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Comment en tirer profit de la Baisse des cours du pétrole

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On n’a pas fini de parler des effets de la baisse des cours du pétrole sur l’économie mondiale. Les prix, actuellement situés autour de 55 dollars le baril, ont diminué de moitié depuis juin 2014. Le sujet a été évoqué à Washington DC lors des Assemblées annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale qui se sont tenues du 17 au 19 avril dernier.

Dans l’interview qui suit, Antoinette Monsio Sayeh, directrice du département Afrique du FMI, explique comment les pays exportateurs pourraient s’ajuster. L’une des voies étant la diversification des économies qui passe par l’amélioration de l’accès aux services financiers pour promouvoir une croissance stable et réduire la pauvreté.

Maintenir une croissance forte, durable et inclusive reste la priorité 

Antoinette Monsio Sayeh, directrice du département Afrique du Fonds monétaire international.

Conjointement avec la BEAC, le FMI vient d’organiser une conférence régionale sur l’inclusion financière en Afrique centrale. Pourquoi cet intérêt de ces deux institutions seulement maintenant alors que la problématique induite par cette conférence n’est pas nouvelle ?

L’inclusion financière joue un rôle fondamental dans la promotion d’une croissance stable et inclusive et dans la réduction de la pauvreté. En effet, la problématique n’est pas nouvelle et donc elle a toujours fait partie de nos préoccupations. La différence dans le contexte actuel est que l’urgence des réformes en ce domaine, surtout en Afrique centrale, s’est accrue en raison d’un certain nombre de facteurs. D’abord, malgré le rôle crucial que l’inclusion financière joue dans la prospérité économique, de grandes disparités continuent d’exister entre les pays de l’Afrique subsaharienne. Ceci implique que le partage de récentes expériences réussies, telles que celles de l’Afrique de l’Est et australe, peut beaucoup apporter à d’autres pays. L’un des objectifs de la conférence était de créer un cadre pour favoriser l’échange de telles expériences. Ensuite, le choc des prix pétroliers, qui s’est traduit par une réduction substantielle des revenus des États exportateurs de pétrole de l’Afrique centrale, nous rappelle qu’une économie diversifiée est nécessaire pour promouvoir une croissance soutenue. L’amélioration de l’accès aux services financiers contribue donc à relever le défi de diversification des économies en canalisant l’épargne plus efficacement et en facilitant l’accès au crédit des petites et moyennes entreprises (PME) et des ménages. Enfin, l’émergence de nouvelles technologies offre de nouvelles possibilités qui n’existaient pas il y a encore quelques années et qui peuvent grandement améliorer l’accès aux services financiers. Il s’agit, par exemple, des services bancaires mobiles qui ont fait leurs preuves.

Notre conférence a largement atteint son objectif en tirant des leçons des récentes expériences de réussites et en identifiant les obstacles à une plus forte inclusion financière. Elle a abordé des questions importantes visant à promouvoir le développement financier : le rôle des banques, des établissements de micro-finance et des innovations financières dans le financement des PME et des ménages; l’importance de promouvoir un système d’information de crédit ; le besoin d’améliorer le cadre réglementaire, les problèmes liés à l’environnement des affaires et l’efficacité des systèmes judiciaires ; et la nécessité de mise en place d’une régulation et d’une supervision adéquates.

Cinq des six pays de la CEMAC sont exportateurs de pétrole. Alors que persiste la baisse des cours du baril, quelles perspectives pour le développement à court terme de la sous-région ?

La chute précipitée et inattendue du cours du baril a été un choc important pour les pays producteurs de pétrole de l’Afrique centrale. Elle s’est traduite par moins de revenus liés à l’exportation des hydrocarbures. Elle a particulièrement touché certains pays plus dépendants de la production de pétrole brut (le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad) et moins les autres (le Cameroun et la République Centrafricaine). Les prévisions actuelles de nombreux observateurs indiquent que les prix du pétrole brut resteront relativement bas pour le court/moyen terme. Ce choc nécessite donc un ajustement, plus ou moins important et rapide selon les pays, pour rétablir la viabilité des comptes publics et extérieurs. Ceci dit, la chute du cours du baril permet aussi d’éliminer une source de dépenses inefficaces dans la lutte contre la pauvreté, à savoir les subventions à la consommation de carburant, dont l’élimination devient plus facile sur le plan social. La chute du cours du baril invite aussi les autorités à encourager les sources de croissance plus diversifiées pour un développement équilibré et durable.

L’économie mondiale peut-elle tirer profit en termes de croissance du niveau actuel des prix du pétrole ?

Les prix du pétrole, actuellement autour de 55 dollars le baril, ont diminué de moitié depuis juin 2014, simultanément en raison de facteurs d’offre et de demande. Les projections des Perspectives Économiques Mondiales du FMI prévoient seulement une reprise limitée des prix au cours des prochaines années. Dans l’ensemble, la chute des prix du pétrole est un coup de pouce non-négligeable à l’économie mondiale. Pour les importateurs de pétrole en général, les prix bas du pétrole pourraient améliorer la situation du compte courant extérieur et aider à atténuer les pressions inflationnistes, permettant ainsi aux banques centrales de ne pas augmenter les taux directeurs ou alors de les remonter plus progressivement.

Pour les pays exportateurs de pétrole, compte tenu de la forte baisse des prix du pétrole et des tampons budgétaires généralement faibles, un ajustement budgétaire, couplé à la flexibilité du taux de change lorsque cela est possible, est impératif. Les huit exportateurs de pétrole de l’Afrique subsaharienne sont durement touchés par le choc et devront s’adapter à la forte détérioration de leurs positions budgétaire et extérieure. Pour le reste des pays de la région, les perspectives continuent à être favorables, puisque les prix bas du pétrole ajoutent à la dynamique de croissance déjà forte. Cependant, dans certains cas, cet effet d’entraînement sera, en partie, compensé par la baisse des prix des autres matières premières exportées. Pour finir, le choc des prix du pétrole fournit aux pays de l’Afrique subsaharienne une occasion unique de mettre en œuvre la réforme des subventions de l’énergie, une réforme souvent politiquement difficile.

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Le FMI vient de tenir à Washington ses sessions de printemps. Quels ont été les principaux centres d’intérêt de ces rencontres ?

Comme on peut s’y attendre, une des questions-clés concerne les perspectives pour l’économie mondiale. La reprise mondiale se poursuit, mais la croissance mondiale devrait rester modérée, avec des perspectives inégales à travers les principaux pays et régions. Les projections de nos Perspectives Économiques Mondiales d’avril 2015 prévoient une croissance mondiale de 3,5 % en 2015, globalement similaire à la performance de 3,4 % en 2014. Les risques pesant sur ces perspectives, par exemple, la récession ou la déflation dans la zone euro, ont quelque peu diminué par rapport au passé récent. L’Afrique subsaharienne restera parmi l’une des plus dynamiques au monde. Cette croissance modérée dans la région reflète principalement la gravité du choc pétrolier pour les huit exportateurs de pétrole de la région et l’impact de l’épidémie d’Ebola sur les pays touchés. Pour tous les pays, maintenir une croissance forte, durable et inclusive reste la priorité. Combler le manque d’infrastructure et investir dans le capital humain, tout en préservant la viabilité durement gagnée de la dette publique, sont des actions qui contribueront à promouvoir la transformation structurelle.

Un autre sujet d’intérêt lors de ces réunions porte sur l’agenda de développement après 2015, notamment les objectifs de développement durable (ODD). Le FMI est un partenaire engagé dans cet effort et nous avons l’intention de contribuer en mettant l’accent sur trois volets en rapport avec notre mandat: le financement, les conseils de politique et d’analyse et le renforcement des capacités.

De nombreux pays, notamment d’Afrique subsaharienne, sont victimes depuis quelque temps du terrorisme, ce qui impacte négativement sur leurs efforts de développement. Quelles mesures peuvent être prises par votre institution pour les soutenir ?

Le FMI est très préoccupé par les attaques terroristes de groupes extrémistes, notamment en raison des souffrances humaines et des dégâts économiques considérables que ces attaques provoquent. Ces attaques causent des ravages économiques dans les pays qui en sont victimes et les pays voisins, en termes de croissance réduite par la perturbation de l’activité économique et le recul de l’investissement, en particulier l’investissement étranger et le tourisme; et la détérioration des soldes budgétaires par le biais de dépenses pour les personnes déplacées et la sécurité, en plus de la diminution des recettes provenant des zones touchées.

Notre soutien aux pays touchés est essentiellement en termes de conseils sur les politiques et d’assistance technique visant à préserver la marge budgétaire en rationalisant les dépenses, en particulier pour tenir compte des coûts des opérations militaires, d’aide aux réfugiés et d’obtention de financements extérieurs. Nous aidons nos pays-membres aussi à s’attaquer aux raisons économiques qui sous-tendent ces actes, tels que les inégalités et la mauvaise répartition des revenus et des opportunités. Enfin, nous recommandons fortement l’adoption d’initiatives de lutte contre le blanchiment des capitaux criminels et le financement du terrorisme.

Les politiques d’ajustement structurel naguère imposées ou recommandées aux États africains par le FMI ont provoqué des casses sociales considérables. Votre organisme en a-t-il rétrospectivement tiré leçon ?

Nous avons beaucoup appris des expériences des années 1980 et nous ajustons continuellement nos programmes pour  nous assurer qu’ils sont adaptés aux besoins des  pays- membres. Par exemple, nous n’incluons plus des critères de performance structurels dans nos programmes. Nous soutenons également nos membres à faible revenu dans leurs efforts pour mettre au point des politiques qui protègent leurs dépenses sociales, même lorsque ces pays ont des contraintes de ressources budgétaires. Il est également important de se rappeler que la plupart des pays qui ont dû emprunter le chemin de l’ajustement structurel avaient déjà de graves problèmes avant de s’adresser au FMI. Comme vous le savez, nous sommes un prêteur de dernier recours. Les pays viennent souvent à nous lorsque leur niveau d’endettement atteint un point critique où il leur devient impossible d’emprunter sur les marchés des capitaux, ou alors ils doivent emprunter à des taux d’intérêt très élevés.

Nous octroyons à présent des prêts à un taux d’intérêt nul à la plupart des pays africains. C’est ainsi que nous avons été en mesure de décaisser rapidement près 390 millions de dollars E.U. à la Guinée, au Libéria et à  la Sierra Leone depuis septembre 2014, à taux d’intérêt nul, y compris 100 millions de dollars E.U. à titre de don, pour alléger la dette des ces pays et soutenir leurs efforts dans la lutte contre l’épidémie d’Ebola. Nous avons reconnu l’urgence de cette situation et avons agi rapidement pour adapter le cadre de nos prêts afin de répondre aux besoins des pays touchés.

Aujourd’hui, nous avons des relations saines avec nos membres d’Afrique. Même ceux qui n’ont plus besoin du soutien financier du FMI continue de solliciter nos conseils techniques, notre assistance en matière de renforcement des capacités, voire nos programmes non- financiers tels que notre instrument de soutien à la politique économique.

Quelle appréciation portez-vous sur la coopération entre le Cameroun et le FMI ?

Le Cameroun et le FMI ont continué d’approfondir leur coopération au cours des quatre dernières années. Les occasions de partager les analyses du FMI et d’être à l’écoute du Cameroun se sont multipliées, autant entre responsables politiques et techniciens qu’avec des publics plus larges, du monde universitaire ou de la presse. Nous avons, par exemple, lancé la publication de nos Perspectives Économiques Régionales pour l’Afrique à Yaoundé il y a deux ans et nous le recommencerons dans une semaine. Nous avons également conjointement organisé une conférence sur le financement des infrastructures en Afrique l’an dernier à Yaoundé qui avait reçu bonne presse. Nous avons participé à des présentations et débats universitaires à maintes reprises à Yaoundé et à Douala. Les échanges de points de vue entre les équipes se font facilement et régulièrement grâce aux visites régulières des services du FMI au Cameroun et des services camerounais au siège du FMI. Nous attachons beaucoup d’importance à ces échanges, car ils nous permettent de mieux comprendre les défis auxquels fait face le Cameroun, de mieux préparer des propositions pour y répondre et de mieux communiquer pour gérer les attentes de tous.

Marie-Claire NNANA

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