle des prix: Les commerçants crient aux maîtres-chanteurs

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De nombreux fonctionnaires censés lutter contre la hausse des prix sont passés maîtres dans l’art du chantage pour mieux arnaquer les commerçants. Au point de susciter chez des escrocs la vocation de faux contrôleurs des prix.

A Douala, les commerçants sont très remontés contre les contrôleurs de prix, présentés comme des corrompus qui écument régulièrement les marchés pour les arnaquer. «Ils viennent deux fois par an », précise Joseph, qui tient un petit commerce de vente de pièces détachés au marché Dakar à Douala 3e. Ses efforts pour être en règle ne l’ont pas épargné. « Moi j’affiche toujours les prix sur toutes les pièces vendues, mais ils trouvent toujours un moyen de me faire payer de l’argent», se plaint-il. « La dernière fois j’ai payé 5 000 F Cfa juste parce le prix n’était pas affiché sur un boulon. Pourtant, j’ai même pris la peine de saisir les prix sur un format, apprêter toutes les factures des marchandises payées et vendues. Rien n’y a fait».

Ahmadou, réparateur des motos, n’en est pas épargné. « Dès qu’ils se pointent, nous leur payons systématiquement 5000 F, insiste-t-il. C’est une mafia bien organisée». Très amer, il explique qu’être en règle ne vous met pas à l’abri de l’arnaque. Au contraire, les contrôleurs sont plutôt vexés contre ceux qui sont en règle parce qu’ils rechignent à payer. « La dernière fois, ils m’ont pris 4000 F, alors que j’étais en règle. Quand tous les prix sont affichés ça les énerve. Nous en avons assez !», lâche-t-il. Pour Hervé, gérant d’une quincaillerie, les contrôleurs de prix invoquent aussi la non conformité des articles pour leur extorquer de l’argent. Ce qu’il ne comprend pas puisqu’il n’est ni importateur, ni fabricant des produits qu’il vend. « Ils sont arrivés dans ma boutique, m’ont dit que le fer de 6 n’avait pas la longueur requise. J’ai rétorqué que je les avais acquis en l’état. J’ai dû négocier, les supplier, et traîner derrière eux toute la journée pour leur verser 60 000 Fcfa ». Il s’agit ici du bakchich payé à l’équipe de contrôleurs pour qu’ils ferment les yeux sur ce qu’ils considèrent comme une infraction.

Des enveloppes pour les contrôleurs

Dans d’autres points de vente, les commerçants n’ont même plus besoin d’afficher les prix. Ils apprêtent tout simplement les enveloppes à remettre aux fonctionnaires des prix dès qu’ils se pointent. C’est le cas de Georges, vendeur de pièces détachées à Douala 3e. « Leur problème c’est l’argent, la dernière fois j’ai supplié pour payer 4500F. Ils soutiennent que c’est leur façon de travailler. On ne discute donc pas. C’est arbitraire ! ». Même plainte chez Thomas, libraire : «Ils trouvent toujours des motifs. La dernière fois j’avais bien affiché les prix, mais ils ont dit que je dois payer 5 000 Fcfa, parce que tous les cahiers n’avaient pas l’insigne Cemac».

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Calvin Yepmou Nya, président de la Chambre nationale des consommateurs du Cameroun, soutient qu’après enquête, il ressort que les mesures prises en 2008 suite aux émeutes contre la vie chère n’ont pas donné les résultats escomptés. La raison étant que de jeunes contrôleurs, dans le but de se remplir les poches, prennent plutôt de l’argent au lieu de combattre la hausse des prix. « Nous avons dénoncé ces jeunes contrôleurs. Ils sont rentrés à l’école et, revenus, ils continuent de prendre de l’argent aux commerçants qui s’en plaignent », regrette-t-il. Et d’indiquer que depuis la récente augmentation du prix du carburant, plusieurs commerçants l’appellent pour se plaindre de l’arnaque des contrôleurs de prix. Alice Maguedjio, présidente du marché Mboppi et présidente du syndicat des commerçants du Wouri, estime par contre, que les commerçants sont complices de l’arnaque, puisqu’ils peuvent refuser de s’exécuter s’ils sont effectivement en règle. Car, conclut-elle, « On ne saurait parler de corrupteur sans corrompu »

Peines d’emprisonnement

A la délégation régionale du Commerce du Littoral, l’on indique pourtant que la loi interdit aux contrôleurs de prix de prendre de l’argent aux commerçants. Pour Mme Magnaguemabe Aurelie Sosso, déléguée départementale du Wouri, «Il n’a jamais été permis de prendre de l’argent au commerçant». Le travail d’un contrôleur de prix consiste à dresser une fiche de mise en demeure qui mentionne l’infraction constatée chez le commerçant. Celui-ci doit se rendre à la délégation du Commerce où il recevra une quittance pour aller payer au trésor. Des sanctions sont également prévues à l’encontre des contrôleurs des prix surpris en train de prendre de l’argent aux commerçants.

A la délégation régionale du commerce du Littoral, on met le public en garde contre les nombreux faux contrôleurs de prix qui sillonnent la ville pour escroquer les commerçants, grâce aux faux documents officiels. « Parfois le contrôleur est ici au bureau mais on vous dit qu’il est sur le terrain, explique-t-il. Si vous voulez connaitre un vrai contrôleur, demandez-lui tout simplement de vous établir une fiche de mise en demeure. Si c’est un vrai contrôleur il va faire son travail et il va rentrer dans ses services».

Selon Me Ashu Agbor, avocat au barreau du Cameroun, les actes posés par les contrôleurs de prix sont bel et bien des actes de corruption visés par l’article 137 du Code pénal. Lequel dispose : « Est puni d’un emprisonnement de 2 à 10 ans, et d’une amende de 20 000 à 2 millions de Fcfa tout fonctionnaire qui perçoit indument de l’argent destiné à l’Etat ».

Guy Modeste DZUDIE

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