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Comprendre pourquoi Yaoundé n’est pas encore desservie en eau potable

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L’alimentation de la production d’eau potable, annoncée par le Ministre de l’Eau et de l’Energie dans la ville de Yaoundé, au lendemain de la mise en eau de l’usine de production de la Mefou, en Janvier dernier, a suscité une vive polémique dans les médias et au sein de l’opinion: Pour cause, l’on attendait voir les robinets, longtemps asséchés par les pénuries devenues récurrentes depuis un certain temps, recommencer à cracher le précieux liquide. Que non! Ou alors, pas tout de suite, comme bon nombre d’habitants de la capitale camerounaise s’y attendaient, ou ont cru entendre. Pourtant, il y a bien une nouvelle usine d’eau potable opérationnelle à Yaoundé.Cette usine, construite dans la banlieue de Nkolbisson, a une capacité de 50 000 m3/jour. Elle a été réalisée à hauteur de 40 milliards de FCFA, grâce à un prêt conjoint de l’Agence Française de Développement (AFD) et – la Banque Européenne d’Investissement (BEI). Ses travaux ont démarré en Août 2011, avec pour maître d’ouvrage, la Cameroon Water Utilities Corporation (Camwater), alors dirigée par l’actuel Ministre de l’Eau et de l’Energie, Dr Basile Atangana Kouna.

Que s’est-il donc passé pour que les assurances données par le Ministre de l’Eau et de l’Energie, en faveur d’une amélioration de la desserte en eau de la ville de Yaoundé, soient diversement interprétées?

DÉFICIT D’INFORMATION

La principale explication plausible tient en ce que la mise en eau d’une usine est une opération technique délicate, qui impose aux techniciens d’augmenter progressivement le débit d’eau injectée dans le réseau de distribution. C’est ainsi que, selon les explications des responsables de la Camerounaise des Eaux (Cdc), 25 000 m3/jour ont d’abord été injectés pendant le premier mois de fonctionnement de l’usine, puis 25 000 m3/jour devront suivre le mois d’après. Avec une telle démarche, l’on comprend pourquoi l’eau n’est pas arrivée par flots dans les ménages les jours voire les semaines qui ont suivi la mise en eau de l’usine.

Pourtant, il faudrait souligner que le rationnement de la distribution a connu un allègement remarquable. Certains quartiers de la capitale ont ainsi vu diminuer de moitié, le nombre de jours où les populations passaient sans le précieux liquide. Au quartier Obobogo, par exemple, les coupures d’eau qui duraient tout le week end, n’interviennent plus qu’un jour sur trois. Tout comme Biyem Assi, Cité verte, Essos, Carrière… La polémique, sur l’augmentation du volume d’eau dans la ville de Yaoundé, a cependant occulté un événement hautement important pour les populations de la capitale camerounaise. En effet, la construction de l’usine d’eau potable sur la Mefou se devait d’être présentée à sa juste mesure. La nouvelle usine a été construite sur le site de l’ancienne qui avait été abandonnée par l’ex Société nationale de l’eau du Cameroun (Snec) au lendemain de la mise en service, en 1986 de celle sur le Nyong, à Akomnyada, près de Mbalmayo.

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En décidant de reconstruire l’usine sur la Mefou, Basile Atangana Kouna, alors Directeur Général de la Camwater, avait fait le choix d’apaiser dans les meilleurs délais, les souffrances des populations de Yaoundé, – concernant – l’accès à l’eau potable. L’effectivité de ce projet, aujourd’hui, mériterait d’être reconnue comme une prouesse managériale, quand on sait que la capitale du Cameroun a dû attendre un quart de siècle pour voir surgir de terre, une usine d’eau potable, après celle d’Akomnyada, réalisée en 1986. La même option avait été retenue par l’actuel Ministère de l’Eau et de l’Energie qui, avait fait construire en l’espace de deux ans, une nouvelle usine d’eau potable, adossée sur le fleuve Moungo, pour atténuer les pénuries dans la capitale économique, dessertie jusque-là par une usine vieille d’une soixantaine d’années. L’usine sur le Moungo, aujourd’hui, en cours d’extension, est née d’un projet savamment négocié par Dr Basile Atangana Kouna auprès des partenaires chinois, en l’occurrence EXim Bank China, qui a consenti un prêt direct à taux préférentiel à la Camwater, d’un montant d’environ 40 milliards de FCFA.

Au total, entre 2008, date de démarrage des activités de Camwater, et 2011, quand il quitte la Camwater, Dr Basile Atangana Kouna a permis à Douala et Yaoundé, deux principales villes stratégiques de notre pays, d’être dotées chacune d’une nouvelle usine d’eau potable, permettant ainsi aux populations de se départir du calvaire des pénuries d’eau, en attendant la réalisation d’autres projets en fin de bouclage.

A ces deux capitales, l’on ajoute aussi les villes telles que Mbankomo, Bogo, Jikejem-Oku…, qui ont chacune été dotées d’infrastructures d’eau potable toutes neuves. Et que dire alors de la réhabilitation de l’ensemble des équipements à travers le territoire et grâce à laquelle, le volume d’eau potable a pratiquement doublé dans les centres équipés.

En fin négociateur, Dr Basile Atangana Kouna a réussi à intéresser les partenaires au développement du secteur de l’eau potable au Cameroun. De la Banque mondiale à Exim Bank, en passant l’AFD, la BEI, la BAD, Dexxia… ils ont tous répondu favorablement au programme d’investissement décennal élaboré par la Camwater. Résultat des courses, plus de 300 milliards de FCFA de financement, accordés en l’espace de deux ans, par ces partenaires aux critères de sélection particulièrement exigeants. Le secteur de l’eau potable qui était jadis le parent pauvre de la coopération internationale grouille à nouveau de monde, disposé à soutenir les efforts du Gouvernement.

Il est cependant à regretter que cet élan est en train de retomber de¬puis deux ans. Face à l’amateurisme et aux multiples scandales dont la Camwater fait l’objet sous le nouveau management, les partenaires au développement observent beaucoup de prudence à continuer de soutenir les pouvoirs publics dans ce secteur. En témoigne, la conversion en prêt souverain, du crédit d’un montant d’environ 40 milliards de F Cfa acCordé à la Camwater par l’AFD et, la BEI. C’est sûrement sur ces aspects où il faudrait rechercher les causes de la persistance des pénuries d’eau dans nos Cités.


Dénia Alima

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