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Complexe sucrier de Bertoua : Paul Biya tranche en faveur de Justin Sugar Mills

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« En exécutions des hautes instructions du président de la République, j’ai l’honneur de vous faire connaître qu’il demande au Premier ministre de bien vouloir faire le point du projet agro industriel sucrier Justin Sugar Mills, en concertation avec le Minmidt, assorti de propositions adéquates en vue de la bonne fin dudit projet et des modalités de délivrance des lettres de confort aux investisseurs privés pour sa haute et complète information » , écrivait le Secrétaire général de la présidence de la république (Prc), Ferdinand Ngoh Ngoh, le 02 mars 2015 dans une note à l’attention du chef du gouvernement, Philémon Yang.

Le président Paul Biya vient finalement de trancher en faveur de l’investisseur camerounais Dieudonné Dong Thry Dong, actionnaire de la Justin Sugar Mills Cameroon SA aux côtés de ses partenaires indiens.

Ce qu’il convient désormais d’appeler « l’affaire du complexe industrialo-sucrier de Bertoua » promet de riches rebondissements dans les jours avenir, compte tenu du fait qu’à l’évidence, de nombreuses élites de la région de l’Est, membre du gouvernement pour la plupart (anciens ministres ou ministres en fonction) sont décidé à s’accaparer de ce projet porté par un Camerounais et qui fait des envieux à tous les niveaux.

Rappel des faits : l’épisode Justin Sugar Mills Cameroon SA

En date du 13 avril 2012, le Camerounais a signé un protocole d’accord avec la société indo-camerounaise Justin Sugar Mills, en vue de la création dans l’interzone Bertoua-Batouri dans la région de l’Est, d’un complexe industriel sucrier sur 32 000 ha au départ sur les 155 000 hectares attribuée à l’entreprise sur les sites de Tikondi et Bodongoué par l’Etat. Coût du projet, 60 milliards FCFA pour construire une usine de 60 000 tonnes de sucre par an assorti de la production de 16MW d’électricité grâce aux déchets. Il est également prévu toujours dans le cadre ce projet la réalisation des infrastructures dans le social pour les communautés mais surtout la création de près de 17 500 emplois dont 2 500 emplois directs pour les jeunes de cette partie du pays. Ces derniers seront d’ailleurs approché les 09 et 10 août 2012 par le management de Justin Sugar Mills, représentée par son Directeur général adjoint en charge chargé du commercial, des finances et de l’administration, Blaise Pascal Dong. Objectif : présenter aux populations les contours de l’implantation de leur complexe agro-industriel sucrier ainsi que les diverses opportunités d’emplois.

L’investisseur qui ambitionne de traiter 4 000 tonnes de sucre par jour dès l’entrée en production de son usine, a déjà entamer la viabilisation du site a lui concédé par l’Etat, à travers par exemple quelques réalisations comme une plantation expérimentale de 02 hectares de pépinière de cannes à sucre (aujourd’hui rasée par un prétendu feu de brousse dans la zone de Tikondi le 22 mars 2015) et la construction de plusieurs bâtiments dont le principal, devant abriter les bureaux du personnels, est déjà achevé.

Le 26 juin 2014, presque deux ans plus tard, le contrat signé avec Justin Sugar Mills est résilié. Motif évoqué par le gouvernement à travers un communiqué de presse d’Emmanuel Bonde, le ministre de l’industrie, des mines et du développement technologique (Minimidt) « des dysfonctionnements (relevés par le cabinet international d’audit Ernst & Young) dans l’application dudit protocole d’accord, de même que dans la réalisation du projet, n’ont pas permis une mise en œuvre effective et adéquate de celui-ci».

Le 20 novembre 2014, tout en déclinant sa «responsabilité pour les engagements techniques et financiers pris ou à prendre, par la société Justin Sugar Mills avec les tiers, dans le cadre de l’exécution dudit protocole d’accord», le gouvernement camerounais annonce «un appel à investisseurs, dans le cadre d’une procédure transparente» pour la relance du complexe sucrier agro-industriel de Bertoua-Batouri par la voix du Minmidt. Du reste, le ministre Emmanuel Bonde fait la sourde oreille face aux contestations des actionnaires de Jsm qui crient au hold-up, et précise dans une de ses sorties que le site affecté au projet a été immédiatement repris par l’Etat, avec interdiction à la société Justin Sugar Mills d’y accéder.

Pendant ce temps du côté de Justin Sugar Mills (Jsm), on est surpris du prétendu audit évoqué par le ministre et surtout du fait de n’avoir jamais été approché, encore moins associé de près ou de loin à l’audit sus évoqué.

Le 25 février 2015, la société marocaine Cosumar, leader du marché du sucre dans le royaume chérifien sera ainsi retenue par le gouvernement camerounais pour poursuivre le développement du projet de complexe sucrier dans l’interzone Bertoua-Batouri, dans la région de l’Est du Cameroun. Ce choix est fait au détriment des deux autres prétendants à savoir la Société sucrière du Cameroun (Sosucam), filiale du groupe français Somdiaa déjà présente au Cameroun, et l’entreprise Sunrise Sugar.

Désabusé, Justin Sugar Mills par la voix de son Directeur général adjoint en charge des finances, J.C. Geut, dénonce des « opinions médiatisées, outre que celles de l’entreprise et de l’Etat du Cameroun, servent à manipuler, à décourager ou à saboter la réalisation de ce projet de développement communautaire et de lutte contre la pauvreté, qu’un lobby aux intérêts purement personnels s’évertue depuis des années à s’accaparer sans succès » et l’affaire est portée à l’attention de la très haute hiérarchie.

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L’épisode Emmanuel Bonde, Minmidt

C’est finalement le 27 mars 2015 en fin d’après-midi qu’une importante réunion se tiendra à la primature à Yaoundé, département du Mfoundi région du centre.

Autour de la table, le premier ministre Philémon Yang et de proches collarateurs impliqué dans le suivi de ce dossier, le délégué du gouvernement auprès de la communauté urbaine de Bertoua, les maires de la région de l’Est, le Minmidt Emmanuel Bonde, un représentant des employés de Jsm et pas moins de quatre conseils représentants Justin Sugar Mills. But de la réunion, appliquer les instructions de la très haute hiérarchie, qui s’est prononcée en faveur de l’investisseur initial et exige « des propositions adéquates en vue de la bonne fin du projet Justin Sugar Mills », d’après une correspondance du Secrétaire général de la Prc Ferdinand Ngoh Ngoh adressée au Secrétaire général du Premier ministère, Louis Paul Motaze.

Au cours de la réunion, Me Paul Nang II, l’un des quatre conseils de Jsm, exigera « la levée de l’interdiction d’entrée et de sortie du pays de M. Dong Thry Dong, le promoteur du projet sucrier de Batouri, la publicité dans tous les médias du Cameroun de Jsm et de son Pdg dont l’image a souffert ces derniers mois d’une campagne de dénigrement orchestrée par le Minmidt, des réparations consécutives à l’incendie, le 22 mars 2015, des pépinières de canne à sucre, la délivrance des lettres de confort à Jsm et l’arrêt de la procédure de remplacement de Jsm par une société étrangère pour la réalisation de ce projet ». A l’exception de Mme Esther Yafoé, la maire de la commune de Garoua-Boulaï, il fera face à une levée de boucliers de la part de tous les autres maires présents dans la salle. Ils n’hésiteront pas à traiter l’investisseur Dieudonné Dong Thry Dong de tous les noms d’oiseaux.

Janvier Mongui Sossomba poussera le bouchon loin jusqu’à taxer le protocole d’accord liant l’Etat du Cameroun à Justin Sugar Mills de « ramassis de papiers » et affirmé que « Dong Thry Dong vend le rêve aux jeunes de l’Est ». Une information malheureusement démentie par Salihoun l’employé de Jsm représentant ses collègue et qui dira que « c’est le volet social de ce projet, exposé par le promoteur lorsqu’il nous avait rencontrés, qui nous avait intéressés en ce sens qu’il répondait aux aspirations longtemps étouffées de la jeunesse de l’Est. A savoir que nous avions enfin un projet privé qui était prêt à recruter les jeunes diplômés de l’Est et à réduire le chômage dans cette région pourtant riche en ressources naturelles mais dont les populations sont étrangement pauvres. ».

A sa suite, Me Paul William Nanga Nanga, l’un des conseils de JSM, évoquera « des échanges de mails ( envoyés en novembre 2013) débouchant sur la conclusion d’une tentative de détournement des associés de Jsm par M. Blaise Pascal Dong qui affirme être le protégé d’Emmanuel Bondé dans la réalisation d’un projet sucrier à l’Est. Dans les mêmes mails, il dévoile déjà pour appuyer son argumentaire, que le projet de Jsm connaît des difficultés ignorées de nous mais que va révéler, selon le Minmidt, un audit dont nous n’avons jamais reçu le rapport jusqu’ici mais qui constituerait, toujours selon lui, le socle du différend qui l’oppose au promoteur et a débouché sur un autre acte de défiance, la désignation d’un nouvel acquéreur du site sur lequel nous avons des droits de propriété. ».

Il poursuivra, cette fois à l’attention du Pm Philémon Yang « M. le Pm, ce dossier est jalonné d’actes de défiance, de violations de vos instructions et de remises en cause de votre autorité par M. Emmanuel Bondé, le Minmidt. Aucune de vos instructions n’a jamais reçu un écho favorable auprès de ce collaborateur qui a finalement fait de ce dossier une affaire personnelle, au point d’y placer son épouse et un ami, Blaise Pascal Dong, dont l’objectif principal était de détourner le projet de M. Dong Thry Dong en en traduisant l’étude de faisabilité de l’anglais au français ».

Pratiquement aphone depuis le début de la réunion, le clan Emmanuel Bondé recevra le coup de grâce lorsque Me Paul William Nanga Nanga produira des documents de propositions de location par Emmanuel Bonde de sa villa à Batouri et le recrutement de son épouse dans la société en partenariat avec l’Etat. Le ton montera dans la salle, notamment chez les maires conscients d’avoir loupé « un épisode ». Ces derniers se retourneront tous vers le ministre Emmanuel Bonde devenu encore plus silencieux.

Stand-by pour Justin Sugar Mills et de Cosumar ?

Pensant pouvoir sauver tous les acteurs de ce jeu trouble, le Pm recommandera aux conseils de Jsm que « Justin Sugar Mills soit ouvert à tous et que cette entreprise étudie les conditions d’une joint-venture avec Cosumar ». Recommandation balayée du revers de la main par les avocats de Jsm qui lui diront que «  nous sommes en affaires et propriétaires des lieux. Si les Marocains veulent travailler avec nous, qu’ils nous proposent leurs conditions que nous allons étudier, étant entendu que l’Etat du Cameroun ne saurait être l’intermédiaire de ces négociations ».

Patrick Dongo

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