Features

Ras le Bol : Les commerçants de Kiye-Ossi manifestent

Kyé-ossi_camerounais

Les forces de sécurité camerounaises en poste à Kyé-Ossi, rançonnent systématiquement les clients équato-guinéens qui traversent la frontière pour s’approvisionner au marché local. Ce qui les fait fuir désormais. Lésés, les commerçants manifestent contre ces actes de corruption.

Les commerçants de la ville de Kyé-Ossi ne décolèrent pas. Le mouvement d’humeur engagé depuis lundi pour dire non au rançon de leurs clients équato-guinéens par les forces de l’ordre camerounaises prend de l’ampleur. Soutenus par les habitants de la ville, les manifestants ont érigé le mardi 25 novembre des barricades sur la voie publique, bloquant toute circulation dans la ville. Des pneus ont été incendiés sur la route. Une rixe avait auparavant opposé en matinée les commerçants aux policiers et gendarmes qui ont reçus une pluie de pierres en réaction à l’interpellation et la garde à vue de Moucharou Ahmadou, un des leaders des commerçants. Même le renfort constitué de deux camions anti-émeute de la gendarmerie venus d’Ebolowa n’a pu dissuader ces commerçants.

Tout a commencé ce lundi 24 novembre. Les commerçants de Kyé-Ossi ferment à l’unanimité leurs boutiques et investissent la rue accompagné de leurs familles. Ils marchent ensuite malgré l’opposition des forces de l’ordre jusqu’à la sous-préfecture. Ici, ils vont chanter l’hymne national, avant de scander, « nous ne voulons plus négocier avec le sous-préfet, le préfet et le gouverneur, ils sont tous corrompus. Nous voulons le ministre du commerce !». Sur leurs pancartes, pouvait-on lire : « Non aux multiples taxes douanières sans quittance », « Stop à l’arnaque ! » ou encore, «6 mois de service, trois voitures !»

Arnaque et corruption des policiers et gendarmes

Les commerçants de Kyé-Ossi accusent la police, la brigade de gendarmerie, la direction générale de la recherche extérieure (Dgre) et la douane d’arnaquer les équato-guinéens qui traversent la frontière pour s’approvisionner dans cette ville. « Les équato-guinéens fuient désormais le marché de Kyé-Ossi pour se ravitailler ailleurs. Depuis qu’ils ne viennent plus, nous ne vendons plus rien. Il faut trouver une solution urgente à cette situation, car nous autres qui vivons du commerce avec ce pays voisin, ne savons pas ce que nous allons devenir», dénonce Moustapha Ahmed, un commerçant.

Nous suivre ►► Facebook   Twitter   Instagram   Youtube 

« A la frontière, les policiers prennent 5000 Fcfa aux équato-guinéens qui rentrent au Cameroun pour faire des achats, les gendarmes 2000 Fcfa, la Dgre 5000 Fcfa, tout ceci sans quittance, et la douane perçoit plus qu’il n’en faut », explique le Président du syndicat des commerçants de la ville de Kyé-Ossi. Josué Honoré Mounguetyi, un autre commerçant fait par ailleurs remarquer qu’à Kyé-Ossi, « tous les policiers, gendarmes et douaniers travaillant à la frontière sont véhiculés et mènent un train de vie princier. Certains se retrouvant même avec trois véhicules en six mois de service ! ».

Corruption manifeste, nié par les mis en cause

La descente et la tenue d’une réunion de crise à Kyé-Ossi par Alim Roger Baourou, le préfet du département de la Vallée du Ntem est loin de calmer les commerçants. D’autant plus que face à cette autorité, le responsable de la Dgre ne reconnaît pas que ses services perçoivent 5000 Fcfa à la frontière. Un responsable de la gendarmerie ayant pris part à la réunion impute à son niveau les actes décriés par les manifestants à des « brebis galeuses » qui se retrouveraient dans ce corps de l’armée. Quant à la sûreté nationale, une source de cette unité soutient sous anonymat que « les commerçants exagèrent dans leurs dénonciations, il y’a certes des écarts de conduite dans les rangs de la police, mais le plus souvent ces mêmes commerçants qui se plaignent aujourd’hui et qui ne sont toujours pas en règle, sont les premiers à proposer de l’argent aux policiers».

Le préfet dénonce l’attitude des commerçants qui soutient-il aurait dû lui adresser une requête au lieu de descendre dans la rue. Non sans soutenir que « les administrations indexées ont l’obligation d’être à la frontière, non seulement pour la sécurité des commerçants eux-mêmes, mais aussi parce que dans chaque pays du monde, il y’a la douane à la frontière. Il peut avoir des brebis galeuses comme dans tout corps de métier, mais il n’en demeure pas moins que ces administrations sont utiles à la frontière ». Ce qui a davantage courroucé les manifestants qui ont décidé de continuer leurs manifestations soutenant qu’ils n’accepteront plus que l’arbitrage du ministre du commerce.

Le juriste Charles Mbita pense qu’il s’agit à la fois, « des abus de pouvoir, accompagnés des extorsions financières causées par des forces de l’ordre au grand préjudice des citoyens. Des actes réprimés par le législateur camerounais». Le code pénal punit d’un emprisonnement de deux à dix ans et d’une amende de un million de Fcfa, le fonctionnaire qui reçoit des dons ou agrée des promesses pour faire ou ne pas faire un acte de sa fonction.

Jerome Essian

Populaires cette semaine

To Top